« An Irish Story », de Kelly Rivière, festival Off, théâtre Artéphile à Avignon

An-Irish-Story-Kelly-Rivière « An Irish Story» de et avec Kelly Rivière © Benjamin Chauvet

« An Irish Story » : what a story, such an actress !

Par Laura Plas
Les Trois Coups

L’Irlande sans le mal de mer, mais avec l’ivresse du récit et les grands espaces d’une imagination galopante. C’est « An Irish Story », un seul-en-scène réjouissant, interprété par une sacrée porteuse d’histoire : Kelly Rivière.

Quand les subventions et les soutiens à la culture disparaissent, les seuls-en-scène fleurissent. Le Off, à Avignon, en témoigne pour le pire et le meilleur. On a justement eu de la veine et déniché le trèfle dans la botte de foin : c’est un shamrock, le trèfle irlandais. Plante magique, gaëlique, son effluve nous entraîne loin, bien loin dans l’espace, mais aussi dans le temps.

Emportés dans un tourbillon narratif par une comédienne tornade, nous remontons les années pour percer d’obscurs secrets de familles et traverser la Manche jusqu’à des contrées perdues. Nous nous enivrons peut-être, risquons sans doute la tôle, échappons à la folle poursuite d’une vieille nanny propulsée par son fauteuil-bolide. Enfin, éperdus et heureux, nous dansons jusqu’à perdre haleine. J’en passe et des meilleures. Si, si !

Les tribulations d’une Irlandaise en Irlande

Car il y a dans le spectacle un goût de l’autofiction, une joie communicative à faire roman : la porteuse d’histoire ne serait-elle pas une faiseuse d’histoires ? Face aux lacunes de la réalité, à l’oppression du silence, l’imagination joue un rôle cathartique. Dans les replis de son humour constant, An Irish Story cache une vérité grave. C’est à la fois la geste d’un peuple sans cesse poussé à l’exil par la misère et la violence politique et celle d’une famille. On dirait même une histoire de femmes.

Certes, il y a des hommes dans le spectacle, mais bien souvent ils sont effacés : le fameux grand-père, que Kelly recherche, se noie dans l’alcool et disparaît ; le père prend gentiment la tangente ; le sympathique frérot a choisi de voir le monde à travers la fumée des joints. En fait, ce sont les femmes qui font tenir le monde que dépeint Kelly, de sacrées bonnes femmes têtues et fortes. Et c’est encore une femme qui tient le spectacle sur ses épaules, jouant avec talent tous les rôles, féminins et masculins.

On se réjouit face à une aussi belle interprétation. Dans An Irish Story, celle-ci tient lieu de scénographie, de bande-son, bref de tous ces ingrédients qui servent parfois à compenser la pauvreté du jeu. La qualité du travail de comédienne permet même de vaincre l’obstacle des langues anglaises et irlandaises. Ces dernières vivent et vibrent, au contraire, quand elles sont employées (pour 10 % du spectacle) et permettent de camper les personnages hauts en couleurs d’un spectacle fort, joyeux. The grand father was not rich, mais le spectacle compense. 

Laura Plas


An Irish Story, de Kelly Rivière

Site de la production

Mise en scène : Kelly Rivière

Avec : Kelly Rivière

Durée : 1 h 15

À partir de 12 ans

Photo © Benjamin Chauvet

Artéphile • 5 bis, rue du Bourg Neuf • 84000 Avignon

Du 6 au 27 juillet 2018 à 21h20, relâche les 8, 15 et 22 juillet

De 11 € à 16 €

Réservations : 04 90 03 01 90


À découvrir sur Les Trois Coups :

Love, love, love, de Mike Bartlett, Théâtre Jean Vilar, à Suresnes, par Bénédicte Fantin

☛ Contractions, de Mike Bartlett, Théâtre national de Bretagne, à Rennes, par Jean-François Picaut