« Rêves / Kafka », d’après Franz Kafka et Orson Welles, Théâtre les Ateliers à Lyon

Rêves / Kafka © Pierre Grange Rêves / Kafka © Pierre Grange

Le théâtre en procès ?

Par Michel Dieuaide
Les Trois Coups

La compagnie Scènes que dirige Philippe Vincent présente au Théâtre les Ateliers à Lyon une création d’après Franz Kafka et Orson Welles, intitulée « Rêves / Kafka ». Ce spectacle tente d’associer en deux temps distincts théâtre et cinéma. Pari risqué. Rêve ou cauchemar ?

Pour ne pas effaroucher le public qui voudrait vivre l’aventure d’aller à la rencontre de ce « théâtre et cinéma live » sans avoir lu le Procès de Franz Kafka, 65 rêves de Franz Kafka du philosophe et psychanalyste Félix Guattari et sans avoir vu le Procès, film d’Orson Welles, ce qui s’offre à ses yeux peut se décrire assez simplement. Premier temps : sur un plateau de théâtre transformé en studio de tournage, au milieu d’un enchevêtrement de câbles, d’ordinateurs, d’instruments, d’un rail de travelling, de micros, de caméras mobiles et d’éléments de décor posés au sol ou suspendus dans les cintres, quatre acteurs et une équipe de techniciens sont à l’ouvrage.

Un homme jeune, au lit, alternativement cauchemarde ou rêve. Il a manifestement un problème avec sa mère, avec sa fiancée et avec son père. Une fois debout et habillé, sa situation se complique. Il dit lui-même qu’il a beaucoup de difficulté à comprendre le monde qui l’entoure. S’ensuit une série de scènes fragmentées qui sont soit indicatives de sa vie quotidienne complexe, soit révélatrices de ses hallucinations morbides. Progressivement, la tension monte et deux visions s’affrontent. Dans sa famille, on s’acharne à lui faire admettre que bien manger et réussir un mariage c’est l’essentiel. De son côté, le choix est clair : fuir le cocon étouffant des relations parentales et conjugales ou mettre fin à ses jours.

Deuxième temps, après une courte pause : le spectateur change de salle et s’assoit devant un écran de cinéma. Commence alors une sorte de séance de rattrapage avec la projection quasi fidèle de ce qu’il a déjà vu sur le plateau du théâtre. Peu de surprises, sinon quelques cadrages insolites, beaucoup de noirs et une mention répétitive au bas du moniteur : H.D.M.I. connecté ! Sans doute une volonté du concepteur d’avertir son public de la distance qu’il doit prendre avec ce qui lui est présenté et de se rappeler à lui-même qu’il n’est pas victime de ses illusions et de son empathie pour ses personnages.

L’art de se dérober

Dans le langage des sous-mariniers, l’immersion participe à la tactique du dérobement. Choisir l’instant opportun pour se rendre invisible en disparaissant sous les flots. Philippe Vincent n’est pas loin de cet escamotage en ayant voulu conjuguer création théâtrale et création cinématographique. Sa mise en scène tire peu d’avantages de recourir au cliché du vrai-faux tournage d’un film. Dramaturgie en miettes, gestion difficile du temps théâtral et trop rares moments d’émotion. Il faut tout le talent de Mathieu Besnier ou de Garance Clavel pour être parfois bouleversé. L’omniprésence des moyens techniques liés au filmage disperse le regard et fragilise l’attention. François Truffaut dans la Nuit américaine faisait du cinéma en train de construire un film… sur le cinéma. Philippe Vincent s’exonère en grande partie du théâtre sous prétexte qu’il essaie de le filmer.

On ne peut que regretter qu’avec un tel contenu – le Procès de Kafka – il ait pensé que le cinéma avait besoin de venir à la rescousse du théâtre. Alors, gardons en mémoire quelques trop brèves images puissamment théâtrales et oublions les faiblesses d’un concept si tendance qui consiste, à l’excès, à produire des formes artistiques hybrides, fascinées par les nouvelles technologies. Que soient donc remerciés encore une fois Mathieu Besnier et Garance Clavel, lui pour ses apparitions haletantes, naïves ou farouches en Joseph K, elle pour ses surgissements rugueux, attendrissants ou paniqués en servante, maîtresse ou fiancée. 

Michel Dieuaide


Rêves / Kafka, d’après Franz Kafka et Orson Welles

Conception, mise en scène : Philippe Vincent

Avec : Mathieu Besnier, Garance Clavel, Anne Ferret, Bob Lipman

Chef opérateur cinéma : Pierre Grange

Construction et scénographie : Jean‑Philippe Murgue

Costumes : Cathy Ray

Lumière : Hubert Arnaud

Opérateur cinéma : Richard Thibaut

Monteur : Julien Lefevre

Assistant-opérateur : Jérémy Vaud

Son : Rodolphe Moreira, Basile Verrier

Photo : © Pierre Grange

Production : Scènes Théâtre Cinéma, Théâtre les Ateliers, Les Bernardines (Marseille) et Ramdam (Sainte-Foy-les-Lyon)

Avec le soutien de la Spedidam

Avec la participation de Virus Production

Théâtre les Ateliers • 5, rue du Petit-David • 69002 Lyon

www.t-la.org

Contact par courriel : contact@t-la.org

Tél. 04 78 37 46 30

Représentations : du 14 au 18 octobre 2014 à 20 heures

Durée : 1 h 30

Plein tarif 20 €, tarif réduit 15 € et 12 €