Shaï Maestro en concert, Jazz à l’Étage 6e édition, 2015, à Rennes

Shaï Maestro © Jean-François Picaut

Un charme et un talent fous

Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups

Pour son troisième passage à Rennes en quelques années, le pianiste Shaï Maestro a enflammé le public de Jazz à L’Étage.

Le public rennais a découvert Shaï Maestro sur scène en 2011. Il accompagnait alors le contrebassiste Avishai Cohen. Son interprétation d’Amore, notamment, avait suscité des applaudissements nourris. Son retour en 2013 au 1988 Jazz Club, avec le même trio qu’aujourd’hui (Jorge Roeder à la contrebasse et Ziv Ravitz à la batterie), avait enchanté les spectateurs présents en grand nombre. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’il se produise dans un Étage plein.

Le concert de ce soir débute par Gal (The Road to Ithaca, Laborie jazz, 2013), un titre dédié à la petite sœur de Shaï Maestro. Cela commence comme une ballade. D’emblée, le pianiste saisit son auditoire par un son ample et plein qui utilise toute l’étendue du clavier. La main droite joue une mélodie délicate tandis que la gauche l’accompagne de somptueux accords dans les graves. Peu à peu, la batterie puis la contrebasse vont entrer dans le jeu : le rythme s’accélère et le volume sonore s’amplifie. Mais toujours revient la mélodie, marque de fabrique de Shaï Maestro et une des sources de son succès. On enchaîne avec Cinema G (ibidem), une composition de Ziv Ravitz. Après une subtile introduction à la caisse claire, ponctuée de quelques coups à la grosse caisse, le piano fait une entrée légère tandis que la contrebasse égrène quelques notes. Bientôt, majestueux et lyrique, le piano prend son envol avant de conclure par quelques phrases mélodiques.

Une concentration souriante

Paradox (ibidem) recueille des applaudissements particulièrement nourris. Cela commence par un duo piano-batterie : Ziv Ravitz se contentant d’installer un climat par un jeu très épuré. La richesse harmonique n’altère en rien la clarté du discours mélodique. Négligeant de fixer son clavier, Shaï Maestro ne quitte pas des yeux ses partenaires. C’est bien un des seuls pianistes capables d’une telle concentration souriante. J’ai aimé particulièrement un passage au piano d’une douceur ineffable, accompagné de la contrebasse à l’archet tandis que Ziv Ravitz vocalise mezzo voce. Le trio se retrouve pour une ample conclusion.

Painting (Shaï Maestro Trio, Laborie jazz, 2012, le titre sera repris en enregistrement sur le vif dans son prochain album), comme son nom l’indique, nous introduit dans un paysage en clair-obscur, effet que renforce un changement d’éclairage. Tout commence par une sorte de méditation au piano, tout juste ponctuée de-ci de-là de quelques notes de la contrebasse, dont le discours peu à peu se fait plus présent. Quand Ziv Ravitz fait son entrée aux mailloches sur ses cymbales, l’éclairage s’intensifie à nouveau et le paysage semble s’élargir et devenir plus tourmenté avant un retour à la sérénité avec le piano seul. Une superbe composition, vraiment.

L’atmosphère change assez radicalement avec Sleeping Giant (ibidem). Cette pièce rapide en trio survolté n’en comporte pas moins un beau passage de contrebasse avec archet qui n’est pas sans évoquer le jeu d’Avishai Cohen. On retrouvera cette impression dans le dernier titre du concert avant deux rappels qui feront se lever le public.

Mais c’est là brûler les étapes car, auparavant, Shaï Maestro nous aura régalés d’un magnifique solo de piano, extrait d’Untold Stories, à paraître en avril chez Laborie. When You Stop Seeing est écrit pour faire pièce à la violence terroriste qui advient quand on cesse de voir l’humanité chez l’autre. Ce titre au début méditatif atteint peu à peu une ampleur notable sans se départir d’un certain classicisme, voire d’un certain lyrisme : du grand art.

Yann Martin, directeur artistique de Jazz à L’Étage, le disait en ouverture du concert : nous n’avions pas ce soir un leader et deux sidemen, mais, bel et bien, un trio dont l’unité quatre ans après sa première apparition est spectaculaire. Ce qui frappe chez ces jeunes musiciens, c’est leur engagement et leur sincérité. Ce sont deux qualités qui, jointes à leur talent technique, permettent d’augurer de grandes choses. 

Jean-François Picaut


Shaï Maestro en concert

Avec : Shaï Maestro (piano), Ziv Ravitz (batterie) et Jorge Roeder (contrebasse)

L’Étage • esplanade du Général-de-Gaulle • 35000 Rennes

Mercredi 18 mars 2015 à 20 heures

Durée : 1 h 30

18 € | 12 € | 6 €

Photo de Shaï Maestro : © Jean-François Picaut

Jazz à L’Étage 6e édition, 2015

Du 11 au 22 mars 2015

À Rennes, dans diverses villes de Rennes Métropole, à Saint-Malo

Programmation : http://jazzaletage.com/index.php/programmation-2015