« Élysée Folies », animé par Christophe Barbier, Théâtre de Poche‐Montparnasse à Paris

Christophe Barbier © D.R.

Débats et des baffes

Par Élisabeth Hennebert
Les Trois Coups

Autour d’un verre de blanc, les spectateurs sont conviés au café-théâtre de la présidentielle : de quoi rendre l’appétit aux anorexiques politiques.

Si le mot Élysée vous évoque une émission à forte audience de Michel Drucker plutôt que la présidence de la République, ce show hebdomadaire est fait pour vous. Habiller Christophe Barbier en dompteur, fouettant les grands fauves de la presse politique, rendre à ce terme fadasse de « débat » la saveur de sang frais des jeux du cirque, il fallait y penser. Même les plus blasés, même ceux qui éteignent le poste lorsque retentit le jingle des programmes sérieux où l’on disserte des mille et une façons de distribuer l’argent du contribuable, même les abstentionnistes et les indécis auront du mal à cocher la case « sans opinion ».

« Les débats de spécialistes à la télévision, c’est du lait pasteurisé. Venez en boire au pis de la vache. » Christophe Barbier a adopté une métaphore de crèmerie pour décrire cette série de cinq rencontres mises en scène, prévues d’ici la présidentielle. Si les produits laitiers sont nos amis pour la vie, ce sont plutôt des vacheries que s’échangent, pendant deux heures environ, quatre journalistes choisis pour leurs idées opposées et un témoin extérieur sélectionné pour sa capacité à jouer le rôle de la mouche dans le lait. Pas de langue de bois, pas de politiquement correct : on commente l’actualité de la semaine comme si on était à table en famille ou sur le zinc du café du Commerce.

On prend le temps

Mais l’exercice va plus loin que l’amoncellement de brèves de comptoir. Ici, l’invité (c’était Raphaël Enthoven ce lundi) a le droit d’arriver avec l’intégrale des œuvres de Montaigne et d’en lire des passages. On prend le temps d’en revenir aux fondamentaux de la philo, de déployer une argumentation subtile et imparable. Autant que le contenu de la discussion, c’est le spectacle de l’affrontement entre beaux cerveaux et grandes gueules qui est séduisant. On ne ressort pas de là antiparlementariste, bien au contraire. Nos chers élus et nos éligibles se font tailler des costards (c’est à la mode cette semaine) et quand ils émergent de la cabine d’essayage, ils sont moins icônes et plus humains, presque sympathiques, osons le mot.

Il paraît que Charlemagne avait été choisi comme roi des Francs, parmi plusieurs candidats possibles, parce que sa capacité à bâfrer était supérieure à celle de ses adversaires. On n’imaginait pas, à l’époque, de donner aux Francs un chef maigrichon. Au pays d’Obélix, la politique est autant une question d’appétit que de convictions, c’est finalement ce qu’oublient beaucoup de phraseurs. Voici donc une série de mises en bouche apéritives avant d’aller poser son bulletin dans l’urne. Un bémol : le Théâtre de Poche est, comme son nom l’indique, exigu. Dans ces conditions, il faut arriver suffisamment en avance pour ne pas être refoulé. 

Élisabeth Hennebert


« Élysée Folies, sur les chemins de la présidentielle », débats animés par Christophe Barbier

Avec (en alternance) : Jean‑Michel Aphatie, Clémentine Autain, André Bercoff, Nicolas Beytout, Jean‑Christophe Buisson, Anna Cabana, Guillaume Durand, Ruth Elkrief, Éric Fottorino, Françoise Fressoz, Franz‑Olivier Giesbert, Jean‑François Kahn, Laurent Joffrin, Natacha Polony, Philippe Tesson, Yves Thréard, etc

Et de grands témoins : Pierre Arditi, Raphaël Enthoven, Luc Ferry, Jack Lang, Jean‑Michel Ribes, etc

Théâtre de Poche-Montparnasse • 75, boulevard du Montparnasse • 75006 Paris

Réservations : 01 45 44 50 21

Site du théâtre : www.theatredepoche-montparnasse.com

Métro : Montparnasse-Bienvenüe (lignes 4, 6, 12 et 13)

Jusqu’au 8 mai 2017, tous les lundis à 20 h 30 (relâche le 17 avril)

Tarifs : 19 € et 10 € (45 € pour 3 séances)