« Sexamor », de Pierre Meunier et Nadège Prugnard, Théâtre de la Bastille à Paris

Sexamor © Jean‑Pierre Estournet

« Sexamor » : pulsionnel, puissant, passionnant

Par Élise Noiraud
Les Trois Coups

Ce soir est un soir de première au Théâtre de la Bastille. De ces premières à l’atmosphère choc, sulfureuse. Une de ces premières où il sera de bon ton d’engager un avis tranché : scandalisé ou emballé. Mais l’objet théâtral qui vient se présenter à nos yeux va faire voler en éclats toute cette mascarade par son exigence et sa minutie. Un travail sur le sexe, le désir, l’amour peut-être. Un vrai travail de recherche. Qui, s’il comporte quelques écueils théâtraux, ose une démarche passionnante.

C’est donc un homme, Pierre Meunier, et une femme, Nadège Prugnard. Devant nous, avec nous, ils vont tenter de cerner, d’évoquer, de regarder, de palper la notion de sexe et de désir. Des mécanismes les entourent, géants de ferraille ou interminable filet de plastique, dans lequel la jeune femme, tel un papillon affolé, se débat violemment. Il y a, aussi, de grands cercles métalliques soumis au balancement, que les deux protagonistes vont tenter de traverser sans se blesser. On aperçoit également une roue de moulin sur laquelle ils vont se laisser tourner tels des animaux de laboratoire, soumis à des expériences cruelles. Cruelles mais poétiques. C’est là toute la pertinence de ce spectacle. Car la recherche, si elle concerne une thématique précise, se veut toujours théâtrale. C’est sur le plateau qu’ils cherchent. Et de cette recherche découlent des images, des sensations, des sons, des matières, des rythmes, qui peuvent nous toucher bien au-delà du thème choisi.

Ainsi, Pierre Meunier et Nadège Prugnard touchent indubitablement par leur énergie, leur force sur le plateau, leur « non-économie ». Les deux comédiens apportent leur puissance, leur voix, leur épuisement aussi, et ne cessent jamais de se mettre au service de leur exploration du désir. Et cette recherche du geste juste, de la sensation brute amène le spectateur dans une sorte d’unité avec le plateau, qui devient le miroir organique de son expérience intime. Un miroir esthétisé, agrandi, précisé, car Pierre Meunier et Nadège Prugnard font réellement naître de très belles images sur scène. Leur travail est foisonnant et d’une richesse rare. Ils parviennent, en cherchant dans les corps, les énergies, les matériaux, à toucher des zones en nous qui ne relèvent ni de l’intelligence ni de l’émotion, mais bien de la pulsion. Et, en cela, leur recherche touche juste, indubitablement.

Néanmoins, en ce qui me concerne, j’ai ressenti un certain déséquilibre, une espèce d’inconstance du spectacle pris dans sa globalité. Effectivement, il m’a semblé que c’était bien dans ce qu’il avait de plus brut, animal, pulsionnel, que leur travail était passionnant. Et lorsque l’intellect, la réflexion prenaient trop d’espace, les temps théâtraux m’ont semblé allongés, un peu pesants. Paradoxalement, cette sensation-là n’est pas forcément imputable aux moment parlés, au texte. Elle l’est, dans une certaine mesure, mais pas seulement. En réalité, j’ai regretté les moments où Sexamor basculait dans le « concept », et devenait explicatif, se limitant à son propos. Or, c’est lorsque les portes des sens ont été grandes ouvertes, lorsque je les ai vus chercher, essayer, tenter sans discontinuer, que je me suis sentie incluse dans une universalité, dans un langage commun.

En définitive, et malgré ces quelques limites, qui vont vraisemblablement se gommer au fil des représentations, Sexamor est une expérience vraiment passionnante. La beauté visuelle de ce plateau, sa richesse, en font un terrain de jeu pour acteurs et pour spectateurs, où j’ai aimé être bousculée sur ce thème aussi vaste que celui du désir. Et du mystère que le sexe lui-même constitue. 

Élise Noiraud


Sexamor, fabrication collective à partir d’un projet de Pierre Meunier

Texte de Pierre Meunier et Nadège Prugnard

La Belle Meunière • 7, pré Battoir • 42220 Saint-Julien-Molin-Molette

04 77 51 57 33

Avec : Pierre Meunier et Nadège Prugnard

Collaboration à la dramaturgie : Yoana Urruzola

Son : Alain Mahé et Géraldine Foucault

Costumes : Christine Thépénier

Peinture : Catherine Ranki et Éric Gazille

Régie générale-lumières : Jean‑Marc Sabat

Régie plateau : Joël Perrin

Construction des décors : Joël Perrin et Denis Wenger

Stagiaire à la mise en scène : François Lanel

Photo : © Jean‑Pierre Estournet

Guitare électrique enregistrée : Jean‑François Pauvros

Chargée de production : Claudine Bocher

Théâtre de la Bastille • 76, rue de la Roquette • 75011 Paris

Réservations : 01 43 57 42 14

Du 2 au 28 novembre 2009 à 21 heures, dimanche à 17 heures, relâche les 5, 11, 16, 23 novembre 2009

Durée : 1 h 20

22 €| 14 € | 13 €