« C’est Noël tant pis », de Pierre Notte, Comédie des Champs‑Élysées à Paris

Mauvaise note !

Par Isabelle Jouve
Les Trois Coups

Créé en décembre 2014 au Théâtre du Rond-Point, « C’est Noël tant pis » revient à la Comédie des Champs-Élysées. Moi, je ne reviendrai pas.

Aimer ou ne pas aimer un spectacle revêt une part non négligeable de subjectivité. Eh bien, je dois admettre que la pièce que j’ai vue m’a plutôt ennuyée. L’histoire ne m’a pas convaincue. Les comédiens encore moins. Je m’en excuserais presque tant je sais tout le travail que cela représente d’écrire, de monter et de jouer une pièce. Je ne suis peut-être pas venue le bon jour…

L’intrigue en est simple. Nous sommes le soir de Noël. Le père (Bernard Alane) est en train de finir de préparer le sapin. Juché sur un escabeau, il n’est pas très à l’aise. Il demande à sa femme de l’aider à descendre. Cette dernière (Marie‑Christine Orry), proche de la crise de nerfs, lui refuse sa main. Le public entend alors quelques notes des Petits Chanteurs à la croix de bois. Puis, Madame va se précipiter sur la braguette de son mari pour lui offrir une gâterie. Monsieur la repousse. Après quoi elle lui lance : « Déboutonner ton pantalon, quand on sait ce qu’il y a dessous, c’est presque humanitaire ». Cette introduction étrange et comparable au théâtre de l’absurde, tant dans la situation que dans les répliques, donnent le ton.

Puis, arrivent les deux fils (Romain Apelbaum, Brice Hillairet) et la belle-fille (Juliette Coulon), épouse du cadet, détestée par sa belle-famille. Les règlements de comptes commencent. Au milieu de ce chaos, la grand-mère disparaît. On la retrouve nue sous la table des festivités. Transportée à l’hôpital, son lit va devenir le réceptacle de toutes les haines et frustrations familiales.

« C’est Noël tant pis » © Giovanni Cittadini Cesi
« C’est Noël tant pis » © Giovanni Cittadini Cesi

Pierre Notte, auteur, metteur en scène et acteur, n’est pas un débutant. Au cours de sa carrière, cet artiste associé du Théâtre du Rond-Point a été nommé à trois reprises dans la catégorie Auteur aux molières. Il a aussi reçu le prix Jeune Talent de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (S.A.C.D.) et le prix Émile‑Augier de l’Académie française. Son écriture est connue pour être décapante. Ses situations banales et ordinaires partent rapidement en vrille et en séquences loufoques. Peut-être trop loufoques à mon goût.

À certains moments, le soufflé retombe

C’est Noël tant pis est un spectacle inégal, qui peine à trouver un rythme. Pourtant, le texte est assez drôle et acide, la plupart du temps. Je dis bien la plupart du temps, car à certains moments, le soufflé retombe. De plus, la fin de la pièce m’a laissée encore plus médusée et déconfite. Je n’ai pas du tout compris le propos de l’auteur.

Le théâtre, c’est une incarnation, des émotions. Là, le jeu de la plupart des comédiens ne m’a pas semblé à la hauteur. Marie‑Christine Orry (qui interprétait la mère ce soir-là) est, certes, une bonne actrice. Toutefois, sa voix au timbre chevrotant m’a empêchée d’apprécier son personnage à l’autorité fantasque à sa juste mesure. Brice Hillairet ne m’a pas convaincu dans ce rôle de fils cadet fragile. Il surjoue en voulant donner de l’intensité et de la violence à son personnage. À l’inverse, Romain Apelbaum et Juliette Coulon ne m’ont paru crédibles que dans les scènes de colère et de hargne.

De son côté, Bernard Alane est l’un des seuls à sortir son épingle du jeu. Tout au long de la pièce, il est dans le juste ton, ni trop ni trop peu, et l’on sent qu’il prend un grand plaisir à interpréter ce père dépassé par les évènements.

La scénographie est astucieuse. L’unique élément de décor est un sapin de Noël transformable qui fait aussi office de table, de voiture et de lit d’hôpital.

Ce spectacle me laisse définitivement frustrée. 

Isabelle Jouve


C’est Noël tant pis, de Pierre Notte

Mise en scène : Pierre Notte

Avec : Bernard Alane, Marie‑Christine Orry, Romain Apelbaum, Brice Hillairet, Juliette Coulon

Lumières : Aron Olah

Scénographie : Natacha Le Guen de Kerneizon

Chansons : Pierre Notte

Costumes : Colombe Lauriot‑Prevost

Comédie des Champs-Élysées • 15, avenue Montaigne • 75008 Paris

Réservations : 01 53 23 99 19

Site du théâtre : www.comediedeschampselysees.com

Métro : Franklin-Roosevelt

Du 26 janvier au 29 juillet 2017, du mardi au samedi à 21 heures

Durée : 1 h 30

36 € | 28 € | 23 € | 18 €