« le Vrai Spectacle », de Joris Lacoste, Théâtre de Gennevilliers

le Vrai Spectacle © Joris Lacoste le Vrai Spectacle © Joris Lacoste

Voyageurs accompagnés

Par Marie-Laure Paris
Les Trois Coups

Le nouveau spectacle de Joris Lacoste nous propose une séance d’hypnose au théâtre, ou plutôt un spectacle qui se déroule dans l’esprit même du spectateur, et guidé par un comédien seul sur scène. Une expérience collective de voyage imaginaire.

Dès le départ, le spectacle offre deux possibilités : à chaque spectateur d’accepter d’y prendre part ou d’y assister seulement. En cela, deux types de spectacle se jouent : l’un dit « réel », pour ceux qui gardent les yeux ouverts, et l’autre « vrai », pour qui prend part à l’hypnose. On est donc amené d’emblée à laisser de côté les soucis de la journée, la volonté de regarder et de comprendre cérébralement ce à quoi l’on assiste. C’est ainsi que ce spectacle bien particulier dont nous sommes les exécutants à part entière peut commencer. L’ambiance et l’invite du comédien aident en effet à se mettre à l’aise, et en état de réceptivité.

C’est un comédien seul en scène qui impulse l’action. Rodolphe Congé, par sa présence simple et détendue, commence ce qui ressemble à un exposé. L’intonation rassurante de sa voix est propice à nous conduire et à nous maintenir dans un certain état, plus proche en réalité du moment qui précède l’entrée dans le sommeil (sans toutefois dormir encore) que de l’hypnose telle qu’on la connaît, ou qu’on l’imagine. Une fois atteinte la détente nécessaire, on peut laisser l’esprit, imperceptiblement, suivre le cours du spectacle.

Une rêverie éveillée, sous la conduite de l’acteur

Il y a un sentiment très agréable, tout en écoutant le comédien, qui est de visualiser instantanément les images qu’il évoque, et de se dire que, probablement, chaque personne présente autour fait de même, au même moment. Mais avec autant d’images différentes qu’il y a de spectateurs. La deuxième sensation étonnante est de se rendre compte en cours de route que ça a déjà commencé, alors que tout a l’air « normal » : le comédien parle toujours, devant nous, il ne se passe rien de spécial. On sourit intérieurement à l’idée d’être déjà entré dans cette hypnose sans s’en apercevoir, très progressivement, sans qu’il y ait eu de véritable lancement.

La notion d’hypnose est lourde de clichés, ou d’a priori. Même si elle a été utilisée dans d’autres domaines, comme le cabaret par exemple, la psychanalyse et d’autres sciences proches y ont eu recours à des fins thérapeutiques. Aujourd’hui, elle est encore proposée comme une des solutions pour arrêter de fumer, avoir du charisme, ou être moins paresseux, paraît-il. Toujours est-il qu’il est difficile de la concevoir autrement que comme un procédé visant à l’obtention d’un résultat, par un intervenant qui conduit son patient à libérer un élément enfoui dans l’inconscient. Ici, l’effet recherché est la création d’un spectacle dans notre imagination, et de façon simultanée avec le groupe que forme le public. Une forme d’autocréation, à l’instar des mondes virtuels ou des films en 3D. L’espace scénique est déplacé dans l’imaginaire des spectateurs, et la scène, par effet de miroir, se peuple de différents univers au gré du discours. C’est un véritable voyage, bien qu’il n’y ait pas vraiment d’histoire. Des images, des tableaux se succèdent comme des apparitions. On se trouve alors dans un va-et-vient entre l’effort d’écoute, l’acte d’imagination, et l’éventail de sensations qu’elle déploie.

Surenchère d’effets

En tout cas, on peut regretter la surenchère d’effets dans la deuxième partie du spectacle, avec l’usage de stroboscopes (déconseillé aux personnes photosensibles), et la fragmentation du langage qui réduit temporairement la participation du spectateur, pris alors davantage dans une accélération. La concentration, qui peut faiblir par instants, sur la durée du spectacle, se trouve à ce moment-là quelque peu forcée, précipitée. Puis la séance se termine par un voyage dans les airs, avant d’entamer l’atterrissage, dans son fauteuil. Une fois le flottement dissipé, reste une profonde détente. À l’issue du spectacle, le public est convié à faire part de son expérience à l’équipe, via une ligne téléphonique. Un spectacle qui peut se montrer décevant pour ceux qui attendraient d’être réellement hypnotisés, mais propice à l’échange et aux interrogations.

Le Vrai Spectacle, expérience à vivre, permet de se concentrer entièrement sur notre rôle de spectateur, en le mettant ici au centre de l’action. On y voit donc, de manière précise, ce qui se passe en nous dans les situations où l’imaginaire est sollicité, et aussi comment il peut être stimulé ou dirigé. Derrière le dépouillement apparent du dispositif, le texte est élaboré d’après l’expérimentation personnelle de l’hypnose par le metteur en scène, et un choix délibéré du langage. Il recourt en effet à une rhétorique spécifique à l’hypnose, ainsi qu’à une langue faite de répétitions, de mouvements circulaires ou encore de flou par le fait de définir (quelque chose, quelqu’un) par la négative : autant de procédés qui favorisent l’imagination. 

Marie-Laure Paris


le Vrai Spectacle, de Joris Lacoste

Texte et mise en scène : Joris Lacoste

Dramaturgie : Rodolphe Congé

Performance : Rodolphe Congé

Musique : Pierre-Yves Macé

Lumière : Caty Olive

Scénographie : Nicolas Couturier

Dispositif sonore : Kerwin Rolland

Assistant à la mise en scène : Hugo Layan

Photo : © Joris Lacoste

Théâtre de Gennevilliers • 41, avenue des Grésillons • 92230 Gennevilliers

Métro : Gabriel-Péri (ligne 13)

Site du théâtre : www.theatre2gennevilliers.com

Réservations : 01 41 32 26 26 du mardi au samedi de 13 heures à 19 heures, ou billetterie@tgcdn.com

Du 9 au 19 novembre 2011, du mardi au samedi à 20 h 30, dimanche à 16 heures, relâche le lundi

Durée estimée : 1 h 15

22 € | 15 € | 11 | 9 €

Tournée :

  • 1er février 2012, le Vivat, Armentières
  • 17 et 18 mars 2012, Centre Pompidou, Metz
  • 21 et 22 mars 2012, le Quartz, Brest
  • 30 mars 2012, la Passerelle, Saint-Brieuc