« Oscar et la Dame rose », d’Éric‐Emmanuel Schmitt, le Moulin à Roques

« Oscar et la Dame rose » © D.R.

« Oscar… » Douloureusement beau !

Par Bénédicte Soula
Les Trois Coups

La grande originalité de cette adaptation d’« Oscar et la Dame rose », best-seller d’Éric‑Emmanuel Schmitt, c’est l’incarnation de l’enfant malade sur scène sans l’intermédiaire de la dame rose. Dans ce spectacle bouleversant, signé Lucie Muratet, le récit gagne encore en émotion, s’il en était besoin, et l’humour devient alors encore plus nécessaire. Pierre Matras, lui, meurt chaque soir sur scène… Attention, œuvre forte !

Oscar, dix ans, surnommé Crâne d’œuf, se meurt d’un cancer. Chimio et greffe de moelle osseuse ont échoué. La médecine dépose les armes. Il n’y a plus rien à faire… sauf vivre les quelques jours qui restent. C’est alors qu’entre en jeu Mamie Rose, l’infirmière « préférée » proposant à Oscar de vivre « chaque jour comme s’il valait dix ans ». Elle lui souffle aussi l’idée de correspondre quotidiennement avec Dieu. À douze jours de la Saint-Sylvestre, le compte à rebours a commencé.

Ce roman épistolaire d’Éric‑Emmanuel Schmitt se prête bien à la scène. Il a d’ailleurs été adapté plusieurs fois, offrant d’abord à Danielle Darrieux, puis à Anny Duperey, et plus récemment à Jacqueline Bir, le rôle magnifique de la Dame rose. Mais ici, pas de mamie sur scène. À la place, Lucie Muratet a fait le choix de montrer Oscar. Il est donc là bien vivant dans son pyjama bleu et ses socquettes grises et rouges. Il a la boule à zéro et de grands yeux interrogeant le monde.

Pierre Matras est épatant dans le rôle, allergique au pathos, rigolard et plein d’énergie. Quelle superbe peinture de l’enfance il nous livre, turbulente même lorsqu’elle est blessée, souriante même atteinte ! C’est fort. Douloureux même, comme un coup de poing dans le plexus. Impossible de se dérober à l’émotion, d’échapper au mal de ventre, impossible d’éviter l’empathie ! Le décor, réaliste – une chambre de gosse avec ses peluches, ses jeux et son mobilier Ikea –, nous ramène sans cesse à l’implacable réalité d’une mort programmée. Bref, on n’évitera pas la déchirure dans la poitrine, les yeux humides et la bouche sèche. Et pourtant, il faudra bien en sortir à peu près indemne.

Sauvés par l’humour…

Pour cela, le théâtre a sa clef : la distance par l’humour… Ça a marché avec Beckett, dont l’œuvre n’est que désespoir sans salut, faillite de toute forme de communication et déréliction des âmes et des corps. Ça marche donc pour le petit Oscar, qui croit en Dieu et aux vertus du langage. Grâce à la puissance comique de ses lettres, admirablement rendue par l’interprétation et la mise en scène, Oscar joute vaillamment avec la mort, brocarde au passage les adultes, déboulonne quelques vérités établies et parvient à nous éloigner un peu du malade tout en nous rapprochant de l’enfant. Espiègle, il livre toute une galerie de personnages sympathiques. Einstein l’hydrocéphale, Bacon l’enfant brûlé, Pop Corn l’obèse, Peggy Blue (sa fiancée, dont la maladie rare lui donne une teinte bleutée) pourraient être les copains du Petit Nicolas s’ils n’étaient ceux d’Oscar… Le Dr Düsseldorf n’est qu’un embarras en blouse blanche. Quant à la Dame rose, qui, jurant, conduisant comme un chauffard, semble tout droit sortie de la famille d’Alexandre Jardin, elle nous régale de ses truculentes histoires d’ex-catcheuse, surnommée « l’Étrangleuse du Languedoc ».

Bref, la poésie et la force comique du texte, que beaucoup de jeunes lecteurs préfèrent même au Petit Prince, la performance du comédien Pierre Matras, la scénographie, rythmée tout en restant discrète, tout cela nous donne l’oxygène nécessaire pour aller jusqu’au bout du voyage. Après, Oscar s’en va. Mais, soyons honnête, le mal de ventre reste un peu. 

Bénédicte Soula


Oscar et la Dame rose, d’Éric‑Emmanuel Schmitt

Cie du Grenier‑de‑Toulouse • 14, avenue de la Gare • 31120 Roques‑sur‑Garonne

05 34 63 00 74

www.grenierdetoulouse.fr

contact@grenierdetoulouse.fr

Spectacle créé en résidence au Moulin de Roques

Mise en scène : Lucie Muratet

Avec : Pierre Matras

Décors : La Fiancée du pirate

Création lumière : Christian Toullec

Diffusion : Nathalie Quirin

Centre culturel le Moulin • 14, avenue de la Gare • 31120 Roques‑sur‑Garonne

Réservations : 05 62 20 41 10

Du 29 avril au 29 mai 2010, du mercredi au samedi à 20 h 30, dimanche à 15 h 30, relâche les lundi et mardi et les 2, 9, 12, 13, 14, 15 et 16 mai 2010

17 € | 14 € | 8 €