« le Cirque invisible », de Victoria Chaplin et Jean‑Baptiste Thierrée, le Quartz à Brest

le Cirque invisible © Brigitte Enguérand le Cirque invisible © Brigitte Enguérand

Un enchantement exclusivement visuel

Par Aurore Krol
Les Trois Coups

Cela commence par quelques tours de magie, un close-up désuet dont on suppose la routine éculée. Jean‑Baptiste Thierrée, clown au visage enthousiaste, aux costumes surréalistes et aux cheveux en bataille, joue à sortir des lapins de son chapeau pour ensuite nous surprendre par des chutes imprévisibles. Il réinvente l’art de la fausse maladresse, regorgeant de trouvailles à l’humour décalé, d’astuces associant minimalisme et grandeur, de trouvailles hilarantes.

Survient ensuite Victoria Chaplin (fille de), qui nous offre une magie d’une tout autre forme. La comédienne, figure silencieuse du spectacle, est tour à tour femme-orchestre, coupée en morceaux, funambule, contorsionniste… Elle fait naître de ses assemblages d’accessoires des animaux protéiformes. D’un sac, une chaise et deux éventails, elle crée un dragon de toute beauté. Plus tard, des mètres de ruban se déversent de la blessure que son personnage a reçue. De ses costumes réversibles naissent des métamorphoses impressionnantes, des univers oniriques où un cheval naît d’une princesse. On est dans la grande illusion.

Les deux artistes, couple à la vie et à la scène, ont rodé leurs numéros depuis une trentaine d’années. Ils se succèdent sur scène, alternant le burlesque pour lui, la grâce pour elle. Initialement Cirque bonjour, devenu Cirque imaginaire pendant quinze ans puis Cirque invisible depuis 1990, ce cabaret onirique est un travail de longue haleine. « Il évolue toujours. Il y a des tiroirs qu’on enlève ou que l’on rajoute selon les pays, selon les humeurs… C’est un travail qui se rapporte à l’alchimie : la recherche de la pierre philosophale. Mais une recherche qui ne se prend pas au sérieux : on ne perd pas de vue que c’est avant tout un divertissement » écrit Jean‑Baptiste Thierrée.

Le spectacle n’est pas axé sur une linéarité, il est au contraire fragmenté à l’extrême, multipliant les saynètes. De ces rebondissements surgissent des détournements de sens, des jeux de mots et d’images, des mouvances où, parfois, les deux personnages se rejoignent. Séquentielle, l’œuvre n’en reste pas moins extrêmement fluide, et c’est là tout son talent. Une évidence envahit l’espace et sert de fil conducteur non narratif entre les constantes péripéties. Vivifiante, la pièce ne détient pourtant pas de message explicite, n’est pas nécessairement bouleversante sur le long terme. Elle communique néanmoins un enthousiasme immédiat.

Jusque dans les saluts, le Cirque invisible reste ce théâtre, ludique, flamboyant et généreux. Du divertissement, oui, et de haute voltige. Spectacle de l’humour, de la poésie et de la légèreté, il consiste avant tout en un plaisir des yeux, un moment d’émerveillement en prise directe, comme je n’en avais pas vu depuis longtemps. Pourtant, à privilégier l’émotion esthétique et l’humour à toute autre expression ces deux heures deviennent presque trop confortables. C’est une œuvre finement menée mais sans aspérités, un théâtre de l’instant qui ne hante pas et dont on ne retient que peu de choses. Et je me retrouve dans la position d’une spectatrice qui a été éblouie, mais qui n’a pas été habitée. Qui a passé un agréable moment, mais qui n’a pas été heurtée. Il est dommage que l’exigence dont ont fait preuve les deux acteurs n’ait été mise au service que de l’épiderme du spectacle. c’est comme cela que l’on fait frissonner sans parvenir à atteindre le ventre ou le cœur… 

Aurore Krol


le Cirque invisible, spectacle de Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thierrée

Avec : Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thierrée

Régie lumière : Nasser Hammadi

Régie son : Christian Leemans

Habilleuses accessoiristes : Judith Coloni Seither et Roxane Grallien

Régie plateau : Georges Garcia

Photo : © Brigitte Enguérand

Production : Théâtre du Rond-Point | Le Rond-Point des tournées

Le Quartz, scène nationale de Brest • square Beethoven, 60, rue du Château • 29200 Brest

Du 22 au 26 septembre 2009 à 20 h 30 (sauf jeudi 24 à 19 h 30)

Réservations : 02 98 33 70 70 ou www.lequartz.com

Durée : 2 heures avec entracte

De 25,5 € à 13 €