« La Place Royale », de Pierre Corneille, Théâtre des Célestins à Lyon

« La Place Royale » de Pierre Corneille – Mise en scène de Claudia Stavisky © Simon Gosselin « La Place Royale » de Pierre Corneille, mise en scène de Claudia Stavisky © Simon Gosselin

Corneille bien-aimé

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

C’est un Corneille méconnu et, par bien des côtés, inattendu, que Claudia Stavisky crée aux Célestins, avec délicatesse et sensibilité.

Pour beaucoup, Corneille se résume à l’auteur classique, représentant un peu ennuyeux de la bien-pensance, chantre de l’héroïsme et des nobles vertus aristocratiques. L’on oublie trop souvent qu’il a commencé dans le registre de la comédie et surtout que ces œuvres de jeunesse, trop méconnues, étaient à bien des égards fort en avance sur leur temps.

Cette Place Royale met en scène de très jeunes gens en proie aux premiers émois amoureux, bien incapables de comprendre ce qui leur arrive, effrayés par les conséquences funestes d’un emballement incontrôlé. Tels des papillons pris dans le piège de la lumière, ils se débattent maladroitement, révélant ainsi plus qu’ils ne cachent ce qui les meut.

« La Place Royale » de Pierre Corneille – Mise en scène de Claudia Stavisky © Simon Gosselin
« La Place Royale » de Pierre Corneille, mise en scène de Claudia Stavisky © Simon Gosselin

Mourir d’aimer

Alidor aime Angélique qui le paie du même amour. Mais à cette époque et à cet âge, les risques que font courir à la liberté les sentiments sont réels. Alidor, que Corneille nomme aussi L’Amoureux extravagant dans le sous-titre de la pièce, a peur, très peur, de se laisser emprisonner, au point de douter de son cœur et de monter de multiples stratagèmes pour sortir du piège. En bon adolescent de toujours, il tente d’éloigner de lui Angélique, ment, se ment d’abord à lui-même et finit par perdre celle à qui il tient tant, sans l’admettre.

La pièce évoque On ne badine pas avec l’amour… ou l’Éveil du printemps. N’était le nom de l’auteur sur le programme, on y perdrait ses classiques. Elle met aussi en lumière l’opposition entre la lâcheté masculine et l’intrépidité féminine, dès qu’il s’agit d’amour. Novateur au XVIIe siècle.

Claudia Stavisky montre ici bien des qualités. La première est d’avoir révélé la modernité de ce texte. La seconde est de rendre l’impétuosité, l’ardeur et la fraîcheur d’une jeunesse qui vit, aime, joue et se brûle. La troisième, enfin, est d’avoir su si bien faire travailler la langue à ces acteurs, avec l’aide précieuse de Valérie Bezançon. En effet, rien n’arrête notre oreille, les alexandrins se dissimulent derrière la fluidité des paroles, ne laissant d’eux qu’une musicalité intacte.

Enfin, dans le décor grandiose imaginé par Lili Kendaka, aussi étouffant que le protocole de l’époque, la distribution paraît irréprochable. Parmi les six comédiens stupéfiants de naturel, Roxanne Roux se distingue dans le rôle d’Angélique. 

Trina Mounier


La Place Royale, de Pierre Corneille

Mise en scène : Claudia Stavisky

Avec : Camille Bernon, Julien Lopez, Loïc Mobihan, Bertrand Poncet, Renan Prévot, Roxanne Roux

Durée : 1 h 40

Photo : © Simon Gosselin

Théâtre des Célestins • 4, rue Charles-Dullin • 69002 Lyon

Du 15 au 29 mai 2019, à 20 heures, le dimanche à 16 heures, relâche le lundi

Réservations : 04 72 77 40 00