« Pourquoi les poules préfèrent‑elles être élevées en batterie », de Jérôme Rouger, le Tivoli à Montargis

« Pourquoi les poules préfèrent-elles être élevées en batterie ? » © P. Remond

Des conditions de vie difficiles des gallinacés

Par Aurélie Plaut
Les Trois Coups

Jérôme Rouger, directeur de l’école d’agriculture ambulante (E.A.A.), s’attelle à un sujet sensible : les droits des poules et des œufs. Un seul en scène déroutant et drôle qui nous suggère – mine de rien – que la poule ne serait peut-être pas si éloignée de l’homme…

Conférence ou spectacle ? Sommes-nous à l’université ou au théâtre ? Dès les premières minutes, la confusion est possible. Le Pr Rouger, quelque peu maniaque et psychorigide de prime abord, regarde sa montre : « J’aime bien commencer à la minute pile », nous dit-il. Après quelques secondes, la position des aiguilles semble lui convenir : le cours peut débuter. Tout enseignant sait que les premiers instants sont décisifs, que la captatio benevolentiae n’est pas qu’un artifice rhétorique. Ici, elle consiste à prendre à partie Jacques Drouard, le programmateur de l’A.M.E. (Agglomération montargoise et rives du Loing), présenté comme un ancien élève de Jérôme Rouger. Il a réussi le « petit » Jacques ! Il est désormais capable de s’adresser sans appréhension aucune à un auditoire conséquent. Alors, si nous suivons bien le cours, si nous sommes attentifs, si nous prenons des notes, si nous acceptons l’interaction, nous deviendrons tous des « Jacques Drouard » en puissance ! Proposition alléchante !

Le directeur de l’E.A.A. a mené à bien son entrée. Le public du Tivoli est suspendu à ses lèvres. Les choses sérieuses peuvent maintenant être abordées parce que oui, « ce spectacle est la caution intellectuelle » de la programmation de cette année !

Problématisation du sujet et développement

Qui de la poule ou de l’œuf est apparu en premier ? Question existentielle s’il en est, à laquelle l’homme essaie de répondre depuis des lustres sans vraiment la résoudre. Heureusement, M. Rouger est là pour nous accompagner sur le chemin de la vérité. Il réagira à la problématique posée au moyen d’une démonstration organisée en trois parties :

  1. La poule.
  2. L’œuf.
  3. De la « protopoule » à la poule : les grandes théories des origines…

Si « la dictature de l’humour » est d’emblée dénoncée pour mettre en valeur la gravité du propos, le conférencier ne manque pas de l’utiliser ! Et il le fait à bon escient. Nous rions de bon cœur. Nos zygomatiques sont heureux, ils travaillent. Le sujet incongru qu’il traite avec précision permet de belles boutades. Jérôme Rouger s’illustre avec brio dans le registre comique. Il ne perd pas son sérieux malgré, par instants, un léger rictus qui laisse entendre qu’il se contient. Le ton professoral est juste. Le costume, drôle : de jolies bottes en plastique blanc montrant que l’on a affaire à un scientifique « dur » pour qui la pratique expérimentale n’a pas de secret. On retrouve l’attitude des enseignants, leurs habitudes. On enrage presque (mais invariablement avec le sourire) de constater qu’il livre les trucs et astuces du bon pédagogue : comment faire pour épater son auditoire ? pour l’amener à respecter la figure d’autorité qu’il incarne ? Eh bien, il suffit d’impressionner… faire « comme si » nous faisions de tête un savant calcul, par exemple, alors que la réponse est déjà connue, parce que le cours est toujours préparé en amont. Dès lors, on se dit que la frontière entre enseignement et jeu théâtral est bien ténue.

Si ce spectacle est une réussite, on peut néanmoins regretter certains choix. Est-il vraiment utile de céder à la parodie de la démagogie en « rappant » un passage de la conférence sous prétexte qu’il faut savoir s’adapter à son groupe-classe ? Autre doute : la petite chanson entonnée par le comédien trouve-t-elle vraiment sa place dans le discours ? Ne vient-elle pas discréditer le sérieux du directeur de cette importante institution qu’est l’école d’agriculture ambulante ? Enfin, le propos politique qui apparaît en filigrane aurait mérité d’être développé plus avant. Peut-être aurait-il fallu aller plus loin, réussir à choquer ?

Il n’empêche, Jérôme Rouger est un bon comédien. Il nous fait rire, nous emporte, force l’attention. Et c’est avec un grand plaisir que nous suivrons son prochain cours dont l’intitulé est plus que tentant : « Comment élever un veau quand on a mangé sa mère ? ». 

Aurélie Plaut

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Pourquoi les poules préfèrent-elles être élevées en batterie ?, de Jérôme Rouger

Mise en scène : Jérôme Rouger

Production : Cie La Martingale

Regard extérieur : Patrice Jouffroy

Avec : Jérôme Rouger

Administration : Agnès Rambaud

Diffusion : Guillaume Rouger

Photo : © P. Remond

A.M.E. • le Tivoli • 45200 Montargis

Réservations : 02 38 95 02 15

Du 12 au 13 décembre 2014 à 20 h 45

Durée : 1 heure

19 € │ 15 € │ 12 € | 5 €

Tournée 2014-2015 :

  • Le 14 décembre 2014 : Théâtre Épidaure (Bouloire)
  • Le 19 décembre 2014 : Mortagne-sur-Sèvre
  • Le 31 janvier 2015 : Bayeux
  • Le 17 février 2015 : amphithéâtre Kyoto (Poitiers)
  • Le 11 mars 2015 : Thionville
  • Le 12 mars 2015 : Algrange
  • Le 24 ou le 25 mars 2015 : à destination des étudiants de la faculté des sciences fondamentales appliquées (Poitiers)
  • Le 10 avril 2015 : L’Amuserie (Lons-le-Saunier)
  • Le 29 avril 2015 : Saint-Philibert-de-Grand-Leu
  • Le 30 avril 2015 : Performances d’acteurs, auditorium de l’hôtel de ville (Cannes)
  • Le 19 mai 2015 : L’Intervalle (Noyal-sur-Vilaine)
  • Le 4 juin 2015 : L’Onyx (Nantes)
  • Le 11 juin 2015 : ouverture de saison (Ancenis)
  • Le 30 juin 2015 : Champcevinel