« Soudain l’été dernier », de Tennessee Williams, cour Saint‑Thomas à Avignon

Putain de vérité !

Par Vincent Cambier
les Trois Coups

Tout a commencé l’été dernier. Quand Sébastien est mort. Mort en pleine beauté, en pleine richesse, en plein talent… Une mort inexplicable, donc. Et tout le propos de la pièce est de trouver une raison à cette fin. Mais, évidemment, chaque personnage a son explication, sa version des faits. Qui n’est qu’une partie de la vérité.

Et l’auteur va s’acharner à la dévoiler, cette vérité, avec un sens aigu du suspense. Alors, forcément, Tennessee Williams gratte, jusqu’à l’os, les masques des personnages, le vernis des apparences pour qu’elle éclate enfin cette putain de vérité. Au risque de la prendre en pleine gueule !

Une mort inadmissible, aussi. Notamment pour la mère du défunt. La vestale du dieu Sébastien. Une mère qui admet encore moins la version de la mort de son fils que donne Catherine, sa nièce. Alors cette vérité dérangeante, on va l’enfermer, la cacher entre quatre murs, au risque de rendre folle ou, mieux, de faire mourir son incarnation : Catherine. La seule qui était avec Sébastien lors du jour fatal. Sans parler d’une sordide histoire d’héritage. Manipulée fielleusement par Mme Venable, qui, en tant que mère et femme, se veut la gardienne du temple Sébastien. Mais on blanchit même les sépulcres…

L’écriture de Tennessee Williams se fait à la pointe sèche, et fouille les âmes avec une rare cruauté. Lucidité serait peut-être plus juste. Dans les deux cas, cela implique une longue expérience de la souffrance.

La compagnie Le Théâtre en pointe ne trahit pas les intentions de l’auteur. Au contraire. Elle les sert admirablement. Néanmoins, je veux diriger le spot plus particulièrement sur deux comédiennes. Hélène Vanura incarne parfaitement une Mme Venable cassante, et qui respire la morgue de l’argent par tous les pores de sa peau. Et Catherine Hamilty est une Catherine bouleversante, déjà cassée, abîmée sûrement, mais qui se bat encore. C’est peut-être ça, l’espoir. Mais j’entendrai encore longtemps son rire fêlé. 

Vincent Cambier


Soudain l’été dernier, de Tennessee Williams

Cour Saint‑Thomas à 22 h 15