« l’Affaire Dussaert », de Jacques Mougenot, Théâtre le Ranelagh à Paris

« L’Affaire Dussaert » : rien à sauver !

Par Laura Plas
Les Trois Coups

Si le théâtre est le lieu des illusions, doit‑il devenir celui des contre‑vérités ? Doit-il nous imposer le mépris de la pensée, la complaisance ? Si, au moins, Jacques Mougenot avait les moyens artistiques de sa vile ambition dans « l’Affaire Dussaert ». Mais circulez, il n’y a rien à voir !

affaire-dussaertQu’est-ce que l’Affaire Dussaert ? Une conférence théâtrale sur l’imposture de l’art contemporain. Jacques Mougenot vient en effet nous parler de Philippe Dussaert, artiste vacuiste qui a vendu comme une œuvre du vide. Encore une conférence ! se récriera-t‑on ! Oui, mais Jacques Mougenot peut du moins se targuer d’être de l’avant-garde (!), puisqu’il sert son spectacle depuis des années. Avec opiniâtreté, donc, à défaut de talent. Car, qu’on ne s’y trompe pas, l’exercice de la conférence théâtrale, c’est tout un art… contemporain. Rien de plus subtil en effet que d’instiller le doute parmi son auditoire, de créer avec le plus grand sérieux d’ambigus décalages. C’est tout un art d’instruire en plaisant, ou de plaire en feignant d’instruire.

Or, dans le spectacle de Mougenot, on n’apprend rien, et on se prend à vouloir pleurer plutôt que de rire. Seul ressort comique : le jeu de mots, parfois emprunté, très souvent facile. On en devine souvent la chute, et si ce n’est le cas, Jacques Mougenot nous la signale en souriant de ses propres finesses. On ne résistera pas au plaisir rageur de vous en livrer un petit florilège. Jacques Mougenot rappelle que le reflet « donne à réfléchir » (quelle originalité !), s’excuse de se demander si c’est de « l’art ou du cochon », parle de « la patte » d’un singe, artiste contemporain. Il y a des centaines de traits de ce genre dans la pièce. Car, pour retourner la métaphore scatologique du conférencier, sa flore pousse fort bien sur le purin du mépris. Ajoutons que certains jeux de mots sur le « rien » sont usés jusqu’à la corde.

« Rien, une idée, un concept, du vent »

Dans ce pauvre spectacle, l’art contemporain n’est pas la seule cible. On égratigne au passage les Japonais, ces moutons qui s’agglutinent devant la Joconde. On se moque de l’État qui, comme l’empereur du conte *, paye pour des illusions. Pourtant, Jacques Mougenot devrait se rasséréner : l’État ne donne même plus ce 1 % dont il est question. Surtout, l’Affaire Dussaert est une exécution de la pensée. C’est l’esprit contre la réflexion, le bon sens (on en a pourtant soupé depuis cinq ans) contre l’argutie des « intellos ». L’idée y est réduite, comme une énumération suggestive le montre, à du vent.

Pire, le théâtre est une victime collatérale de ce jeu de massacre. Scénographie réduite à un décor, assez laid, bien pauvre. Accessoires superflus. Jeu quasi inexistant : Jacques Mougenot feint d’improviser ou cherche ses fiches, se juche sur un tabouret. Voilà tout. Encore mieux, il ne faut pas plus de deux minutes pour éventer ce fameux scoop que, d’un air finaud, le comédien révèle en fin de spectacle. Deux minutes, et on s’ennuie. C’est donc à se demander si les critiques élogieuses qui ornent l’affiche du spectacle ne participent pas elles aussi à une imposture… 

Laura Plas

les Habits neufs de l’empereur, de Hans‑Christian Andersen, Garnier-Flammarion, 1993


l’Affaire Dussaert, de Jacques Mougenot

Mise en scène et interprétation : Jacques Mougenot

Théâtre le Ranelagh • 5, rue des Vignes • 75016 Paris

Site du théâtre : www.theatre-ranelagh.com

Réservations : 01 42 88 64 44

Du 29 mars au 2 juin 2012, du mercredi au samedi à 21 heures, le dimanche à 17 heures, relâche les 4 et 5 avril 2012, les 9 et 24 mai 2012

Durée : 1 h 20

25 € | 10 €

À propos de l'auteur

2 réponses

  1. Je tombe par hasard sur cette critique, ou plutôt cet assassinat. Je ne m’abriterai pas derrière le lsuccès public de ce spectacle, car il y a bien des gens qui aiment, Sardou, ou Franck Dubosc, alors……mai moi, je suis consterné par l’escroquerie de l’art contemporain, qui est tout, sauf de l’art, c’est à dire de l’art comptant pour rien, comme dit Franck Lepage. Alors, le spectacle de Jacques Mougenot me convient parfaitement. Quand un critique n’est pas capable d’oublier ses propres choix artistiques, pour juger le simple travail satirique d’un artiste, alors, circulez y a rien à voir, non plus !
    Mr Coulardeau Pierre
    P.S. même si cet article date de 2012, la bêtise et la mauvaise foi n’a pas d’âge, et reste, malheureusement d’actualité.
    peponito24@sfr.fr

    1. Se complaire et se conforter dans l’idée que l’art contemporain ne sert à rien et qu’il faudrait le lui reprocher, c’est passer à côté de son époque. Le publique qui s’est beaucoup divertit durant ce spectacle avait effectivement déjà un certain âge.

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