« Pyrénées ou le Voyage de l’été 1843 », de Victor Hugo, le Lucernaire à Paris

Pyrénées ou le Voyage de l’été 1843 Pyrénées ou le Voyage de l’été 1843

Voyage, voyage !

Par Isabelle Jouve
Les Trois Coups

Dans ce seul en scène, Julien Rochefort, qui interprète Victor Hugo, nous plonge en 1843 lors de son périple estival. Un spectacle non dénué d’intérêt.

Pyrénées ou le Voyage de l’été 1843 débute par une voix off qui pose le décor. En ce mois de juillet 1843, Victor Hugo entame sa traditionnelle pérégrination d’été. Arrive alors sur scène Julien Rochefort, qui incarne le grand poète et dramaturge. Il commence le récit de ce circuit (de près de deux mois) par l’arrivée à Bordeaux, ville « curieuse, originale, peut-être unique ». Puis, ce sera Bayonne, « lieu vermeil et souriant », Biarritz que l’écrivain considère comme « l’endroit le plus charmant et le plus magnifique », Saint-Sébastien, « pays de poètes et de contrebandiers ». Le voyage se poursuit, ininterrompu, jusqu’à Pampelune.

Victor Hugo est un fin observateur des gens qu’il rencontre, des situations qu’il vit et des régions qu’il traverse, « car la pensée a ses mirages. Les voyages que la diligence […] ne fait pas, l’imagination les fait ». Son œil est acéré et sa plume drolatique : « Il faut être un voyageur endurci et coriace pour se trouver à l’aise sur l’impériale de la diligence Dotézac […]. Je n’avais, de ma vie, rencontré une banquette rembourrée avec cette férocité. ».

Les anecdotes fleurissent, les descriptions pleines de vie et de spontanéité se succèdent. Quelques lettres de sa correspondance parallèle à sa femme et ses quatre enfants ponctuent aussi le fil du récit. Tout cela est très gai et léger. Jusqu’à ce jour funeste où, de retour dans les Pyrénées, il apprend par un terrible hasard (en lisant le journal dans un café de Rochefort) la mort par noyade de sa chère fille Léopoldine et de son mari. Il n’aura plus jamais le courage de terminer son histoire, initialement destinée à être publiée. Cette dernière le sera à titre posthume, en 1890, cinq ans après son décès.

Le spectateur suit les tribulations du poète avec joie

Julien Rochefort, comédien et metteur en scène, connaît bien Victor Hugo à qui il voue une véritable passion hugolâtre. Et pour cause : « Après m’être plongé dans cette œuvre immense, l’idée de faire un “spectacle Hugo” m’est tout naturellement venue. Mais que choisir ? Tout est magnifique ! Alors, évidemment, on veut faire découvrir la partie immergée de l’iceberg, faire œuvre utile en allant vers le moins connu. ». C’est réussi.

L’adaptation de ce texte par Sylvie Blotnikas, metteuse en scène, auteur et comédienne, est pertinente. Cette artiste est loin d’être une débutante. En 2001, elle a même été nommée aux molières dans la catégorie Révélation théâtrale en tant qu’auteur de pièces de théâtre et comédienne. Dans ce monologue d’une heure dix, elle a su tirer le meilleur du journal de voyage. Le spectateur suit les tribulations du poète avec joie, amusement et bonne humeur. En outre, l’atmosphère intimiste de la salle d’une cinquantaine de places du Lucernaire convient parfaitement à ce seul en scène.

Julien Rochefort est un Victor Hugo plutôt convaincant, même si, à mon avis, sa voix un peu haut perchée manque de profondeur. Il a néanmoins le ton juste et une fibre comique subtile. Il n’en fait pas trop. Il n’utilise aucun accessoire hormis un tabouret, un petit flacon d’eau et un carnet. De plus, son costume d’époque sobre et élégant suffit à nous transporter en ce milieu du dix-neuvième siècle. La mise en scène, volontairement dépouillée, se concentre sur l’essentiel : le récit.

Ce spectacle, simple et efficace, est à découvrir pour la performance de Julien Rochefort et le texte vivant et très imagé de Victor Hugo. 

Isabelle Jouve


Pyrénées ou le Voyage de l’été 1843, de Victor Hugo

Mise en scène : Sylvie Blotnikas

Avec : Julien Rochefort

Adaptation : Sylvie Blotnikas

Photo : © Fabienne Rappeneau

Le Lucernaire • 53, rue Notre‑Dame‑des‑Champs • 75006 Paris

Réservations : 01 45 44 57 34

Site du théâtre : www.lucernaire.fr

Métro : Notre‑Dame‑des‑Champs

Du 24 août au 8 octobre 2016, du mardi au samedi à 19 heures

Durée : 1 h 10

26 € | 21 € | 16 € | 11 €