« To be or not to be Avignon », de Stephan Caso, théâtre du Chêne Noir à Avignon

To-be-or-not-to-be-Avignon-Stephan-Caso-Christophe-Barbier © Paul Wagner

Chantons sur le pont

Par Élisabeth Hennebert
Les Trois Coups

Une désopilante autobiographie de la Cité des Papes racontée par elle-même et mise en scène par Christophe Barbier.

Sous forme d’un long monologue scénique, Avignon personnifiée donne à entendre sa propre histoire. On attendait un conventionnel exercice de style historico-soporifique. Mais la salle comble, pour cette soirée de réouverture du Chêne Noir après les mois Covid, a accueilli un OTNI (Objet Théâtral Non Identifié) : comédie musicale sans chansons, seul en scène pour vingt comédiens, hors sujet permanent à qui l’on a pourtant envie de décerner une mention.

Qu’on s’entende bien sur les termes : personne n’a dit que c’était un spectacle musical. Personne ne chante et les airs entendus ne sont pas interprétés en live. Pourtant l’espiègle auteur-interprète mise tout sur le rythme et la mélodie et sait que le rire n’est pas tant affaire de bons mots que de bonne allure. Musicien, il a rédigé son texte comme on compose une partition, avec un sens impeccable du dosage, de la scansion, de la syncope, de la cadence. Les vingt tableaux s’enchaînent comme le mécanisme d’un ragtime. Musique nulle part, allure partout. Le solide métier de ce compositeur, passé au théâtre, lui permet ensuite d’aller un cran plus loin. Son oreille entend et restitue à la perfection le timbre des voix. En d’autres termes, il a l’ouïe fine de l’excellent imitateur.

Stephan Caso, couteau suisse de l’interprétation

C’est l’aspect le plus inattendu. Bien que seul en scène, le comédien produit devant nous un festival d’acteurs différents. Ce ne sont pas seulement les personnages historiques qui se succèdent dans le souvenir d’Avignon racontant sa vie. Le narrateur déplie une à une les lames de son Victorinox multifonctions et imite les célébrités actuelles, comme si elles étaient venues prêter leur voix aux grands hommes de l’histoire. De même qu’un couteau suisse n’est pas une vraie boîte à outils adaptés et confortables, chaque imitation n’est pas nécessairement la plus attendue pour incarner un tel ou un tel. De ce malicieux ajustement entre un personnage historique et une voix d’aujourd’hui naît un procédé comique irrésistible et, je crois, inédit.

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© Paul Wagner

Je ne déflorerai qu’un tout petit bout du début. Imaginer Jules César incarné par Jean-Pierre Marielle, il fallait oser… Et cela fonctionne très bien. César en ressort un peu moins statue, un peu plus homme. Au deuxième binôme, on est plié de rire ; au troisième, on frôle la crampe de zygomatiques. Dans des registres diamétralement opposés, l’apparition du marquis de Sade et celle de l’officier nazi sont inoubliables. Et la standing ovation de la fin doit beaucoup à ces moments où le public se déchaîne.

Le déroulé chronologique n’a plus vraiment d’importance. On aurait pu s’attendre à un devoir d’histoire assez scolaire ; on découvre un joli produit d’artisanat qui sait prendre ses distances avec l’anecdote régionaliste pour atteindre à l’universel, voire au poignant, sans jamais être pesant. Bref, cette pièce met un coup de canif dans le genre « archi pénible » du théâtre historique, pour en faire une belle rigolade qui nous conduit à nous moquer de tout. Et surtout du présent. 

Élisabeth Hennebert


To be or not to be Avignon, de Stephan Caso

Site du spectacle

Mise en scène : Christophe Barbier

Avec : Stephan Caso

Régie et Lumières : Florian Derval

Durée : 1 h 30

À partir de 12 ans

Théâtre du Chêne Noir • 8 bis rue Sainte-Catherine • 84000 Avignon

De 5 € à 19 €

Création le 9 octobre 2020

Prochaines représentations ici