« le Delirium du papillon », d’Emmanuel Gil, l’Avant‑Scène à Laval, dans le cadre du Chaînon manquant 2016

le Delirium du papillon © Judit Kurtag le Delirium du papillon © Judit Kurtag

Zinzin, profond et jubilatoire

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Coup de cœur pour « le Delirium du papillon », un solo burlesque et décalé sur la folie présenté dans le cadre du Chaînon manquant 2016, à Laval. Et découverte de Typhus Bronx, un clown caustique de talent.

Barré ce clown-là ! Complètement zinzin… C’est même le Bronx dans sa tête. Les fantômes qui taraudent son personnage déclenchent un « feu d’artifice globulaire cérébral ». C’est dire. Confiné dans sa cellule d’isolement, Typhus Bronx est en effet atteint de sérieux « troubles pas trop logiques ». Le diagnostic est sévère : « schizophrène psychopathe à tendance parano bipolaire ». Pourtant, voilà arrivé le grand « jour de sa délibération », dixit le malade. Sauf qu’aucun personnel médical n’est présent pour l’occasion, on s’en doute. Alors, comment se libérer de la camisole ? Heureusement, le public est là. En nombre.

Conviés à la fête, sollicités, les spectateurs aident le malheureux, même si Typhus Bronx dérape souvent. Grave ! D’ailleurs, ce « frappadingue » qui n’hésite pas partager « ses moments d’intimité oppressive » laisse dans l’assistance les mêmes sentiments ambivalents que l’artiste a rencontrés face au groupe de déficients mentaux, à l’origine du spectacle. Toutefois, il modifie l’image qu’on a habituellement de ces « inadaptés » aux normes fixées par la société. En fait, ce sujet austère – la folie – est traité avec légèreté, mais abordé dans toute sa complexité.

Métamorphoses

Né d’une rencontre sur un atelier théâtre dans lequel Emmanuel Gil est intervenu, ce solo s’est nourri des débordements inhérents aux diverses pathologies. Il s’est enrichi du rapport tout particulier à la réalité qu’ont les malades, de leurs brusques revirements qui peuvent être source de sentiments mêlés chez les gens dits « normaux », à commencer par la peur. Un matériau infiniment poétique et drôle, aussi, qui convient parfaitement à l’art du clown.

Sensible à la profonde humanité de ces marginaux, à leur souffrance, mais encore à leur sincère besoin d’amour, Typhus Bronx nous émeut. L’innocence féroce de son personnage nous attendrit. Elle nous fait rire, également, jusqu’à l’hilarité. Le délire ! Les gags pleuvent, notamment lors de la scène du repas – jubilatoire.

Ce clown caustique fait donc davantage que nous brusquer. Il nous bouscule. Dans sa bouche, les mots écorchés se munissent d’un tout autre sens. Le texte, finement ciselé, ne dévoile rien du mystère de la folie. Il ajoute même du trouble. Dans son corps, cette âme chavirée trouve toute sa place. Enfin ! Dans son ultime métamorphose, le déséquilibré parvient de plus à prendre son envol. Et nous avec !

De belles trouvailles de mise en scène nous ouvrent grandes les portes d’un ailleurs, pas si loin. Au sens propre et figuré. Dans cet univers étrange, les idées fourmillent pour montrer les fêlures. De ces failles qui laissent passer la lumière. Pas si bête le monstre !

Enfin, le jeu précis de l’interprète et ses facultés d’improvisation participent au succès. Outre le Festival d’Aurillac, où la foule s’est pressée pour l’applaudir, de nombreux programmateurs séduits l’ont mis à l’affiche. Lauréat Cirque du Festival Cirk et de Zik 2013, Emmanuel Gil le mérite grandement. Une bien belle découverte à partager, en effet, car plus on est de fous, plus on rit, non ? 

Léna Martinelli


le Delirium du papillon, d’Emmanuel Gil

Contact diffusion : Benoît Bonnamour

Tél. 06 66 53 01 59

Courriel : bonnamourbenoit@gmail.com

Avec : Emmanuel Gil

Aide-soignant (collaboration artistique) : Marek Kastelnik

Photo : © Judit Kurtag

L’Avant‑Scène • 33, allée du Vieux Saint‑Louis • 53000 Laval

Dans le cadre du Chaînon manquant

Le 14 septembre 2016, à 12 heures et 16 heures

Site : www.lechainon.fr

Renseignements : 02 43 49 85 11

6 € par spectacle en journée

Tout public (à partir de 10 ans)

Tournée

  • Le 14 octobre, à Marcheprime (33)
  • Le 15 octobre, à Martignas‑sur‑Jalle (33)
  • Le 20 octobre, à Biscarosse (40)
  • Du 25 octobre au 5 novembre, Théâtre du Grand‑Rond, à Toulouse (31)
  • Le 16 novembre, à Cestas (33), dans le cadre du festival Tandem
  • Le 18 novembre, au centre culturel Alban‑Minville, Toulouse (31)
  • Le 9 décembre, au palais de justice de Bazas (33)