« Marcelle et Marcel », de Marc Delaruelle, le Guichet Montparnasse à Paris

rideau-rouge

Une jolie perle

Par Isabelle Jouve
Les Trois Coups

Marc Delaruelle, auteur et metteur en scène, nous livre un spectacle plein de force et de réflexion.

Marcelle et Marcel raconte le théâtre, ses coulisses, la vie et le temps qui passe. Nous sommes un soir de représentation. Marcelle et Marcel sont dans leur loge. Ils se préparent. Ou plutôt Marcelle se prépare pendant que Marcel rumine. La pièce qui se joue, il la connaît par cœur. Il a été ce Roméo. Marcelle était sa Juliette. Ils ont vécu le succès international. Le public les a longtemps acclamés, aimés, admirés. Et puis le temps a fait son œuvre. L’âge et les rides venus, ils sont encore sur scène, mais le feu des projecteurs s’est inexorablement éloigné. Ils ne tiennent plus les rôles principaux. Ils ont été relégués au second plan. Marcelle est devenue la nourrice de Juliette et Marcel, frère Laurent, le père spirituel de Roméo. Le comédien est aigri. Il ne comprend pas que ce jeune metteur en scène moderne lui préfère un autre Roméo, lui qui a si bien incarné le personnage. Et aujourd’hui ? Qui est-il ? Un simple curé. De quel droit la vie lui joue-t‑elle un si mauvais tour ? Il ressasse l’idée qu’on ne veut plus voir son talent et qu’on le piétine.

De son côté, Marcelle est totalement lucide. Elle ne s’encombre pas des fantômes du passé. Elle vit et profite pleinement du moment présent et va de l’avant avec bienveillance. Même les ruades et la mauvaise foi terrible de son partenaire et amant ne l’atteignent pas. Elle sait contredire son homme et lui dire la vérité tout en douceur. Il émane d’elle une profonde sérénité. Sa voix harmonieuse et claire ajoute à cette impression de sagesse. Et puis arrive le coup de théâtre final, inattendu, comme le veut la tradition. Le public plonge, jusqu’au bout. Il n’y a qu’à entendre les réactions pour constater que toute cette histoire l’a touché et fait réfléchir. On éprouve une certaine empathie pour Marcelle et Marcel.

Claude Mailhon a une présence merveilleuse sur scène

Marc Delaruelle est incontestablement un auteur de talent. Son texte tout en finesse est drôle et touchant, léger et profond. Il joue avec les mots, les émotions jusqu’à en extraire toute la saveur. Claude Mailhon est d’une incroyable justesse, dans toutes les nuances de son personnage. Elle a une présence merveilleuse sur scène. On la suit du regard dans ses moindres déplacements. Quant à Patrice Ricci, bien que crédible en vieil acteur nostalgique et acrimonieux, il pousse un peu trop le trait dans son jeu. Et détail qui mériterait d’être corrigé : quand Marcel prend ses gouttes, il faudrait vraiment qu’il y ait de l’eau dans la carafe et du liquide dans le flacon de médicament. D’autant plus qu’il y a un jeu sur le nombre de gouttes à respecter. Le voir se verser de l’air et compter du vide m’a semblé quelque peu ridicule.

Le Guichet Montparnasse est un théâtre d’une cinquantaine de places. L’audience est proche des acteurs. Cela ajoute une atmosphère introspective au huis clos. Le décor – deux tables de maquillage – est le point central de la scénographie. Quand ils ne sont pas en mouvement, les comédiens font face à leur miroir. Marc Delaruelle a eu l’idée d’un dispositif simple mais judicieux : le miroir n’a pas de glace, ce qui permet au public de voir les personnages évoluer dans toute leur « nudité », car les images dans le miroir ne sont que le reflet de la dure réalité !

Lors de brefs intermèdes sonores, les lumières se tamisent, et on entend des extraits de Roméo et Juliette joués par Marcelle et Marcel. Ce parti pris scénique assoit encore plus l’histoire.

Cette pièce donne envie d’aller régulièrement au théâtre pour y découvrir de jolies perles comme celle-ci. 

Isabelle Jouve


Marcelle et Marcel, de Marc Delaruelle

Mise en scène : Marc Delaruelle

Avec : Claude Mailhon et Patrice Ricci

Le Guichet Montparnasse • 15, rue du Maine • 75014 Paris

Réservations : 01 43 27 88 61

Site du théâtre : www.guichetmontparnasse.com

Métro : Montparnasse-Bienvenüe

Du 25 mars au 15 mai 2016, les vendredi et samedi à 20 h 30, les dimanches à 16 h 30

Durée : 1 h 10

20 € | 15 €