« Maja », de Maud Lefebvre, Théâtre de la Renaissance à Oullins

« Maja » de Maud Lefebvre © C.Fessy « Maja » de Maud Lefebvre © Clément Fessy

Né sous X

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Après « Cannibale » et « La Crèche », le Collectif X présente « Maja », un conte très sombre pour dissiper les malentendus entre parents et enfants.

Maja est un garçon de 10 ans. Il est aussi le narrateur. Il nous raconte l’histoire de son père de son point de vue, mais des années plus tard. Ils vivent heureux avec sa mère, malgré sa nature fantasque qui suggère une instabilité. Est-ce de cette fragilité qu’elle meurt ? Toujours est-il qu’elle disparaît, laissant un vide énorme, emportant avec elle la légèreté et la joie. Elle abandonne un homme qui n’a plus d’autre force que de souffrir et un enfant qui se retrouve doublement abandonné, doublement seul.

Le spectacle ménage un huis clos sur lequel pèse l’ombre de l’aimée, dont personne ne peut parler et qui prend toute la place. Le père essaie d’être bon, sans jamais y arriver. Le moindre grain de sable le fait sortir de ses gonds et la violence surgit à l’improviste. Elle emporte l’enfant. Une disparition que le père impute au loup qu’il ne cesse de pourchasser. Un monde onirique s’installe alors, évoquant cette violence par l’intermédiaire d’une chorégraphie sauvage et de marionnettes. Comment mieux parler de l’innommable, des fantasmes qui nous hantent et nous animent ?

« Maja » de Maud Lefebvre © Clément Fessy
« Maja » de Maud Lefebvre © Clément Fessy

Les blessures de l’absence

Maud Lefebvre construit un spectacle plein de sensibilité et tout en pudeur. Puissant aussi. Elle ne cache rien de la brutalité qui s’immisce, quand la douleur est trop intense. C’est même le matériau qu’elle met à nu. Elle utilise des artifices tout simples pour dire l’indicible. Les noirs, peuplés de sons inquiétants, font place aux souvenirs, laissent la peur se déployer en même temps que l’étrangeté, dessinent en creux la mort, l’absence et le chagrin.

Des accessoiristes discrets font évoluer le décor. La metteuse en scène ne craint pas de pointer combien la souffrance sépare, lorsqu’elle pourrait rapprocher. Sans phrases, sans mots, par des images bouleversantes, comme celles où Maja tente maladroitement et sans succès de consoler son père par des gestes à peine esquissés.

Elle s’appuie sur des comédiens, dont le jeu très sobre exprime avec justesse une large palette de sentiments. Tout le temps sur scène, Arthur Fourcade, pièce maîtresse du conte, prouve la maîtrise de son art. La jeune Kathleen Dol, qui interprète Maja, forme avec lui un duo parfait dans l’expression de l’incompréhension, de l’attente déçue.

Réserver ce spectacle au jeune public serait une erreur. Il parle à tous, fils et filles que nous sommes, des blessures de l’amour familial. 

Trina Mounier


Maja, de Maud Lefebvre

Texte et mise en scène : Maud Lefebvre

Son : Clément Fessy

Marionnettes : Anne Legroux

Production : Collectif X

Avec : Kathleen Dol, Arthur Fourcade, Lucile Paysant, Cristina Losif, Maud Lefebvre

À partir de 10 ans

Durée : 1 heure

Teaser vidéo

Théâtre de la Renaissance • 7, rue Orsel • 69600 Oullins

Du 14 au 16 mars 2019

Réservations : 04 72 39 74 91


À découvrir sur Les Trois Coups :

☛ Cannibale, d’Agnès d’Halluin d’après une idée originale de Maud Lefebvre, par Trina Mounier

☛ La Crèche, de François Hien, par Trina Mounier