« Pour Louis de Funès », de Valère Novarina, Théâtre de l’Éphémère, Le Mans

Pour Louis de Funès © Alain Szczuczynski Pour Louis de Funès © Alain Szczuczynski

« Un athlète de la dépense »

Par Aurélie Mazzeo
Les Trois Coups

Au Mans, le Théâtre de l’Éphémère présente un spectacle qui lui tient à cœur et au corps : « Pour Louis de Funès », d’après un texte de Valère Novarina. Histoire d’un spectacle important au public trop rare, ou la modestie de l’intelligence.

D’abord, entre en toute simplicité le comédien dans son propre rôle : celui du passeur de mots. Lunettes rouges et rondes chaussées, Didier Lastère entame la lecture. Le texte de Novarina, éminent, essentiel, n’est pas un simple hommage à l’acteur français qui lui donne son titre. Dans une langue poétique et secrète, l’auteur dénigre le théâtre pseudo-élitiste et replace l’acteur au centre de son art. Pour lui, à la manière de Louis de Funès, le comédien doit éprouver son enveloppe corporelle jusqu’à la moelle. En suicidé renouvelant sans cesse son geste mortel, il se présente chaque soir au public, nu comme au commencement. Et comme disait Louis de Funès : « Au commencement était la  fin ».

Didier Lastère, seul en scène, se propose de lire, puis de dire ce texte de Novarina. Le plateau est presque nu. Troisième slogan de Novarina : « Tout décor pouvant se traduire par une idée est à déconstruire immédiatement ». Ici, seulement des projecteurs, et de grandes toiles verticales sur roulettes, destinées à masquer le comédien ou à projeter une vidéo.

Didier Lastère s’occupe lui-même d’une grande partie des lumières en les déplaçant à vue. Limiter les artifices et en finir avec l’obsession du réalisme – théâtral comme financier. La vidéo, souvent délicate à manier avec pertinence, s’allie ici sobrement au propos. Pas de prouesse technologique superflue : entre autres, des titres comme structure, des montages de photos de Louis de Funès, « athlète de la dépense », et des fragments de ses films, avec ce corps qui savait.

« Être acteur, c’est aimer énormément disparaître. »

Par ses regards directs, sa proximité, ses pauses complices ou interrogatrices, ses commentaires, Didier Lastère entretient en permanence le lien entre celui qui dit et celui qui écoute. Même lorsqu’il prend un ton plus professoral, il ne s’agit pas pour lui de prétendre avoir lui-même englobé toute cette substance novarinienne. Il a compris qu’il ne s’agit pas de « donner quelque chose à faire semblant de comprendre aux spectateurs et aux journalistes pour leur faire croire que tout le monde est intelligent ».

Faire semblant de toujours comprendre Novarina, ç’aurait été oublier qu’il peut n’y avoir que musique. Ou le sentiment confus que sous ces mystères se cachent des vérités, primordiales mais encore inaccessibles. En toute modestie, donc, le spectacle n’a la prétention que de transmettre, de faire découvrir et penser, s’exalter aussi, si possible. Et parce qu’il ne parle pas de théâtre dans un amphithéâtre, Didier Lastère profite du plateau pour faire en conditions réelles l’expérience de la technique de Novarina.

Ce texte théorique, adapté pour la scène, ne pouvait en effet admettre que son application stricte. Le comédien offre là une performance, investit organes, peau et ongles dans le mouvement et dans le dire. Son énergie, sans cesse nourrie, est approvisionnée par son ancrage solide dans la terre : au creux de son allure débonnaire, Didier Lastère puise d’inépuisables impulsions. Ainsi peut-il se mettre à danser, ou courir en cercle, dangereusement penché, avant de revenir sereinement à sa verticale. Seule trace de ces élans, son souffle écourté, qui, une fois encore, met en avant la tuyauterie humaine qui fascine tant Novarina.

Le souffle. Didier Lastère sait combien est précieux le pouvoir d’être « teneur de souffle ». Le public offre son silence à l’acteur aussi longtemps que dure la représentation. En échange, l’acteur monte sur le ring où il se combattra lui-même. Un combat, ou une danse : celle du mort qui renaît tout le temps. Et quand les lumières s’allument, on voudrait bien qu’il puisse danser encore, celui qui a tenu le rythme de nos poumons entre ses mots. 

Aurélie Mazzeo


Pour Louis de Funès, de Valère Novarina

In le Théâtre des paroles, P.O.L., 2007

Cie Théâtre de l’Éphémère • 8, place des Jacobins • 72000 Le Mans

02 43 43 89 89

Site : http://www.theatre-ephemere.fr/

Courriel : contact@theatre-ephemere.fr

Mise en scène : Didier Lastère et Jean‑Louis Raynaud

Assistante à la mise en scène : Camille Lorrain

Avec : Didier Lastère

Création vidéo : Matthieu Mullot

Création sonore : Amélie Polachowska

Lumières : Stéphane Hulot

Chorégraphie : Valérie Berthelot

Photo : © Alain Szczuczynski

Théâtre de l’Éphémère • 8, place des Jacobins • 72000 Le Mans

Courriel : contact@theatre-ephemere.fr

Réservations : 02 43 43 89 89

Du 6 au 11 octobre 2011 à 20 h 30

Durée : 1 heure

7 €

Tournée :

  • 6 décembre 2011 à l’espace Cap Nort, Nort‑sur‑Erdre (44)
  • 12 janvier 2012 au Préau, C.D.R., Vire (14)
  • 20 janvier 2012 à Beaulieu, Lomme (59)
  • 27 mars 2012 au Théâtre de Laval (53)
  • 29 et 30 mars 2012 à l’Aire libre, Saint-Jacques-de‑la‑Lande (35)