« La Dame blanche », de François Boieldieu, Opéra Comique à Paris

La-Dame-blanche-Opéra-Comique © Christophe Raynaud-de-Lage © Christophe Raynaud-de-Lage

La Dame blanche revient hanter l’Opéra Comique

Par Maxime Grandgeorge
Les Trois Coups 
 
Près de deux siècles après sa création salle Favart, la Dame blanche revient hanter l’Opéra Comique dans la mise en scène teintée d’humour et de magie de Pauline Bureau. Une plongée agréable dans une Écosse fantasmée, en compagnie d’une distribution réussie.

Les histoires effrayantes que l’on raconte au coin du feu en colonies de vacances et celles que colportent les blockbusters hollywoodiens nous ont habitué à voir en la Dame blanche un être inquiétant et maléfique. Quelle surprise, alors, pour le spectateur contemporain de découvrir la Dame blanche de François Boieldieu, opéra-comique repris aujourd’hui dans l’institution qui l’a vu naître deux siècles auparavant !

Créée en 1825, celle-ci marque le retour triomphal de Boieldieu au genre « éminemment national » de l’opéra-comique. Elle obtient un très grand succès dès sa création – succès qui perdure avec les années et offre ainsi à l’ouvrage l’honneur d’être la première œuvre créée à l’Opéra Comique à atteindre les mille représentations ! L’ingéniosité de son livret, signé Eugène Scribe, et la verve de sa partition séduit les plus grands, dont Rossini et Wagner.

Une œuvre historique qui surfe sur la Restauration

Inspiré de trois ouvrages de Walter Scott, dont l’œuvre romanesque historique séduit toute l’Europe, la Dame blanche met en scène un seigneur, arraché aux siens lorsqu’il était enfant et spolié de ses biens. Bien qu’ayant oublié ses origines, il revient au pays parmi ses vassaux qui tentent de sauvegarder son domaine, sur lequel veille une certaine dame blanche. Cette intrigue ne pouvait pas laisser insensible le public de l’Opéra Comique, alors que Charles X appelle les nobles exilés pendant la Révolution française à revenir au pays, avec la loi dite « du milliard aux émigrés ».

La-Dame-blanche-Opéra-Comique © Christophe Raynaud-de-Lage
© Christophe Raynaud-de-Lage

Pauline Bureau signe une mise en scène pleine de second degré qui met à distance l’aspect quelque peu daté de l’œuvre, sans pour autant la trahir. Cette version est fidèle en tout point à l’originale, l’ensemble des dialogues parlés ayant été conservé, et ce malgré leur relative longueur (il représente presque la moitié de l’ouvrage).

Le spectacle nous plonge dans une Écosse folklorique, intemporelle et légèrement kitsch qui rappelle les films Braveheart et Highlander. Les hommes sont vêtus de kilts et de peaux de bête, tandis que les femmes sont dotées de belles chevelures ondulantes. Une partie des décors est projetée sur un écran vidéo, ce qui permet ainsi de faire voler la silhouette de la dame blanche, baignée d’un halo lumineux fantastique mais un peu cheap. Les scènes s’enchaînent avec fluidité, incorporant quelques effets magiques et pyrotechniques (des tissus qui s’envolent, un mot qui s’auto-détruit en brûlant), le tout avec une certaine dose d’humour (la dame blanche a des airs de dominatrice SM avec son masque et son fouet).

Une redécouverte dans de bonnes conditions

Philippe Talbot et Elsa Benoit brillent tous deux dans les rôles de George Brown et d’Anna. Le premier incarne un jeune homme romantique et naïf auquel il confère une grand délicatesse, tant par son jeu en douceur que par sa voix agile et légère aux aigus délicieux. La seconde est absolument charmante dans la peau d’Anna / la dame blanche, jeune femme de caractère qui bénéficie ici d’une voix éclatante et pure et d’un vibrato délicat.

Sophie Marin-Degor prête sa voix puissante aux aigus perçants au personnage de Jenny, personnage léger aux airs de Falbala. Jérôme Boutillier revêt les habits du machiavélique Gaveston, personnage de méchant un tantinet caricatural dont on retiendra les beaux graves. Le casting est complété par Aude Extrémo qui incarne Marguerite, nourrice vieillissante qu’elle habite avec noblesse de sa voix grave et pleine ; Yann Beuron, Dickson trouillard et malicieux au timbre chaud ; et Yoann Dubruque, commissaire-priseur vif et dynamique.

Interprétée avec précision par l’Orchestre national d’Île de France sous la direction avisée de Julien Leroy, avec la participation remarquée du chœur Les Éléments, cette belle production permet de redécouvrir, dans de bonnes conditions, cet ouvrage qui avait tant enthousiasmé les foules au XIXe siècle. 

Maxime Grandgeorge


La Dame blanche, de François Boieldieu

Livret : Eugène Scribe, d’après Walter Scott

Mise en scène : Pauline Bureau

Direction musicale : Julien Leroy

Avec : Philippe Talbot, Elsa Benoit, Sophie Marin-Degor, Jérôme Boutillier, Aude Extrémo, Yann Beuron, Yoann Dubruque

Avec le chœur Les Éléments et l’Orchestre national d’Île-de-France

Photo : © Christophe Raynaud de Lage

Opéra Comique • Place Boieldieu • 75002 Paris

Du 20 février au 1er mars 2020

Durée : 2 h 50 avec entracte

De 6 € à 145 €

Réservations : 01 70 23 01 31


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