« Actrice », de Pascal Rambert, Théâtre des Bouffes-du-Nord à Paris

« Actrice » de Pascal Rambert © Jean-Louis Fernandez

Course contre la mort 

Par Bénédicte Fantin
Les Trois Coups

Le Théâtre des Bouffes-du-Nord accueille « Actrice », la dernière création de Pascal Rambert. Une distribution de haute volée pour transmettre un hommage à l’art du théâtre. L’interprétation puissante compense la propension bavarde de la pièce.

La grande actrice Eugenia, interprétée par Marina Hands, est au seuil de la mort. La multitude de bouquets de fleurs qui l’entourent donne un air de vaste reposoir à sa chambre. À l’occasion des visites successives de proches défile une galerie de personnages, campés par une distribution internationale. Parler du théâtre semble être la seule source de réconfort pour cette actrice qui y a consacré sa vie : « Des hommes sont passés dans ma vie ils m’ont donné des enfants mais […] je ne les ai jamais aimés comme j’ai aimé l’art du théâtre ». L’échange avec le metteur en scène Sergueï, situé au centre de la pièce, renferme ainsi les plus belles phrases de Pascal Rambert sur le théâtre.

« Actrice » de Pascal Rambert © Jean-Louis Fernandez
« Actrice » de Pascal Rambert © Jean-Louis Fernandez

Les hommes passés dans la vie d’Eugenia, qui l’accompagnent jusqu’à la fin, sont interprétés par Jakob Öhrman et Elmer Bäck. Le duo offre un contrepoint trivial aux envolées théoriques. Grâce à un jeu très physique presque clownesque, les deux comédiens sont souvent à l’origine de saillies comiques.

De manière générale, la construction de personnages forts permet de varier les registres et d’éviter l’écueil de l’éloge funèbre plombant. L’infirmier qui personnifie la mort en est le parfait exemple : à la fois terrifiant et drôle, le personnage est un véritable rempart contre le pathos. Les visites de la sœur, interprétée par Audrey Bonnet, révèlent une relation complexe et font l’objet de belles joutes oratoires, à la frontière du règlement de compte et de la déclaration d’amour pudique.

Pascal Rambert va jusqu’au bout du principe de mise en abyme : les proches d’Eugenia finissent par donner une représentation de La Conférence des fleurs dans la chambre de la comédienne, véritable spectacle dans le spectacle. Même si le texte souffre des longueurs et frôle parfois l’essai théorique, le jeu nuancé et touchant des quinze comédiens amène beaucoup de vie sur le plateau. Quoi de plus efficace pour éloigner la mort ? 

Bénédicte Fantin


Actrice, de Pascal Rambert

Le texte est publié aux éditions Les Solitaires Intempestifs

Texte, mise en scène et scénographie : Pascal Rambert

Avec : Marina Hands, Audrey Bonnet, Ruth Nüesch, Jakob Öhrman, Elmer Bäck, Yuming Hey, Emmanuel Cuchet, Luc Bataïni, Jean Guizerix, Rasmus Slätis, Sifan Shao, Laetitia Somé, Hayat Amiri, Lyna Khoudri et Anas Abidar en alternance avec Nathan Aznar et Samuel Kircher

Lumières : Yves Godin

Costumes : Anaïs Romand

Assistante à la mise en scène et directrice de production : Pauline Roussille

Durée : 2 h 15

Photo © JeanLouis Fernandez

Théâtre des Bouffes-du-Nord • 37 bis boulevard de la Chapelle • 75010 Paris

Du 12 au 30 décembre 2017, du mardi au samedi à 20 h 30, le dimanche à 16 heures, relâche le 24 décembre

De 16 € à 20 €

Réservations : 01 46 07 34 50


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