« le Songe d’une nuit d’été », de Shakespeare, Ateliers Berthier à Paris

« le Songe d’une nuit d’été » © Pierre Grosbois

Une boum chez William

Par Olivier Pansieri
Les Trois Coups

La Nuit surprise par le jour, compagnie surdouée, survoltée mais un peu « surbookée » a confié son dernier spectacle à Yann‑Joël Collin, dynamiteur patenté de monuments sinon classés du moins classiques. Il s’agit cette fois du « Songe d’une nuit d’été » de William Shakespeare. Mise à feu mercredi 12 novembre 2008 aux Ateliers Berthier. Pif, pan, pchitt, vraouf ! Quelque quatre heures plus tard, on sort sonné mais vide. Qu’est‑ce qu’on vient de voir au juste ?

L’œuvre est bâtie sur le principe, typiquement baroque, du théâtre dans le théâtre. D’un côté, le songe, où amour et désamour sont rêvés par des personnages, eux-mêmes les jouets d’un metteur en scène : le magicien Obéron. De l’autre côté, la vie, où des comédiens amateurs répètent une histoire d’amour qu’ils vont jouer devant leur souverain, Thésée, qui se marie ce soir‑là.

Pour l’instant, en fait de rêve, on se croirait plutôt dans une discothèque. Rock lourd, projecteurs, bar où l’on peut boire. Gradins disposés en fer à cheval autour d’une immense aire de jeu où tout le monde vadrouille, un verre à la main. Derrière le bar, une bâche blanche gigantesque pend des cintres. Connaissant Yann‑Joël Collin, on sent que les visages des protagonistes vont bientôt s’y projeter en gros plan.

Ça ne loupe pas. Entrée de Thésée, très chef d’État, retransmise en direct sur ce grand écran. Une musique d’émission de télé l’accompagne. En grand habitué de l’image, Thésée parle. C’est un roi comblé, qui tient à nous faire partager sa joie d’avoir conquis une jolie femme : Hippolyta. Impossible de ne pas songer à qui vous savez. C’est Yannick Choirat qui prête son charisme exceptionnel à ce « zébulon », qui bientôt va se dédoubler.

Dans le Songe, en effet, c’est toujours le même acteur qui joue Thésée et Obéron, de même que c’est toujours la même actrice (ici Alexandra Scicluna) qui joue Hippolyta et Titania. Tradition respectée avec humour dans cette version, notamment à la fin où les deux interprètes vont se changer devant nous en toute hâte, Shakespeare ne leur ayant prévu qu’un bref instant pour le faire. Effet comique assuré.

« le Songe d’une nuit d’été » © Pierre Grosbois
« le Songe d’une nuit d’été » © Pierre Grosbois

Tout se fait d’ailleurs à vue dans cette énorme cage de scène dégarnie pour l’occasion. Gros inconvénient : on entend mal le texte qui se perd dans les hauteurs bétonnées. Pour y remédier, les acteurs portent souvent ces micros dits « H.F. », qu’on voit de plus en plus. De quoi faire hurler les puristes, mais quoi ?! Tout évolue, pourquoi pas le métier d’acteur ?

Plus gênant, l’interprétation des amoureux qui ne convainc guère. Hormis quelques passages où Marie Cariès nous fait croire à son Héléna, leur chassé-croisé laisse de marbre. Celui d’Obéron avec Titania n’en ressort que mieux. C’est même le premier Songe où je lui découvre une telle drôlerie. Tout à tour chanteuse de rock puis tragédienne, hiératique puis érotique, Alexandra Scicluna compose une formidable Titania-Hippolyta. Elle chante aussi bien qu’elle danse et joue. Cette excellence a l’air d’avoir inspiré ses partenaires, qui se dépensent sans compter autour d’elle.

Que ce soit Pascal Collin (Égée, puis surtout toutes les fées à lui tout seul) ou Cyril Bothorel (Bottom métamorphosé en âne) ou encore Yannick Choirat (Obéron-Thésée), la dame est bien entourée. Chacun ayant son heure de gloire : Pascal Collin, en tutu, pendant dans les airs tel un gros hanneton ; Cyril Bothorel faisant de son Bottom un cabot tordant ; Yannick Choirat, déchaîné, explosant tour à tour comme chanteur puis danseur de rumba ! De véritables numéros de music-hall.

Alors, qu’est‑ce qui cloche ? Difficile à dire. Cette vieille histoire de Cupidon aux yeux bandés, ici traitée par-dessus la jambe, et qui revient tout de même nous hanter, presque nous gâcher la fête. Comme si c’était Shakespeare qui nous empêchait de passer une bonne soirée à sa santé. Un comble ! 

Olivier Pansieri


le Songe d’une nuit d’été, de William Shakespeare

Cie La Nuit surprise par le jour

Traduction : Pascal Collin

Mise en scène : Yann‑Joël Collin

Avec : Cyril Bothorel, Paul Breslin, Xavier Brossard, Marie Cariès, John Carroll, Yannick Choirat, Pascal Collin, Issa Dakuyo, Christian Esnay, Delphine Léonard, Éric Louis, Elios Noël, Alexandra Scicluna

Collaboration artistique : Thierry Grapotte

Musique : Frédéric Fresson, Paul Breslin, Étienne Collin, Issa Dakuyo

Son : Étienne Collin

Lumières : Dominique Borrini

Réalisation des costumes : Siegrid Petit‑Imbert

Régie générale : John Carroll

Photos : © Pierre Grosbois

Ateliers Berthier • 8, boulevard Berthier • 75017 Paris

Réservations : 01 44 85 40 40

http://www.theatre-odeon.eu/fr

Métro ou R.E.R. C 1‑3 : Porte‑de‑Clichy

Du 12 novembre au 18 décembre 2008, les mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi à 20 heures

Durée : 4 heures (avec entracte)

26 € | 13 €