« Requiem », de Wolfgang Amadeus Mozart, les Quinconces, Le Mans

Diana Higbee © D.R. Diana Higbee © D.R.

Mozart fait vibrer les foules

Par Céline Doukhan
Les Trois Coups

C’est un « Requiem » de belle facture que les spectateurs manceaux ont pu entendre mercredi.

Passons sur l’histoire bien connue de la genèse du « Requiem » (quelques mois avant la mort du compositeur, un mystérieux inconnu lui commande une messe de requiem ; Mozart n’a pas le temps de l’achever, ce dont se charge Süssmayer, son disciple) et saluons plutôt l’initiative de « Diana Higbee, chanteuse lyrique », ainsi qu’elle se présente elle-même au micro avant la représentation. Cette soprane française d’origine néo-zélandaise et américaine a entrepris de donner un nouveau souffle à la musique classique sur la ville du Mans. C’est elle qui est à l’origine du festival Musica Le Mans dont la première édition a eu lieu à l’été 2016, avec pour ambition d’ouvrir l’opéra à de nouveaux publics.

Cette fois, l’œuvre choisie n’est autre qu’un « chef-d’œuvre intemporel », pour reprendre la dénomination toute simple de la feuille de salle. Une œuvre qui fait consensus et attire les foules : la salle est comble pour les deux représentations de 16 heures et 20 heures.

Aussi, quand on arrive, on est plein d’espoir et d’envie : celle d’être emporté par les envolées sublimes des chœurs, de frémir devant les redoutables menaces du Dies irae, de sentir le réconfort du paisible Benedictus. Diana Higbee, micro en main, nous rassure : les instrumentistes sont « les meilleurs solistes de France » et chacun de ses trois acolytes réunit toutes les qualités du parfait mozartien, avec des voix « pures, aériennes et très rondes ».

Alors, oui, on vibre, on y est bien, dès les premières mesures, pendant lesquelles, après la frémissante introduction de l’orchestre, les chœurs nous emportent dans le tourbillon du « Kyrie ». La sensation de toucher une forme de transcendance mêlée à celle d’une grande humilité est bien là. Quel magicien, ce Mozart.

Mais continuons sur les chœurs : les deux ensembles réunis ce soir‑là sont tous formés de chanteurs expérimentés et travaillent souvent en commun, sous la baguette de Silvio Segantini. Ils assurent, notamment dans les périlleuses vocalises en cascade. Les sopranes n’étaient pas toujours très à l’aise dans le registre piano aigu, tandis que (mais ceci était peut-être dû à mon placement très excentré dans la salle) les altos peinaient parfois à se faire suffisamment entendre. À la décharge des chanteurs, il faut dire qu’ils enchaînaient là deux représentations d’une œuvre déjà exigeante, à trois heures d’intervalle !

Quant aux solistes, ils livrent une prestation très convaincante. Chez les hommes, Constantin Goubet et Nicolas Brooymans articulent et projettent leur voix avec clarté. Leurs deux voix s’harmonisent parfaitement. Ce n’est hélas pas autant le cas pour les voix féminines. En effet, si le timbre chaud et expressif de Diana Higbee est un régal, la voix de la soprane couvre trop souvent celle de l’alto Åsa Junesjö (et que dire de l’Ave verum, donné en bis, où la chanteuse réussit le même exploit avec les 15 choristes sopranes !). Au tout début notamment, on la voit, buste penchée vers l’avant, presque suppliante, entraînée par une certaine fougue lyrique, bien vite réfrénée ; cela se double d’une tendance à commencer toutes ses phrases par un léger glissando peu en accord avec le style des autres interprètes. Mais cela aussi se résorbe peu à peu.

En tout cas, vu ce déséquilibre entre les deux voix de femme, on est d’autant plus heureux (et elle aussi, à en juger par le sourire qui éclaire enfin son visage) d’entendre pleinement Åsa Junesjö au début du Benedictus, par ailleurs très réussi de bout en bout. Ses longs cheveux blonds, son air austère, presque triste, en feraient volontiers une sorte de Mélisande scandinave…

Enfin, les Solistes-Français (une vingtaine de musiciens) donnent une interprétation mesurée mais suffisamment enlevée du Requiem. Bref, une soirée comme on espère en revoir. 

Céline Doukhan


Requiem, de Wolfgang Amadeus Mozart

Direction artistique : Diana Higbee

Direction musicale : Paul Rouger

Orchestre : les Solistes-Français

Chœurs : Ensemble polyphonique de Versailles et Ensemble vocal du Chesnay

Avec : Diana Higbee (soprano), Åsa Junesjö (alto), Constantin Goubet (ténor), Nicolas Brooymans

Photo de Diana Higbee : © D.R.

Les Quinconces • 4, place des Jacobins • 72000 Le Mans

www.quinconces-espal.com

Réservations : 02 43 50 21 50

Le 19 octobre 2016 à 16 heures et 20 heures

Durée : 1 heure

23 € | 14 € | 11 € | 9 € | 8 €