« Un amour qui ne finit pas », d’André Roussin, Théâtre de l’Œuvre à Paris

« Un amour qui ne finit pas » © Marcel Hartmann

Du boulevard…
sans crime !

Par Isabelle Jouve
Les Trois Coups

Michel Fau a eu la bonne idée de remonter cette pièce d’André Roussin, auteur à succès presque oublié de tous. Le talent des acteurs fait le reste.

Avec plus de trente pièces de théâtre à son actif, André Roussin (1911-1987) a été joué dans le monde entier. Il a obtenu certains des plus grands succès du théâtre de boulevard d’après-guerre. On peut citer Bobosse (1 500 représentations), la Petite Hutte et Lorsque l’enfant paraît (plus de 1 600 représentations chacune). En 1973, cet auteur talentueux est même élu à l’Académie française.

Dans Un amour qui ne finit pas, mélodrame rythmé et plutôt corrosif écrit en 1963, André Roussin nous entraîne dans une histoire d’amour virtuel et à sens unique. Jean (Michel Fau), industriel lunaire quelque peu égoïste et époux de Germaine (Léa Drucker), en a assez de son mariage bourgeois et de ses liaisons passagères. Il est à la recherche d’autre chose. D’un idéal. Il rêve d’aimer « comme on entre en religion ».

En cure à Divonne-les-Bains, il rencontre Juliette (Pascale Arbillot), qui lui semble correspondre à sa quête. Cerise sur le gâteau : elle est très amoureuse de son mari Roger (Pierre Cassignard). Et c’est indispensable pour l’étrange marché qu’il va lui proposer : l’aimer totalement, platoniquement, mais sans aucune réciprocité ou contrepartie. Il va même jusqu’à ne pas vouloir la revoir. Juliette est d’abord surprise puis flattée. De retour à Paris, elle reçoit chaque jour une lettre des plus enflammées dans laquelle elle devient « l’Infante ». Jean lui raconte les voyages imaginaires qu’ils font ensemble, les discussions charmantes qu’ils ne cessent d’avoir. Mais cette romance unilatérale pour le moins incongrue va être compromise lorsque Germaine et Roger décident de mettre fin aux agissements de Jean. La suite se déguste directement au théâtre.

Mise en scène simple et élégante de Michel Fau

André Roussin disait vouloir défendre les comédies qui savent faire oublier ses angoisses au public. Dans cette pièce, il a parfaitement rempli sa mission. Les répliques drôles et féroces fusent sur un rythme soutenu. Sa plume vive et acérée se marie admirablement à la mise en scène simple et élégante de Michel Fau, qui a su jouer avec les codes du boulevard sans tomber dans les clichés de portes qui claquent.

Les acteurs sont justes. On croit à cette histoire incroyable. Le public rit tout du long. Mention spéciale à Léa Drucker, qui a une vraie puissance comique. Tailleur Chanel et chignon haut perché, elle incarne génialement la bourgeoise coincée aux répliques assassines. On attend ses entrées avec impatience. Un simple haussement de sourcil, un regard en coin et le ton est donné. Sa scène de rage folle est un pur plaisir.

Le décor très années soixante de Bertrand Fau, frère de Michel, reprend la scénographie initiale de 1963 en plaçant en miroir les deux appartements, l’un moderne et l’autre ancien. Toutefois, contrairement au choix très coloré et plutôt chargé de l’époque, Bertrand Fau a opté pour la sobriété du blanc et du noir. Peut-être par opposition aux diverses nuances de gris des personnages. Et ça marche bien.

Petit bémol quant aux costumes : les acteurs portent les mêmes tenues tout au long de l’histoire, qui se déroule sur plusieurs semaines. Ce parti pris enlève un peu de rythme à l’enchaînement des différentes périodes.

Au bout d’une heure quarante, quand le rideau se baisse, le public est conquis. 

Isabelle Jouve


Un amour qui ne finit pas, d’André Roussin

Mise en scène : Michel Fau, assisté de Damien Lefèvre

Avec : Michel Fau, Léa Drucker, Pascale Arbillot, Pierre Cassignard, Philippe Etesse, Audrey Langle

Décor : Bernard Fau

Costumes : David Belugou

Maquillage : Pascale Fau

Lumières : Joël Fabing

Crédit photo : © Marcel Hartmann

Production Théâtre de l’Œuvre, Théâtre Montansier à Versailles et Laura Pels

Théâtre de l’Œuvre • 55, rue de Clichy • 75009 Paris

Réservation : 01 44 53 88 88

http://www.theatredeloeuvre.fr/index.html

Du 14 mai au 30 juin 2015, du mardi au samedi à 21 heures, le samedi à 18 heures et le dimanche à 16 heures

Durée : 1 h 40

Tarifs : de 10 € à 44 €