« Quatre à quatre », de Michel Garneau, Théâtre du Balcon à Avignon

Salle de spectacle

Cris et chuchotements

Par Vincent Cambier
Les Trois Coups

On est toujours le fils ou la fille de quelqu’un… C’est ce que crie la pièce du Québécois Michel Garneau, avec une poésie inouïe. Une épure de scénographie, où trois portes de fer forgé symbolisent l’enfer, le paradis et le purgatoire d’une famille – l’arrière-grand-mère, la grand-mère, la mère et la fille. Elles se racontent leurs histoires d’amour parce que « l’amour existe c’est sûr / pour qu’on en souffre autant ».

À travers les générations, ces femmes vont se détester et s’aimer. Anne, l’arrière-grand-mère (Marie Thomas, la grâce même, qui donne toujours tellement au public qu’on dirait qu’elle va casser), c’est « la belle esclave pondeuse de mythes ». Pauline, la grand-mère (déchirante et lumineuse Nadine Béchade), c’est la pécheresse par amour du péché, ce qui est sa façon à elle d’être un loup-garou. Heureusement, « on a toujours besoin des loups-garous / qui hurlent à pleine voix ». Céline, la mère (la nouvelle recrue de Michel Bruzat, la très touchante Maria Beloso Hall), la blousée qui croyait « au bon dieu des ventres » et qui nous lacère quand elle dit de son homme, toujours absent : « Y m’a mis en amour / et il m’a pas aimée ». Anouk, la fille (Flavie Avargues, petite sœur d’Anouk Grinberg, douloureuse et cruelle) est « malade d’aimer c’qui pourrait ête / si l’amour était pas morte ». Mais elle continue obstinément à chercher « à bout d’bras un bonheur inconditionnel ». Anouk n’en peut plus de sentir le poids de ses aînées dans ses tripes, et hurle à sa mère : « Cesse de murmurer dans mon silence / tu m’empêches de me parler. »…

Sans l’ombre d’une coquetterie de style, Michel Garneau fait résonner pour nous les cris et les chuchotements de ces quatre pauvres vies rythmées par la harpe de la vie. Quatre à quatre déroule une prose au plus près du cœur, une écriture douce qui, subitement, nous transperce de tristesse.

Michel Bruzat est l’accoucheur magnifique du verbe qui se fait chair, le maïeuticien charismatique des comédiennes du Théâtre de la Passerelle.

Celles-ci, étincelantes et vivantes, phosphorent dans le noir de la scène du Balcon, sous les lumières intelligentes de Franck Roncière.

Je vous salue, toutes les Marie pleines de traces ! Je pleure à cause de vous, grâce à vous.

Ah ! Si on savait d’avance tout ce qu’on apprendrait ! Si on savait ce que c’est, l’espoir qu’on cherche… 

Vincent Cambier


Quatre à quatre, de Michel Garneau

Mise en scène et scénographie : Michel Bruzat

Avec : Flavie Avargues, Nadine Béchade, Maria Beloso Hall et Marie Thomas

Lumières : Franck Roncière

Costumes : Dolorès Alvez

Harpe : Isabelle Olivier

Musique : Dominique Desmons et Isabelle Olivier

Théâtre du Balcon • 38, rue Guillaume-Puy • Avignon

04 90 85 00 80

À 15 h 40, tous les jours

Durée : 1 h 20