« Poucet, pour les grands », de Gilles Granouillet, Théâtre Nouvelle Génération à Lyon

Poucet à l’aune des filles

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

On connaissait bien des métiers à l’autodidacte Gilles Granouillet, et surtout celui d’écrivain de théâtre où il excelle. Mais l’écriture pour les enfants est une autre histoire qui requiert beaucoup de doigté, de subtilité, pour éviter de tomber dans la mare pédagogique comme dans le marigot de la facilité.

En imaginant un conte d’aujourd’hui à partir du Petit Poucet de Charles Perrault, celui de notre enfance avec son lot de cauchemars possibles – échanges d’enfants, ogre et ogresses, abandon, parents indignes, bref tout l’arsenal de la « psychanalyse des contes de fées » –, il prouve trois choses : qu’il respecte la valeur presque patrimoniale de ce conte, qu’il respecte ses spectateurs, qu’il est un grand auteur et metteur en scène de théâtre pour le jeune public. Car, en plus, il met en scène, et fort joliment.

Gilles Granouillet, tout d’abord, ne nous livre pas une version édulcorée, ni proche ni lointaine, ni, encore moins, contemporaine, du célèbre conte. Il s’appuie en permanence sur lui, le convoque, en appelle au souvenir des jeunes spectateurs pour mieux le détourner. Les gravures de Gustave Doré tournent en boucle dans un médaillon au‑dessus du plateau, les accessoires traditionnels sont bien présents – couronnes, chiffre sept pour les enfants comme pour les bottes, petits cailloux… Et, surtout, ils sont apportés par l’intelligence d’une petite fille qui lit, qui « dévore » et tient sa connaissance, sa rouerie et son astuce de la fréquentation des livres.

Aussi, quand elle rencontre Poucet, non seulement elle sait tout de lui, mais elle connaît leurs rôles respectifs dans l’histoire, ce qui lui permet d’anticiper, de se protéger, de protéger ses sœurs, de dévier le cours du destin. Et cette connaissance, elle la partage avec le public, créant avec lui immédiatement une connivence : eux savent à quel moment les méchants qui, comme chacun le sait, sont bêtes, n’ont aucune idée de ce qui se trame.

Ainsi, cette petite ogresse (car c’en est une, comme en témoignent sa bouche trop grande et ses dents pointues, et bien qu’elle soit végétarienne) est‑elle capable, aussi, d’aller contre sa nature supposée et d’avancer comme un être libre, de tenir tête à sa mère, de quitter sa famille et de choisir de devenir actrice, de mettre le jeu et l’imagination au centre de sa vie.

Grandir en jouant

L’histoire inventée par Gilles Granouillet est donc diablement intéressante. Elle offre, de plus, des strates de lecture différentes qui la rendent accessible à tous les âges. Ceci est renforcé par une mise en scène extrêmement inventive qui interpelle le jeune spectateur, lequel participe avec enthousiasme et sans retenue, criant comme à guignol « il est ici, il est là ! », complètement pris par l’histoire, vibrant avec Poucet et la jeune ogresse.

La mise en scène est aussi très rythmée, en particulier par l’alternance de scènes drolatiques et inquiétantes. Les personnages sont savoureux, que ce soit la sœur aînée, bête et vilaine comme une ogresse celle‑ci, avec ses envies de chair fraîche et ses rêves de princesse, que ce soit Poucet à la fois si courageux et qui donnerait tout pour ne pas l’être, que ce soit enfin la jeune ogresse si maligne, si joyeuse, si pleine de vie et de fraîcheur… La jeunesse des comédiens y est aussi pour quelque chose, eux qui débutent leur vie d’adultes et d’acteurs… En un mot, ce spectacle est une petite merveille que l’on peut voir avec un immense plaisir à tous les âges. 

Trina Mounier


Poucet, pour les grands, de Gilles Granouillet

Le texte est publié aux éditions Lansman

Texte et mise en scène : Gilles Granouillet

Avec : Heïdi Becker‑Babel, Grégoire Blanchon, Léopoldine Hummel et Clémentine Lebocey

Régie et lumières : Jérôme Aubert

Musique : Léopoldine Hummel

Costumes : Stéphanie Lhopital

Photos : © Vincent Jolfre

Production : Travelling Théâtre

Coproduction : Théâtre Nouvelle Génération-C.D.N. et l’Esplanade Opéra-Théâtre de Saint‑Étienne

T.N.G. • 23, rue de Bourgogne • 69009 Lyon

Réservations : 04 72 53 15 15

Site : http://www.tng-lyon.fr/

Billetterie : billetterie@tng-lyon.fr

Mercredi 13 novembre 2012 à 19 h 30, mercredi 14 novembre à 15 heures, vendredi 16 novembre à 14 h 30 et 20 heures, samedi 17 novembre à 20 heures, dimanche 18 novembre à 16 heures, lundi 19 novembre et mardi 20 novembre à 14 h 30

Durée : 1 h 10

Tarifs : de 6 € à 17 €

Tournée :

  • Festival Momix à Kingersheim : 3 et 4 février 2013
  • Théâtre de Vienne : 5 et 6 février 2013 à 15 heures, 7 et 8 février 2013 à 10 heures et 14 h 30
  • Théâtre de Roanne : 12 février 2013 à 14 h 30 et 20 h 30
  • Centre culturel Jean‑Jacques‑Rousseau à Seyssinet‑Pariset : 18 février 2013 à 14 h 30, 19 février 2013 à 14 h 30 et 19 h 30
  • L’Atrium de Tassin-la‑Demi‑Lune : 12 mars 2013 à 14 h 30 et 19 h 30
  • Centre culturel de Saint‑Genis‑Laval : 14 mars 2013 à 14 h 30 et 19 heures
  • Le Sou à La Talaudière : 16 mars 2013 à 20 h 30
  • Théâtre de Vénissieux : 20 mars 2013 à 15 heures, 21 mars 2013 à 9 h 30 et 14 h 30, 22 mars 2013 à 9 h 30
  • Le Dôme-Théâtre à Albertville : 26 mars 2013 à 14 h 30, 27 mars 2013 à 19 h 30, 28 mars 2013 à 9 h 45 et 14 h 30
  • Théâtre des Pénitents à Montbrison : 3 avril 2013 à 15 h 30
  • Maison de la culture Le Corbusier à Firminy : 10 avril 2013 à 14 heures, 11 avril 2013 à 10 heures et 14 heures
  • Opéra-Théâtre de Saint‑Étienne : 13 avril 2013 à 17 heures, 15 et 16 avril 2013 à 10 heures et 14 h 30, 17 avril 2013 à 15 heures
  • Théâtre du Parc à Andrézieux‑Bouthéon : 19 avril 2013 à 10 heures et 14 h 30
  • L’Agora à Billière : 23 avril 2013 à 20 heures, 24 avril 2013 à 15 heures, 25 avril 2013 à 10 heures et 14 h 30, 26 avril 2013 à 10 heures