« Palatine », d’après la correspondance de Charlotte‑Élisabeth de Bavière, Théâtre de Nesle à Paris

Palatine © Alexandre Fay Palatine © Alexandre Fay

Une dame qui en impose

Par Olivier Pradel
Les Trois Coups

« Palatine » est le fruit d’une longue complicité entre Jean‑Claude Séguin et Marie Grudzinski : le premier a picoré dans la prolifique correspondance de la duchesse d’Orléans, princesse à la cour de Louis XIV, incarnée avec truculence par la seconde.

On entre dans cette pièce avec l’épouse de Monsieur, on en sort avec Madame. Tant il est vrai que Marie Grudzinski redonne vie à Charlotte‑Élisabeth « de Bavière », princesse méconnue et belle-sœur du roi. Et nous la livre presque sans fard, avec un style savoureux, où le trivial est des plus élégants. La Palatine porte en son accent et jusqu’en son nom la nostalgie de sa lointaine Heidelberg. Mais, au fil d’un règne qui n’en finit pas, elle saura conquérir le cœur du roi, qui l’apprécie pour sa liberté de ton, et l’intimité de son volage mari.

Sa correspondance nous fait entrer par le petit trou de la serrure dans l’intimité de la cour. Elle ravira tous ceux qui auraient aimé goûter une histoire de France plus captivante et moins lisse que celle apprise en classe. Elle donne surtout à découvrir une fascinante personnalité qui se joue des contraintes, surmonte ce qui aurait pu l’abattre, dans une énergie, un goût de la vie sans pareils.

Pourtant, entre les maîtresses du roi et les mignons de son époux, ses ennemis ne manquent pas. Les rudesses de la vie (malgré le relatif confort de Versailles), les contraintes de la cour, la perte de son jeune fils Alexandre-Édouard, si commune à l’époque, et surtout l’éloignement de sa patrie y ajoutent quelques épreuves. Traversant tout cela, cette femme bouillonne de joie et de liberté. Elle abhorre l’étiquette tout en créant la mode, ne cache rien de son antipathie pour la Montespan ou surtout la Maintenon (cette « vieille ordure du roi »), crie sa colère envers Vauban, qui mène la guerre contre son Palatinat, se gausse – en huguenote mariée au catholicisme – des prédicateurs, dont les sermons l’ennuient, et des dévots, qui imposent progressivement leur loi à la Cour.

Jean-Claude Seguin signe une mise en scène réussie, qui occupe au mieux le petit Théâtre de Nesle, transforme l’espace, réemploie le mobilier. Il a voulu, par un jeu de voix off, donner de la variété au jeu et exprimer le dialogue intérieur de Charlotte-Élisabeth, mais cet artifice ne tombe pas toujours à propos. Il dirige une Marie Grudzinski dont le talent mêle avec bonheur l’humour au tragique, nous menant imperceptiblement du rire au silence ému. Alors que son costume s’étoffe, elle endosse un personnage qui grossit au fil du temps, se voûte, vieillit sous nos yeux. À la manière d’un éphéméride, son jeu est scandé de dates, bornes d’un chemin qu’elle parcourt de son arrivée à la cour en 1671 à sa mort à Saint-Cloud en 1722. Un vrai petit bijou. 

Olivier Pradel


Palatine, de Jean‑Claude Seguin

Adaptation d’après la correspondance de Charlotte‑Élisabeth de Bavière

Mise en scène : Jean‑Claude Seguin

Avec : Marie Grudzinski

Costumes : Philippe Varache

Coiffures : Daniel Blanc

Lumières : Philippe Guenver

Photos : © Alexandre Fay

Théâtre de Nesle • 8, rue de Nesle • 75006 Paris

Réservations : 01 46 34 61 04

Du 1er octobre au 27 décembre 2008, du mercredi au samedi à 19 h 30 (relâche les 3, 10 et 25 décembre 2008)

Durée : 1 h 15

12 € | 15 € | 20 €