« Stomp », de Steve McNicholas et Luke Cresswell, Casino de Paris

Stomp © D.R. Stomp © D.R.

Applaudissements enthousiastes et synchronisés de rigueur

Par Anne Losq
Les Trois Coups

Plusieurs idées se cachent derrière « stomp », ce petit mot un peu barbare. En anglais, « to stomp » signifie « marcher d’un pas lourd », mais le « stomp » est aussi une forme de jazz où les danseurs utilisent principalement leurs pieds pour marquer le rythme. Enfin, « stomp » est utilisé ici comme un titre percutant pour qualifier un spectacle énergique, un peu comme si l’on choisissait pour titre français des mots comme « paf », « boum » ou « slam ». Mais le spectacle ne peut se réduire à l’onomatopée qu’il a pour titre. Souvent considéré comme un « hit » et certainement pas comme un « flop », tentons d’en dire un peu plus sur ce moment de danse et de musique qui stimule le public parisien par son énergie et son imagination.

La proposition initiale est simple : le rythme existe partout en germe. Ajoutez comme contrainte une économie de moyens : le rythme peut être généré avec n’importe quoi, si une énergie est transmise de la main (ou du pied) vers l’objet. Un balai ? Du rythme en puissance ! Une poubelle ? Une grosse caisse en devenir ! Un seau ? Un tambourin, bien sûr ! En réunissant tous ces éléments et huit artistes virtuoses, vous avez devant vous un ballet urbain, moderne et dynamique. Malgré le fait que la troupe joue maintenant dans les théâtres les plus chics des capitales mondiales, l’essence du spectacle demeure : ce n’est pas tant ce que tu as, mais ce que tu fais avec. Et – mon dieu ! – ils font beaucoup de choses avec trois fois rien, ces danseurs-musiciens voltigeurs et enthousiastes.

Un soupçon de scepticisme pointe le bout de son nez : n’est-ce pas un peu lassant d’entendre des gens taper sur des trucs pendant une heure et demie ? Après tout, le rythme, c’est bien joli, mais ça ne peut pas se décliner à l’infini. Chiche ! Les artistes nous prouvent en pratique que les percussions recèlent de nombreux secrets : de la poésie discrète du cliquetis d’un briquet et de la fragilité de sa flamme au solo de batterie du bouquet final, en passant par le rythme sourd et aquatique de grosses bouteilles d’eau utilisées comme tambours… Le spectateur est instruit sur la diversité et la musicalité de la vie quotidienne quand elle est appréhendée sur un mode créatif.

Cependant, les créateurs de Stomp, dans leur grande sagesse, savent qu’un spectacle ne se crée pas uniquement sur la virtuosité technique, mais aussi sur un sentiment d’identification. De vrais personnages sortent donc du lot. Le meneur de troupe, rebelle punk faussement féroce, s’attache à initier le public novice aux joies du rythme au travers d’exercices simples. Il ne se prive pas, au passage, de se moquer gentiment de nous lorsque nous démontrons nos difficultés de coordination. Aux antipodes du meneur de troupe, il y a le boulet du groupe, celui qui ne fait rien comme les autres. Dans un spectacle où les numéros sont synchronisés à la seconde et au millimètre près, l’apparition d’un personnage qui dérange l’ordre établi détient un potentiel comique non négligeable. Notons que les deux filles du groupe apportent aussi une grâce discrète et une énergie aérienne à l’ensemble.

Inutile de dire que ce spectacle n’est pas intellectualisant pour un sou, mais nous aurions tort de nous en plaindre. Les artistes locataires du Casino de Paris nous rappellent une des leçons fondamentales du théâtre et du spectacle vivant : pour faire un bon spectacle, il faut regarder le monde avec des yeux neufs, s’en imprégner et le sublimer sur scène. C’est fait ici avec brio. 

Anne Losq


Stomp, de Steve McNicholas et Luke Cresswell

Glynis Henderson Productions • 169 Charlotte Street • W1T 4PJ • Londres

www.stomp.co.uk

Conception et chorégraphie : Steve McNicholas et Luke Cresswell

Casino de Paris • 16, rue de Clichy • 75009 Paris

Réservations : www.casinodeparis.fr

Du 1er au 26 octobre 2008 à 20 heures, samedi à 16 heures, dimanche 5 octobre 2008 à 13 heures et 19 heures, dimanche 12 octobre 2008 à 13 heures et 17 heures, relâche le lundi

61,50 € | 50,50 € | 39,50 €

Reprise :

Du 26 janvier au 7 février 2016 à 20 heures

Matinées samedi à 16 heures, dimanche à 13 heures et 17 heures

Réservations : www.spectacle-gdp.com/stomp