« Kyoto Forever », de Frédéric Ferrer, les Anciennes Cuisines à Ville‑Évrard

Kyoto Forever © D.R. Kyoto Forever © D.R.

Dans quel état j’erre !

Par Olivier Pansieri
Les Trois Coups

Hôpital psychiatrique de Ville-Évrard à Neuilly-sur-Marne. Il fait nuit noire. J’erre dans le parc à la recherche des « Anciennes Cuisines », où la Cie Vertical Détour présente « Kyoto Forever », écrit et mis en scène par Frédéric Ferrer, une pièce sur le réchauffement climatique. Elle est bonne, celle-là ! Je suis complètement gelé. Je repense à Vincent Cambier, notre rédac-chef, qui m’a dit : « Vas-y, tu verras : c’est un truc pour toi. ».

Il a raison, Vincent Cambier. On est tous, en effet, bons à enfermer avec notre passion du théâtre ! Cette jeune troupe, déjà, qui travaille en résidence dans cet hôpital psychiatrique où non seulement elle répète, mais aussi anime divers ateliers. Un truc de ouf, comme disent les jeunes. (Si j’ose dire dans un H.P. !) Première bonne surprise : c’est plein. Des gens de tous les milieux, de tous les âges, venus voir. Deuxième bonne surprise : ce décor des anciennes cuisines, ça a une gueule « folle ». (Encore ?!) C’est comme une gigantesque station de métro à l’abandon, avec des voûtes immenses de carrelage qui se délabrent.

Bon, qu’est-ce que ça raconte Kyoto Forever ? Difficile à dire. Je suppose qu’au départ Frédéric Ferrer avait voulu faire une critique des atermoiements des nations industrialisées face aux périls écologiques, dont pourtant elles sont responsables et qui menacent la Terre. Ces nations se réunissent en effet régulièrement : Munich, Kyoto, Bali, bientôt Poznan, sans jamais parvenir à un accord réel et efficace sur la « réduction des émissions de gaz à effet de serre » selon la formule consacrée.

Ferrer commence curieusement par une mise en cause du chef-d’œuvre des sœurs Brontë, les Hauts de Hurlevent, dont on se demande vraiment ce que ça vient faire là. Railler l’idée romantique qu’on se faisait de la nature il y a un siècle et demi ? Ensuite, c’est la conférence ou plutôt sa parodie. Des délégués du monde entier (huit mille en vrai, nous dit-on) s’empêtrent au micro dans leurs politesses, leurs arrière-pensées et leurs mesquineries.

On voit ainsi l’Amérique (Astrid Cathala) faire sa star, le Venezuela (Maria Montès) jeter son poil à gratter, la Russie (Délia Roubtsova) monopoliser l’attention tandis que le président de séance (Jean‑Claude Montheil), complètement débordé, essaie de ménager la chèvre et le chou. Le tout assez bien vu mais interminable, du mauvais Ionesco monté par Bob Wilson.

Pressentant le danger, Astrid Cathala fait diversion en poussant des airs dans des jolies robes, les autres esquissent des pas de danse, c’est un peu le bazar. Le meilleur moment, c’est celui où les délégués, harassés, parlent de leurs vies privées, se découvrant des points communs, parfois saugrenus : plusieurs font des modèles réduits ! Il y a alors une jolie scène entre Karen Ramage (l’Europe) et Délia Roubtsova (la Russie), où elles évoquent les poupées russes. Cette trêve n’est pas faite pour durer. Revoici Bob Wilson avec des délégués qui reviennent en armure, l’Amérique en diva, les autres en technocrates robotisés. « Pétage de plombs », d’ailleurs pas désagréable, mais qui survient un peu tard.

La sincérité de Ferrer ne fait pas de doute. C’est son deuxième spectacle sur les périls écologiques (le précédent date de 2005 et s’appelait Mauvais temps). Il s’est documenté, s’appuyant notamment sur la compétence de Jean‑Pierre Tabet, qui fait autorité en la matière. C’est plutôt que son spectacle a peu de choses à dire de personnel, en réalité, sur le sujet et brouille donc les pistes pour que ça ne se voit pas trop. On préférerait qu’il prenne le temps de pondre de vrais dialogues puisque quand il le fait, trop rarement ici, c’est tout de suite vivant. Bref, qu’il nous fasse entendre ce que pensent, même pour rire, ces forçats de la négociation condamnés à refaire sans cesse Kyoto Forever au lieu d’avancer. 

Olivier Pansieri


Kyoto Forever, de Frédéric Ferrer

Cie Vertical Détour

http://www.verticaldetour.fr/

Écriture, scénographie et mise en scène : Frédéric Ferrer

Avec : Astrid Cathala, Frédéric Ferrer, Maria Montès, Jean‑Claude Montheil, Benjamin Nicolas, Karen Ramage, Délia Roubtsova, Stéphane Schoukroun

Conseiller scientifique : Jean‑Pierre Tabet

Création lumières : Olivier Crochet

Création son et arrangements : Pascal Bricard

Création costumes : Anne Buguet

Construction décors : Olivier Crochet, Timothy Larcher

Assistante plateau : Céline Crépy

Traductions : Yann Roublou, Délia Roubtsova, Carlos Montes, Laura Diez

Photo : © D.R.

Coproduction Vertical Détour | Le Quai Open-Arts d’Angers

Avec l’aide de la D.R.A.C., du conseil régional d’Île-de-France, du conseil général de Seine-Saint-Denis et de l’A.D.A.M.I.

Avec le soutien de l’E.P.S. de Ville-Évrard

E.P.S. de Ville-Évrard • 202, avenue Jean-Jaurès • 93330 Neuilly-sur-Marne

R.E.R. A4 : Neuilly-Plaisance

Réservations : 01 43 09 35 58

Du 17 au 20 septembre 2008, tous les jours à 20 h 30, vendredi à 15 heures, samedi à 17 heures

Tournée : Le Quai (Open Arts) d’Angers, 8 et 9 octobre 2008 à 19 heures

Durée : 2 heures

Prix des places : non communiqué