« Trois sœurs », d’Anton Tchekhov, Théâtre‑Studio à Alfortville

« Trois sœurs » © Fabienne Rappeneau

Tchekhov
à grande vitesse

Par Cédric Enjalbert
Les Trois Coups

Il a monté « la Mouette » et « Oncle Vania », un succès. Christian Benedetti et sa troupe du Théâtre-Studio s’attaquent désormais aux « Trois sœurs ». Un même parti pris : un pas de course, qui dégage la pièce de ses poses.

Point de coquetterie : Christian Benedetti va droit au but avec Oncle Vania, la Mouette et Trois sœurs. Ça déblaie. Toutes répliques dehors, lancées à cent à l’heure. Point de langueurs flâneuses ou de rêveries fumeuses. On y découvre un Tchekhov fiévreux. C’est avec ce principe en poche que le metteur en scène ambitionne de monter l’intégralité de l’œuvre de Tchekhov. Pas de poses mais de la brusquerie, suivant le mot d’ordre de l’auteur : « Il faut effrayer le public, c’est tout. Il sera alors intéressé, et se mettra à réfléchir une fois de plus. ».

On retrouve une bonne part des fortes têtes qui animaient la Mouette et Oncle Vania, et quelques-unes de plus. Trois sœurs dessinent une nébuleuse, c’est une pièce de groupe. Florence Janas joue Macha, Philippe Crubézy son époux. Un beau couple. Christine Brücher incarne Olga et Nina Renaux Irina, l’une des sœurs que l’on fête, en même temps que la fin du deuil du père de ces trois filles, mort un an auparavant. Un jour de fête un peu absurde, mais sans désespoir ni longueurs, car l’avenir promet de meilleurs jours, à Moscou, ville-mère de leur enfance, à laquelle rêvent les trois sœurs.

À l’horizon aussi une troupe de garnison, de jeunes mobilisés inoccupés qui visitent les trois sœurs. Il y a parmi eux Christian Benedetti (le metteur en scène) alias Verchinine, dont s’éprend Macha. Le petit monde tourne un peu en rond, mais avec encore quelques certitudes : l’avenir meilleur ailleurs et autrement. Le rêve et les espoirs s’effritent pourtant avec le temps. « Pourquoi on vit, pourquoi on souffre ? » demande Tchekhov.

Benedetti ne laisse pas un moment de répit, ni le temps de s’appesantir sur la réponse : pas d’apitoiement, pas d’ennui. Un signe : une pendule pendue d’emblée sur un mur discret. Les aiguilles filent, en temps accéléré ! On tend vers le vaudeville qu’espérait écrire Tchekhov en 1900. Pas de portes qui claquent, mais du mouvement tourbillonnant. Entre les murs du chaleureux Théâtre-Studio, qui tient autant du théâtre que de la maison, la lumière demeure toujours un peu. Une lueur qui maintient le lien avec le spectateur. Un piano côté jardin, des chaises, une grande table pour vive tablée et un indispensable samovar font tout le décor. Pas plus d’effets dans les costumes, et c’est bien ainsi.

Le parti pris avait une folle allure appliquée à Oncle Vania. Une soirée mémorable. Ces Trois sœurs menées tambour battant – en deux heures, là où une de plus est facilement de mise – résistent moins bien à ce pas de charge. Comme pris à leur propre piège, les acteurs craignent de rater le train en marche. Les spectateurs aussi, qui s’accrochent aux branches. « Nous nous reposerons… Nous nous reposerons ! Nous nous reposerons ! » lance Sonia à la fin d’Oncle Vania. Assurément pas avec Christian Benedetti et ses adaptations sportives ! Entraînement tchékhovien recommandé. 

Cédric Enjalbert


Trois sœurs, d’Anton Tchekhov

D’après la traduction d’André Markowicz et Françoise Morvan

Mise en scène : Christian Benedetti

Avec : Mathieu Barbet (Fedotik et Rode en alternance), Christian Benedetti (Verchinine), Christine Brücher (Olga), Gaspard Chauvelot (Fedotik et Rode en alternance), Philippe Crubézy (Koulyguine), Daniel Delabesse (Andreï), Claire Dumas et Elsa Granat (Natalia en alternance), Laurent Huon (Tcheboutykine), Isabelle Sadoyan (Anfissa), Florence Janas (Macha), Xavier Legrand (Touzenbach), Jean‑Pierre Moulin (Feraponte), Nina Renaux (Irina), Stéphane Schoukroun (Saliony)

Assistante à la mise en scène : Elsa Granat

Lumière : Dominique Fortin

Costumes : Lucie ben Bâta et Chantal Rousseau

Régie générale : Cyril Chardonnet

Photo : © Fabienne Rappeneau

Théâtre-Studio • 16, rue Marcelin-Berthelot • 94140 Alfortville

www.theatre-studio.com

Réservations : 01 43 76 86 56

Du 11 novembre au 14 décembre 2013, du mardi au vendredi à 20 h 30, samedi à 19 h 30

Durée : 2 heures

17 € | 12 €

Tournée :

  • Du 16 décembre au 20 décembre 2013 au centre dramatique régional de Tours à Tours (37)
  • Le mardi 14 janvier 2014 au Théâtre Jacques-Prévert à Aulnay-sous-Bois (93)
  • Du mardi 20 janvier au dimanche 26 janvier 2014 à La Comédie de Saint-Étienne à Saint-Étienne (42) (la Mouette, Oncle Vania, Trois sœurs en alternance)
  • Du 4 février au 22 février 2014 au Théâtre national de Toulouse à Toulouse (31) (la Mouette, Oncle Vania, Trois sœurs en alternance)
  • Le samedi 8 mars 2014 au Pôle culturel d’Alfortville à Alfortville (94)
  • Du 14 mars au 22 mars 2014 à La Criée, à Marseille (13) (la Mouette, Oncle Vania, Trois sœurs en alternance)