« Songs » de l’Ensemble Correspondances et de Samuel Achache, Théâtre de la Croix-Rousse à Lyon

« Songs » de Sébastien Daucé, l’Ensemble Correspondances et Samuel Achache© Jean-Louis Fernandez

Mariage forcé

Par Michel Dieuaide
Les Trois Coups

L’union ne fait pas forcément la force dans « Songs », un spectacle qui associe jeu théâtral et musique baroque.

Le propos est profondément touchant. Au moment de célébrer son mariage, une jeune femme décide d’y renoncer et entame une longue introspection pour trouver dans sa mémoire des raisons de vivre. Les voiles nuptiaux recouvrant la scène disparaissent aussitôt. Telle une Alice traversant le miroir, elle arrive dans une sorte de vaste atelier où campent des musiciens et où ses souvenirs sont entassés sur des étagères. Commence alors pour elle un parcours sensible, ponctué de joies fugaces et de peines pérennes. Tout au long de sa quête intérieure, d’émouvantes chansons de musique baroque anglaise du XVIIe siècle l’accompagnent et, comme dans un air célèbre d’Henry Purcell, posent la question : If Music Be the Food of Love.

Songs amène inévitablement à penser au magnifique texte qu’a écrit le romancier et journaliste libertaire suédois Stig Dagerman, en 1952 : Notre besoin de consolation est impossible à rassasier. Les murs translucides du décor, imprégnés de coulées de larmes, justifient à leur manière cette référence.

« Songs » de Sébastien Daucé, l’Ensemble Correspondances et Samuel Achache© Jean-Louis Fernandez
« Songs » de Sébastien Daucé, L’Ensemble Correspondances et Samuel Achache © Jean-Louis Fernandez

Association bancale

Samuel Achache, le metteur en scène, et Sébastien Daucé, le directeur musical, ne semblent pas avoir trouvé le juste équilibre pour marier théâtre et musique. Sans remettre en cause la qualité des comédiennes Margot Alexandre et Sarah Le Picard, le recours trop fréquent à l’humour facile affaiblit le propos. Stig Dagerman, encore lui, ne disait-il pas : « L’humanité n’a que faire d’une consolation en forme de mot d’esprit : elle a besoin d’une consolation qui illumine ».

Sur le plan musical, malgré les interprétations exceptionnelles des instrumentistes et des chanteurs Lucile Richardot et René Ramos Premier, le choix des œuvres de Purcell, Dowland ou John Blow apparaît uniforme. Une certaine nonchalance pèse sur le rythme du spectacle, étouffant quelque peu l’intensité des situations.

Que Samuel Achache, Sébastien Daucé et leurs équipes ne m’en veuillent pas. Ils ont tous d’extraordinaires réussites à leur palmarès. Je n’exprime ici qu’une déception en mode mineur. Vivement leurs prochaines noces ! 

Michel Dieuaide


Songs, de Sébastien Daucé, L’Ensemble Correspondances et Samuel Achache
Direction musicale et orgue : Sébastien Daucé
Mise en scène : Samuel Achache
Avec : Lucile Richardot (alto), Margot Alexandre et Sarah Le Picard (comédiennes), René Ramos Premier (baryton), Lucile Perret (flûte), Angélique Mauillon (harpe), Mathilde Vialle, Louise Bouedo et Étienne Floutier (violes), Thibaut Roussel (théorbe), Arnaud De Pasquale (clavecin)
Scénographie : Lisa Navarro
Dramaturgie : Sarah Le Picard
Costumes : Pauline Kieffer
Lumières : César Godefroy
Assistanat à la mise en scène : Carla Bouis
Photos © Jean-Louis Fernandez
Théâtre de la Croix-Rousse • Place Joannès Ambre • 69004 Lyon
Du 2 au 5 octobre 2018 à 20 heures
De 27 € à 5 €
Réservations : infos@croix-rousse.com • 04 72 07 49 49
Durée : 1 h 30
Tournée : Comédie de Valence, Théâtre de Lorient, Théâtre de Caen, Théâtre des Bouffes du Nord-Paris, Théâtre de Cornouaille-Quimper
Infos tournées : elaine@laviebreve.com