« Cesson… la plaisanterie ! », Carré‑Sévigné à Cesson‑Sévigné

Élodie Poux © Jean-François Picaut

Si t’es gai, ris donc !

Par Jean‑François Picaut
Les Trois Coups

Pour la deuxième année consécutive, Cesson‑Sévigné célèbre l’humour. Le festival qui lui est dédié rencontre un indéniable succès populaire. Les deux femmes dont il va être question se sont employées à faire rire les Cessonnais. Et ont réussi.

Élodie Poux, le Syndrome du Playmobil : un hara-kiri au féminin…

Il y a quelques années encore, Élodie Poux travaillait dans les écoles maternelles. Elle y a puisé un de ces sujets favoris : les enfants. Tournant le dos aux poncifs bêtifiants qui sont de règle dès que l’on parle de ces chères têtes blondes, l’artiste comique en dresse un portrait au vitriol : « Les petits enfants ne comprennent rien à ce qu’ils disent, et c’est normal car ils ne comprennent rien à ce qu’ils pensent. C’est peut-être pour ça qu’ils usent tant de feutres ». Élodie Poux, mise en scène par Florent Longépé, s’inscrit dans la veine du Jean‑Christophe Averty des « Raisins verts » qui passait les bébés (en Celluloïd, quand même !) à la Moulinette.

Volubile, comme beaucoup de ses jeunes consœurs et confrères, elle partage avec eux une gouaille populaire qui ne répugne pas aux familiarités de langage.

Rien n’arrête sa verve caustique et sa langue aiguisée. Aucun tabou de notre époque ne lui résiste. Après les enfants, elle s’en prend aux animaux domestiques (les chats en particulier) pour qui elle imagine des tortures raffinées. Puis ce sont les gens jouets de discrimination, les gros, bien qu’elle confesse être elle-même enveloppée. Les personnes handicapées même, celles qui sont victimes d’accidents, n’échappent pas à sa verve ravageuse. Élodie Poux, c’est le rire grinçant et l’esthétique de la dérision…

Virginie Hocq, Sur le fil : une galerie de portraits hauts en couleur

Comédienne de théâtre, de télévision et de cinéma, l’humoriste belge a créé son premier « seule-en‑scène » en 1999. Sur le fil est son cinquième spectacle de ce type, coécrit avec Benjamin Gomez et admirablement mis en scène par Isabelle Nanty.

Virginie Hocq © Jean-François Picaut
Virginie Hocq © Jean-François Picaut

S’imaginant découvrir un certain nombre de fils de vie qu’elle suit et dévide, Virginie Hocq, pendant plus d’une heure trente, enchaîne avec facilité une étonnante galerie de portraits. À chaque tableau, la comédienne change de costume, d’allure, de voix, de style de langage même. Une belle performance !

C’est d’abord une hilarante hôtesse de l’air qui cherche l’âme sœur, mais gâche tout par son amour immodéré pour le champagne. L’apprentie secouriste nous fait entrer dans le comique du non-sense. La conjointe du mari à la tronçonneuse est un pur délire de l’imagination. La fumeuse invétérée qui s’appelle « la Gauloise » est une satire grinçante. La femme de Cro-Magnon est un exemple d’école de transformation à vue : en libérant sa chevelure, en changeant totalement de posture et de figure, Virginie Hocq vous montre sur scène une des héroïnes de la Guerre du feu de Jean‑Jacques Annaud.

La partouze organisée dans son salon par une bourgeoise, pour « sauver son couple », est une vraie scène d’anthologie où éclate le talent de l’auteur et de la comédienne. Sur un sujet aussi scabreux, qui aurait été l’occasion pour nombre d’amuseurs actuels de faire assaut de trivialités pour ne pas dire d’obscénités, Virginie Hocq réussit à tout suggérer en termes très châtiés. L’art du double sens et du comique involontaire du personnage font parfois penser à son regretté compatriote Raymond Devos.

Après une grande scène de genre consacrée à la reine Marie‑Antoinette, le « seule-en‑scène » s’achève par un bref de numéro de funambule. La silhouette longiligne (1,80 m, quand même !) évoluant avec grâce sur le fil est sans doute l’image emblématique de ce spectacle qui vous fait rire d’un bon rire libérateur mais avec élégance. 

Jean‑François Picaut


« Cesson… la plaisanterie »

Festival d’humour de Cesson‑Sévigné (Ille‑et‑Vilaine)

Du mercredi 15 au dimanche 19 mars 2017

Photo : Élodie Poux © Jean‑François Picaut

Photo : Virginie Hocq © Jean‑François Picaut

Carré Sévigné • 4, mail de Bourgchevreuil • 35510 Cesson‑Sévigné

Réservations : 02 99 83 11 00

De 28 € à 15 €