« Festival Mythos », 22ème édition, du 13 au 22 avril 2018 à Rennes

« TCH » © Loewen

Plus fort que Koh-Lanta : Mythos

Par Olivier Pansieri
Les Trois Coups

Deuxième semaine du festival Mythos. Dans la chaleur inespérée de cet avant-goût d’été, les places de spectacles s’arrachent. Je n’ai pu voir, hélas, que trois prestations, dont une m’a enthousiasmé.

Selon la formule de l’inoxydable Jean-Pierre Thibaudat, on court invariablement aux spectacles dont le titre serait : Il paraît que c’est bien. Dans cette catégorie, énormément de monde : Juliette Armanet, OVNI, Scelús, Beth Ditto, Blanche Gardin Personnellement, je rêvais d’un strapontin, d’une marche même, pour Ramkoers, ces fous de Hollandais chantants. Impossible. À la place, ce sera Western dans le même lieu magique, une ancienne église du XIVème siècle. Achille Grimaud et François Lavallée, dont on espère qu’ils ne jouent pas leurs propres rôles, frôlent ici le coma éthylique avec tenue, sinon retenue.

Ces deux cowboys de comptoir s’inventent un délire en cinémascope, peuplé de méchants recyclés. Le cadre sup’ de chez Samsung devient négrier, faisant poser à la schlague les poteaux télégraphiques dans le désert, ancêtres de nos futurs asservissements à la connexion, la bistrotière une femme shérif complice, nos artistes les diffuseurs obligés – le négrier tenant un gun braqué sur eux – de ce nouvel opium du peuple que serait le conte à dormir debout. On veut bien, on sourit à cette fable, tout de même un poil tirée par les cheveux. Une petite mousse au frais sous les arbres et je me rentre. Dimanche promet d’être chaud.

« Western » © Loewen
« Western » © Loewen

Dans la pampa

Déjà, le lieu est aux fraises. Route de l’aéroport, Théâtre de l’Aire Libre, ça promet ! Comme d’habitude, j’y suis une heure en avance. Rien, pas un rat. On est dimanche, donc pas un chat à qui demander. Mon petit doigt me remémore un panneau, capté en roulant, indiquant le sibyllin : Ça s’écrit T-C-H, qui serait donc « hors les murs ». Bon sang, mais c’est bien sûr ! me souffle l’esprit fertile de Lise Facchin, une chère consœur des Trois Coups, habituée d’Aurillac et de ses facéties. Que ferait-elle, elle ?

Demi-tour. Me voilà dans la pampa avec une centaine de victimes, à qui on remet de la citronnelle, à cause des moustiques. « LE piège » me dis-je, en relisant l’argument : « un descendant de Tchaïkovski recherche ses racines ». Premier indice d’un léger mieux, l’actrice qui présente le bonhomme : Marina Keltchewsky, la douceur et l’humour incarnés. Puis, le bonhomme lui-même : Élios Noël jouant très finement ce Jean-Jacques, dit « J.-J. », rejeton supposé de l’illustre compositeur. On est dans la docufiction, accessoirement dans les sous-bois, assis sur des tabourets qu’on emmène pour la suite.

Nous revoilà assis devant un lopin de terre perdu au milieu des champs. Je repense à l’Oncle Vania du Théâtre de l’Unité, n’était-ce ces avions qui ponctuent de leurs narquois bourdonnements les excellents dialogues de ce récit à surprises. On y apprend que J.-J. a souffert toute sa vie de s’appeler comme l’enquiquineur, l’insurpassable auteur de ce Lac des cygnes indélébile. En dépit de ses parents, Jean-Jacques n’aime au fond que la Nature, ni le piano ni l’architecture où il a pourtant obtenu, à son grand regret, succès et diplôme.

« TCH » © Loewen
« TCH » © Loewen

Idylle sous roche

Providentiellement orphelin, il peut enfin bêcher en paix son Moi en friche, dans un coin paumé de la Bretagne. Là, à force de bêcher, ce promeneur solitaire rencontre la vérité, sous la jolie forme de sa professeure de russe, spirituelle rivale de la bouchère, les deux bien sûr interprétées par Marina Keltchewsky. La dame a la tranquille assurance des grandes : elle joue aussi couramment qu’elle parle russe, et même danse. Quant à Élios Noël, son intello à la campagne est plus vrai que nature.

Et ce n’est pas peu dire car, rappelons-le, cette idylle sous roche couve en plein jour, champêtre à ne pas croire. Alexandre Koutchevsky, auteur et metteur en scène de cette petite merveille, invite le cinéma au théâtre, faisant alterner gros plans et plans larges ; celui de son J.-J. s’éloignant jusqu’au champ voisin, tout en ressassant ses chimères, est craquant d’humour et de tendresse. De même sa fin, tout en nuances, avec ce petit désenchantement que seule la poésie sait faire sourire de cette façon. Du grand art.

Stephan Eicher et sa fanfare

Comme dans Astérix, tout se termine par un grand festin. Un festin de notes bien sûr, donné sous chapiteau par le généreux Stephan Eicher. Début tonitruant avec Traktorkestar, fanfare sortie tout droit du Temps des Gitans d’Emir Kusturica. Suit Déjeuner en paix puis une nouvelle chanson plus douce : Même un ange ne trouverait plus son chemin…, avant que les cuivres reprennent leur son énorme.

Au saxophone, Siméoñ se déchaîne tant qu’il s’en écroule dans un fauteuil où, comme si de rien n’était, il continue à jouer. Deux comparses l’emmènent ; lui fait toujours grimper ses chorus aux rideaux, indifférent à tout. Du coup, la seule fille relève le défi. Dans le genre rap, onomatopées, Steff La Cheffe ne craint personne. Son « Hab ke Ahnig » (« Je n’en ai aucune idée », en suisse-allemand) est irrésistible. Décidément, Stephan Eicher sait s’entourer. Elle est phénoménale.

Stephan Eicher © Loewen
Stephan Eicher © Loewen

« Maintenant, je vais vous chanter une nouvelle chanson, blague-t-il. Comme ça, vous ne pourrez pas dire si je la joue bien ou pas ». C’est l’occasion d’un joli duo avec La Cheffe. Mais c’est encore vous, me dit-elle, puis l’autre tube : Pas d’ami, repris en chœur par le public. En bis : J’avais des hauts, j’avais des bas, et des rappels, des rappels à n’en plus finir.

Vifs remerciements de Mael Le Goff à Stephan Eicher, aux festivaliers (en augmentation, semble-t-il), aux bénévoles, à la météo. Pour moi, je me fais la promesse : l’année prochaine, je guetterai plus tôt les premiers signes de cette ébouriffante floraison. 

Olivier  Pansieri


Festival Mythos – 22ème édition, sous la direction de Mael Le Goff

Organisé par le Centre de production des paroles contemporaines de Saint-Jacques-de-la-Lande

Jardins du Thabor/ Cabaret Botanique, Antipode MJC, Carré Sévigné, La Paillette, Le Grand Logis, Péniche-Spectacle, Pôle Sud, Salle Guy Ropartz, Théâtre de la Parcheminerie, Théâtre du Poche, Théâtre du Cercle, Théâtre du Vieux Saint-Étienne, Théâtre L’Aire Libre

Du vendredi 13 au dimanche 22 avril 2018 à Rennes

De 10 h 30 à 23 heures

Billetterie dans les jardins du Thabor / Entrée Saint-Mélaine

De 4 à 15 €

Pass : de 25 à 119 €

Réservations : 02 99 79 00 11