« Tarzan in the Garden ou la Grande Question », de Jean Cagnard, Présence Pasteur à Avignon

Tarzan in the Garden ou la Grande Question © D.R.

La flèche humoristique finit par rater sa cible

Par Claire Stavaux
Les Trois Coups

Le spectacle « dé-marrait » pourtant bien. Une idée originale était là, les ingrédients aussi, un brin de folie avec un bon tour de main. Et, pourtant, non, la mayonnaise ne prend pas. Étrange mixture d’un savant légèrement frappadingue…

Si le « sylvestre », habitant des forêts, est un être hybride, le spectacle l’est aussi. Entre pièce de théâtre et exposition, il prend la forme d’un exposé aux allures pseudo-scientifiques sur le mode de vie et de reproduction du sylvestre. Les spectateurs sont plongés dans la pénombre et suivent des yeux la lampe du professeur-conférencier, Éric Goulouzelle, qui nous promène au cœur des habitations du sylvestre, invisibles à l’œil nu. Ce concept d’abord assez séduisant et intrigant devient malheureusement assez vite ennuyeux à la longue. À mon sens, il s’agit plutôt d’une exposition difficilement adaptable en pièce de théâtre, en dépit d’un dispositif scénographique ingénieux.

En revanche, le travail plastique de création de marionnettes et de maquettes réalisé par Jean‑Marc Chamblay est absolument remarquable, inventif et délirant. C’est l’œuvre d’un passionné, d’un esprit fou, qui vaut vraiment le détour. Les intérieurs en modèle réduit où vit le sylvestre, ainsi que l’arbre fluorescent dans lequel il se camoufle, sont réalisés à partir de simples matériaux récupérés et truffés de petits détails. Ces créations débordantes de fantaisie méritent qu’on les regarde de plus près à la fin du spectacle.

Association d’idées, expression anglaise glissée par‑ci par‑là pour faire plus scientifique, sauts de coq-à‑l’âne, les amateurs d’extravagance et de loufoquerie seront servis. Éric Goulouzelle incarne assez bien les emportements du scientifique qui s’égare parfois, se ressaisit et frise le delirium tremens en fin d’exposé. Son jeu jubilatoire est d’ailleurs tout à fait convaincant. Mais le texte ne l’est pas toujours, cherche trop l’effet comique, et la flèche humoristique finit par rater sa cible. Face à un sylvestre récalcitrant, le professeur emploie les grand moyens : une scie ! Car « dans scientifique, il y a scie ». Ah, quelle idée formidable et saugrenue ! Pardon, mais je n’arrive pas à m’extasier.

Mon désintérêt ne cesse de croître au fil de la représentation, voire mon agacement, quand j’entends qu’on nous révèle, au cercle de privilégiés que nous formons, à nous les « happy few » du public pour rester dans le ton, que le sylvestre est là partout parmi nous, qu’il est « notre clown particulier » et, devinez quoi ?… notre conscience ! Assez ! Les mots de conclusion tombent à pic : « Tarzan le sauvage est devenu jardinier. mesdames et messieurs, on va s’arrêter là ». Ouf, merci ! Certains rient, d’autres restent interloqués. Nul besoin de préciser que je n’étais pas du côté des rieurs. 

Claire Stavaux


Tarzan in the Garden ou la Grande Question, étude circulaire du sylvestre d’après les travaux clairvoyants du professeur Chamblay, de Jean Cagnard

Cie Ches panses vertes • 24, rue Saint‑Leu • 80000 Amiens

03 22 92 19 32 | télécopie : 03 22 91 13 35

chespansesvertes@wanadoo.fr

www.chespansesvertes.com

Mise en scène : Sylvie Baillon

Création du sylvestre et scénographie : Jean‑Marc Chamblay

Interprétation : Éric Goulouzelle

Musique : Karine Dumont

Création lumières : Jérôme Bertin

Diffusion : Nathalie Szlamowicz

Présence Pasteur • 13, rue du Pont-Trouca • 84000 Avignon

Réservations : 04 32 74 18 54

Tout public à partir de 11 ans

Du 8 au 31 juillet 2009 à 12 heures et 18 heures, relâche le lundi, uniquement à 12 heures le 31 juillet 2009

Durée : 55 minutes

13 € | 9 € | 4 €