Un drame neutre
Par Anne‑Laure Fournier
Les Trois Coups
« Noces de sang » fut écrit en 1933 et s’insère dans la trilogie rurale de Federico García Lorca avec « Yerma » et « la Maison de Bernarda Alba ». La mise en scène de Farid Paya souhaite mettre en valeur les éléments dominants de l’univers de Lorca. On aurait préféré qu’elle mette en valeur le drame lui-même.
Celui-ci se noue en Andalousie. Une mère, endeuillée par la perte d’un mari et d’un premier fils, accepte les noces de son second avec une jeune fille habitant des terres reculées. La noce a lieu malgré la passion dévorante qui lie la fiancée à Léonard, son ancien fiancé. Cette dernière s’enfuira avec Léonard à la fin de la fête et reviendra couverte du sang des deux hommes, implorant la mère de son défunt époux de lui donner la mort.
Le premier acte se joue sur des tréteaux, conformément au souhait de respecter l’univers de Lorca. En effet, l’auteur appréciait particulièrement ce type de théâtre, qui se jouait dans la rue et limitait l’espace scénique. Ensuite, le deuxième acte montre l’attachement de l’auteur à la terre et au peuple grâce à la noce, fête emplie de costumes colorés, de danse et de musique. Le dernier acte, enfin, nous emmène dans un univers fantastique tout empreint de lumière et de personnages étranges. Par ailleurs, toute la pièce est ponctuée par la musique et le chant.
L’impression que j’ai eue de ce spectacle est assez inégale. Dans la première partie, les acteurs interviennent au fur et à mesure sur les tréteaux, et leurs sentiments sont mis en relief par l’accompagnement au violoncelle, ce qui donne de l’intensité au drame et contribue à nous éclairer sur les états intérieurs des comédiens. La seconde partie reste dynamique grâce à la fête. Les acteurs jouent de différents instruments, dansent et chantent. Les costumes représentent un univers méditerranéen imaginé plutôt qu’imitant le style espagnol, et ce choix est plutôt de bon augure.
Néanmoins, dans le troisième acte, le côté surnaturel et fantastique est parfaitement mis en valeur, mais dans quel but ? Nous ennuyer ? On assiste à une récitation du texte de Lorca dans de beaux costumes, avec une lumière qui crée une atmosphère déroutante certes, mais quel est l’intérêt ? Simplement recréer l’univers de l’auteur sans nous émouvoir ?
D’ailleurs, j’ai souffert du manque d’émotion qui se dégageait de la pièce. On sent que les acteurs sont investis dans leurs personnages, notamment Marion Denys, mais presque jamais, durant le spectacle, je ne me suis sentie touchée. Et pourtant, il s’agit d’un drame bouleversant ! Peut-être que le fait que les personnages ne se regardent quasiment pas et s’adressent toujours au public ne les aide pas à transmettre leur ressenti. J’ai regretté aussi le manque de nuances dans le jeu des acteurs.
Cette pièce m’a beaucoup déroutée. Il s’agit d’un beau spectacle, mais une question me revient toujours : pour quoi ? Quel est l’intérêt du théâtre, si ce n’est de transmettre des émotions, de raconter une histoire qui nous touche, qui fasse écho en nous ? La pièce de García Lorca reste actuelle : tant qu’il y aura des hommes, il y a aura des passions et des deuils. Alors pourquoi suis‑je si peu bouleversée ? ¶
Anne‑Laure Fournier
Noces de sang, de Federico García Lorca
Cie du Lierre
Traduction : Marcelle Auclair et Jean Prévost
Mise en scène et scénographie : Farid Paya
Assistant à la mise en scène : Joseph Di Mora
Stagiaire : Nicolas Marthot
Avec : Aloual, Antonia Bosco, Guillaume Caubel, Isabelle Chevalier, Marion Denys, Rosaline Deslauriers, Yanis Desroc, Sonia Erhard, Patrice Gallet, Martine Midoux, Sowila Taibi, David Weiss
Conseil à la dramaturgie : Aloual
Musique de et avec : Marc Lauras
Lumières : Thierry Meule
Création costumes : Évelyne Guillin
Costumières responsables d’atelier : Pascale Paume et Marie Bramsen
Assistantes costumes : Oriane Fauvel, Élise Baldi, Abigael Lordon, Tiphaine Massot, Camille Géret
Couturière : Émeline Germon
Coiffes : Yuki Yaoko
Maquillage : Michèle Bernet
Photo : © Agathe Poupeney-Photoscène.fr
Théâtre du Lierre • 22, rue Chevaleret • 75013 Paris
Réservations : 01 45 86 55 83
Du 12 mars au 27 avril 2008, les mercredi, vendredi et samedi à 20 h 30 ; le jeudi à 19 h 30, le dimanche à 15 heures
Durée : 2 heures
18 € | 13 €
Tarif réduit : 11 € le mercredi | 9 € pass carte Lierre
5 € pour les habitants du XIIIe les 13, 19, 28 mars, 6, 10, 19, 23 avril 2008