« Saleté », de Robert Schneider, lycée Pasteur à Avignon

Plateau théâtre

Sad m’a tué

Par Vincent Cambier
Les Trois Coups

Il s’appelle Sad. Il a 30 ans. Il vit à Vienne, en Autriche. Il vend des roses pour survivre. Il est arabe. C’est tout ? Non, bien sûr. Ça serait trop commode… pour nous.

Sad était si assoiffé de culture et d’auteurs occidentaux ! Rien que le mot « Leica » lui avait donné envie de traverser la Méditerranée ! C’était compter sans la saleté qui encrasse notre cœur. Patiemment mais sûrement, nous avons inoculé notre poison haineux dans l’âme de Sad, et désintégré son identité. Tchernobylisé par notre mépris xénophobe, il nous renvoie sans cesse à notre propre contamination. Sad achève de nous crucifier en disant : « Je vous aime ! »

Le génie (et le danger ?) de cette pièce de Robert Schneider est de faire proférer par Sad lui-même les propos racistes « ordinaires » que nous tenons quotidiennement.

L’auteur boxe notre bonne conscience visqueuse et ne nous laisse aucun répit. Nous prenons les uppercuts et les crochets en pleine gueule. « La vérité n’est jamais élégante. »

La mise en scène et le décor, très efficaces, de Henri Ronse nous explosent à la figure. L’acteur Rachid Benbouchta, beau comme un dieu, psalmodie ce douloureux lamento avec les cris feulés d’un fauve frappé à mort.

Ce soir-là, Rachid a poignardé notre tête et notre corps. Nous aurions aimé que notre cœur le fût autant.

Quoi qu’il en soit, il faut aller réconforter Sad. Quoi qu’il prétende, il est triste, il a peur. En ces temps de dérives fascistes, aller voir Saleté, création mondiale en français, relève du devoir civique et humaniste. 

Vincent Cambier


Saleté, de Robert Schneider

Mise en scène : Henri Ronse

Nouveau Théâtre de Belgique

Avec : Rachid Benbouchta

Lycée Pasteur à 21 heures (1 h 20)

04 90 86 81 69

Tarifs : 85 F | 60 F