« le Square », de Marguerite Duras, Théâtre Golovine à Avignon

le Square © Barthélemy Robino

L’échappée belle

Par Cédric Enjalbert
Les Trois Coups

Toute pièce prend corps du moment qu’elle a son histoire, qu’un passeur vous accompagne, qu’une démarche s’explique et « s’encharne ». Pour vous en convaincre, laissez la générosité du metteur en scène Ophélia Teillaud et des acteurs Camille Metzger et Marc Zammit vous parler du « Square » de Marguerite Duras, présenté à 22 h 15 au Théâtre Golovine.

L’histoire est fort simple. Un philosophe et sa valise, sorte de « voyageur de commerce » errant ; une bonne à tout faire de famille bourgeoise, désespérément seule ; un jeudi dans un square et une rencontre étincelante. Celle de deux clowns tristes laissés pour compte dans un pré carré poétique.

Marc Zammit, voix profonde et présence irradiante, incarne à merveille un pauvre hère terriblement touchant, une créature libérée de la contingence du monde, un marchand de sable porté où le mène sa valise. Véritable marginal, il est l’« être du dehors », l’écorché vif qui fait advenir la totalité du monde en un mot. À cette figure de l’errance répond une jeune fille aux yeux hagards, consumée par l’amour, sans avenir mais pleine d’espoir, prête à tout pour commencer de « s’appartenir ». Rêver d’un « fourneau à gaz » pour l’une, voyager pour l’autre, avoir un espace à soi pour tous deux.

Cet espace, c’est la parole qui le crée. Elle le crée et le sonde à coup de mots, consigne les convulsions d’un cœur humain « beau comme un sismographe ». Elle n’est plus un viatique mais un évènement, un horizon qui se déplace à mesure qu’elle se déploie, un dérapage hors du square, en somme, vers une « place immense entourée d’escaliers qui ont l’air d’aboutir nulle part ».

Le travail tout en finesse des acteurs sous la conduite d’Ophélia Teillaud, fruit longuement mûri d’une rencontre avec Marguerite Duras, est une course « à la poursuite du vent », sans action ni ressort dramatique. Et point d’ennui, car ces deux « clowns célestes » en orbite poétique nous propulsent à des années-lumière de tout verbiage.

Le texte est magnifique, le jeu des acteurs le sublime. La générosité du metteur en scène fait advenir un moment de rêve, qui fait de cette sortie au square une sortie du « square » et donne la clé des champs pour se faire la belle, l’échappée belle. 

Cédric Enjalbert


le Square, de Marguerite Duras

Théâtre du Conte-Amer • 27, rue du Général-Bertrand • 75007 Paris

01 43 06 88 76

Mise en scène : Ophélia Teillaud

Interprètes : Camille Metzger et Marc Zammit

Costumes : Corinne Baudelot

Lumières : Serge de Groote

Son : Marc Zammit et Alain Lanet

Décor : Sandra Kremer, Barthélemy Robino

Photo : © Barthélemy Robino

Théâtre Golovine • 1 bis, rue Sainte‑Catherine • Avignon

04 90 86 01 27

Du 6 au 28 juillet 2007 à 22 h 15

Durée : 2 heures

13,5 € | 10 € | 9 € | 5 €