« Palpitants et dévastés », de Myriam Boudenia, Théâtre des Célestins à Lyon

Palpitants-et-devastes-Myriam-Boudenia © Marion-Bornaz © Marion Bornaz

Par omission ?

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Auteure et metteuse en scène de talent, Myriam Boudenia livre une comédie intelligente qui aborde habilement la question des migrants. On y découvre le destin de cinq personnages, dont trois générations de femmes, avec la réalité contemporaine des peuples soumis à l’exil.

Déjà, en ces temps où les spectateurs ne se bousculent pas vraiment à l’entrée des salles, premier choc : dix minutes avant le lever de rideau, la salle est pleine, plus une place libre. Le bonheur ! L’ovation qui accueillera les saluts le confirmera : la représentation a été à la hauteur de leurs attentes. Et des miennes.

Palpitants et dévastés parle d’amour. Et du soupçon qui s’introduit dans le coeur au plus mauvais moment, à la mairie, à l’occasion du mariage de Céline et Christian : il découvre qu’elle a un second prénom aux consonances si étrangères qu’il est imprononçable. Elle esquive, prétend avoir oublié, ne sait plus de quel pays vient ce prénom, il ne peut pas la croire, aimerait comprendre. Pourquoi donc cette omission ?

Palpitants-et-devastes-Myriam-Boudenia  © Marion-Bornaz
© Marion Bornaz

Ce pourrait être un vaudeville et cela commence effectivement comme une comédie. Mais Palpitants et dévastés parle de bien d’autres choses. De l’histoire passée qui laisse une empreinte si douloureuse qu’on ne peut, ni ne veut la regarder, même des générations après, d’autant que ceux qui l’ont vécue l’ont, eux aussi, soigneusement occultée. Myriam Boudenia évoque par petites touches, sans logique ni chronologie, au gré des lapsus, cauchemars, et autres curiosités de psychanalystes, les ravages subis par ces hommes et ces femmes pris dans le piège d’une géographie en train de se faire, des personnes battues, trimballées, étiquetées, affamées…

Secrets ou mensonges ?

Le texte évolue de l’extrême légèreté – avec même des moments carrément hilarants – à un récit façon puzzle qui soulève la question de l’accueil des migrants, à la fois sur un mode personnel et politique. C’est bouleversant, sans jamais céder au mélodramatique, intelligent sans « prise de tête », politique sans militantisme.

Cela tient, bien sûr, à la distribution, parfaite. Soulignons le jeu particulièrement changeant d’Anne de Boissy, délicieuse en mère narcissique et insupportable, ou celui de Martin Sève, amoureux maladroit à force de vouloir bien faire, ou encore de Lucile Marianne, si spontanée, vive et naïve, presque inconséquente. Insistons sur l’interprétation de Marian Badoi et de Sarah Kristian, les « intrus » de l’histoire. Le premier en acteur à la présence forte et en musicien ; la seconde, pivot de l’histoire, personnage central de l’intrigue qui donne une tonalité intrigante, puis profondément émouvante, par sa présence muette et immobile dans le rôle de la grand-mère.

Ces excellents comédiens donnent le meilleur d’eux-mêmes grâce à la metteuse en scène qui révèle, de spectacle en spectacle, sa grande maîtrise du plateau. Myriam Boudenia est incontestablement une des figures majeures du théâtre à Lyon. 

Trina Mounier


Palpitants et dévastés, de Myriam Boudenia

Mise en scène : Myriam Boudenia

Avec : Marian Badoi, Anne de Boissy, Sarah Kristian, Lucile Marianne, Martin Sève

Musicien-accordéoniste : Marian Badoi

Scénographie : Quentin Lugnier

Lumière : Yoann Tivoli

Son : Julien Vadet

Durée : 1 h 50

Théâtre des Célestins • 4, rue Charles Dullin • 69002 Lyon

Du 23 septembre au 3 octobre 2021, du mardi au samedi à 20 h 30, dimanche à 16 h 30, relâche le lundi

Tarifs : de 9 € à 26 €

Réservations : 04 72 77 40 00 ou en ligne

Tournée :

• Le 5 février 2022, Théâtre Jean Vilar (Bourgoin Jallieu)

• Le 17 mars, Auditorium Seynod (Annecy)


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