« Un grain de fantaisie », de Patrice Minet, Café de la gare à Paris

Un grain qui passe de travers

Par Sylvie Beurtheret
Les Trois Coups

Croquer dans un « un grain de fantaisie » au mythique Café de la gare aurait dû me mettre en joie. Hélas… Malgré un jouissif mais trop fugace fou rire, je suis repartie plombée. Lestée d’une question existentielle : était-ce moi qui virais style vieille conne coincée bouche en cul-de-poule ? Où étaient-ce les vétérans Manesse et Minet qui, se reposant sur les lauriers d’un endroit culte, se payaient notre fiole à nous servir cette farce pas hilarante, pas décapante du tout ?

Un grain de fantaisieNous sommes une petite centaine, ce soir, à nous caler le postérieur sur les coussins rouges du temple du café-théâtre. Au programme ? Dans leur salon (bravo à la poésie du décor dessiné main qui donne à tout ça un petit air de B.D. bucolique tranchant nettement avec le sujet !), deux vieilles sœurs complètement brindzingues se bouffent le nez en préparant le déjeuner. Une lettre leur annonce que l’héritage de leur oncle appartiendra au premier marié de la famille quand, justement, le cousin Félix débarque avec sa drôle de fiancée Sylvie. S’ensuit alors tout un imbroglio, avec meurtre au nettoyeur à moquette planqué dans une bouteille de liqueur de cassis… Le texte est de Patrice Minet, vous savez, celui qui joue aux « Papous dans la tête » sur France Culture et qui dessine des cochons adorables et grossiers philosophant sur la vie. Eh bien, pour parodier ses porcs chéris qui nous confient sur le programme « j’ai ri, mais je n’ai rien compris », je dis, moi : « j’ai tout compris, mais je n’ai (presque) pas ri ».

Mais comment ce fait-ce, ça ? La dégaine burlesque des personnages est pourtant bien là (merci les costumes !). La palme revient dans ce domaine aux deux frangines Édith et Léone, qui trottent, drôles de souris, sur leurs bottines de Mary Poppins. Patrice Minet, en Blanche-Neige grisonnante et décatie, la prunelle azur assortie au bleu de sa robe princesse, vaut le coup d’œil. Tout comme son vieux pote et metteur en scène, Philippe Manesse, qui se trémousse dans une toilette à frous-frous roses, figure rougeaude fleurant le désordre hormonal sous ses nattes de Pocahontas. Il y a Sylvie aussi (énergique et sincère Carole Massana), qui vous toise du fond de ses narines, qu’elle a béantes dans un nez péninsule. Voilà, voilà, mais ça ne prend pas.

Quelques spectateurs ont d’ailleurs préféré mettre les voiles dès les cinq premières minutes. C’est le texte, me dis-je, qui cloche. Les contrepèteries me font péter d’ennui et les jeux de mots me pèsent sur l’estomac. Pas assez déjanté, trop lourd. Une vraie punition intestinale, à l’image du repas préparé par les deux foldingues : ça colle comme les haricots à la gamelle, et les fils sont trop gros. Je finis par me sentir complètement frustrée, quand soudain, l’orgasme me cueille à froid. Oui, soudain, sur une histoire de faune amazonienne semant la panique dans le salon, les comédiens disjonctent enfin (du grand Philippe Manesse !). Et moi avec. Les zygomatiques et les abdos me font mal, les larmes jaillissent… Plane alors le souvenir de mes années classe terminale, passées à l’ombre des répliques cultissimes du Graphique de Boscop, où les pionniers Manesse et Minet sévissaient déjà !

Et puis je retombe aussi sec… Tout redevient aussi lourdingue que la pâte d’amande fourrant le pithivier amené par le cousin Félix (un Patrick Farru sans grande conviction). Je me console en me disant que cette bande de vieux copains restés ados ne sont ni pathétiques ni vulgaires. Et jouent toujours avec la même jubilation. Mais quand, dans une pirouette, ils tirent le rideau rouge, je réalise soudain que Woodstock et le Café de la gare ont 40 ans. Alors, je m’en vais noyer mon cafard dans un verre de gros rouge. 

Sylvie Beurtheret


Un grain de fantaisie, de Patrice Minet

Mise en scène : Philippe Manesse

Avec : Patrick Farru, Philippe Manesse, Patrice Minet, Carole Massana

Décor : Nadine Monnier et Coline Minet

Costumes : Sotha

Musique : Sarah Manesse

Café de la gare • 41, rue du Temple • 75004 Paris

Réservations : 01 42 78 52 51

À partir du 23 octobre 2009, du mercredi au samedi à 22 heures, samedi à 15 heures, dimanche à 17 heures

Durée : 1 h 15

24 € | 20 € | 15 €