« Léon, Li, Louis », de Valérie Deronzier, Théâtre Dunois à Paris

Léon, Li, Louis © Véronique Lespérat Héquet

Le respect des petits

Par Alexandra Cartet
Les Trois Coups

« Léon, Li, Louis » est un spectacle qui fait du bien. À partir de 3 ans, et c’est même un plaisir pour les grands. Les images naïves, le propos et l’investissement des comédiens dans la manipulation des marionnettes rendent ce moment absolument magique.

Cela fait bien longtemps que je n’avais vu un spectacle pour enfants de si bonne qualité. Comédiens et metteurs en scène tombent trop souvent dans l’écueil habituel : prendre les enfants pour des idiots. Ce genre de spectacle semble alors monté sur le pouce, le propos est naïf et sans réel enjeu. Les comédiens s’adressent aux enfants comme à des animaux : ils usent d’un ton niais et bêtifient le propos qu’ils veulent transmettre.

Léon, Li, Louis fait preuve, au contraire, d’une grande inventivité. Valérie Deronzier écrit un texte non seulement naïf mais parfaitement pédagogique. Elle décrit les maux et les peurs des enfants tout en les dédramatisant. Ainsi, elle ne ridiculise pas les jeunes spectateurs, mais rend leurs tourments surmontables. Ce texte aborde la différence physique, raciale, la difficulté d’être un enfant modèle et les angoisses nocturnes.

Une mise en scène peu inventive aurait pu rendre le spectacle banal et ennuyeux pour son public enfantin. Mais Sylvie Baillon, la metteuse en scène, choisit le parti de l’originalité pour Léon, Li, Louis. Deux comédiens manipulent alternativement six marionnettes à taille humaine. Représenter les enfants par des marionnettes est d’une force inouïe. Ces poupées en papier mâché transpirent l’humanité. Leur corps si fragile, leurs expressions naïves et leur démarche cahotante rendent ces personnages presque bouleversants.

D’autant que les comédiens se mettent au service de ces objets inertes avec une énergie débordante. Ils créent un univers où les codes sont inversés : les objets vivent tandis que les hommes s’y soumettent et se confondent avec eux. On accède ainsi à une autre réalité. Les spectateurs assistent à des scènes peu probables entre une mère humaine et un enfant en papier mâché. Et pourtant, elles sont fidèles, voire plus réelles que la réalité même. La catharsis opère. Les enfants combattent leurs démons dans une réalité sublimée. Ils s’identifient à ces marionnettes humanisées et aux situations concrètes.

Léon, Li, Louis est un spectacle très intelligent. Il capte l’attention des petits et des grands pendant quarante minutes. Le propos est parfaitement adapté aux enfants. Loin d’être trop sérieuse et pédagogisante, la metteuse en scène fait preuve de créativité. Un vrai moment de bonheur. 

Alexandra Cartet


Léon, Li, Louis, de Valérie Deronzier

Cie Ches panses vertes • 24, rue Saint‑Leu • 80000 Amiens

Tél. 0 322 921 932 | télécopie : 0 322 911 335

chespansesvertes@wanadoo.fr

www.chespansesvertes.com

Mise en scène : Sylvie Baillon

Avec : Élisa Voisin, Éric Goulouzelle

Marionnettes : Éric Goulouzelle

Scénographie : Antoine Vasseur

Assistante scénographie : Élodie Dauguet

Costumes : Sophie Schaal

Lumières : Yvan Lombard

Musique : Étienne Saur

Photos : © Véronique Lespérat‑Héquet

Théâtre Dunois • 7, rue Louise‑Weiss • 75013 Paris

Réservations : 01 45 84 72 00

Du 14 au 25 mai 2008, les mercredis à 15 heures, les samedis à 17 heures, les dimanches à 16 h 30

Durée : 40 minutes

16 € | 11 € | 10 € | 6,5 €