« Antigone », de Sophocle, Pulsion Théâtre à Avignon

Antigone © D.R.

Antigone ou la beauté du geste

Par Cédric Enjalbert
Les Trois Coups

À l’ombre des remparts d’Avignon, le Pulsion Théâtre apparaît comme un lieu heureux pour entendre la jeune compagnie Démodocos proposer une interprétation riche bien qu’inégale du chef-d’œuvre de Sophocle. La recherche plastique et la justesse de l’interprétation, nuancées cependant par quelques doutes quant à la mise en scène, laissent, à l’issue de la pièce, un sentiment mitigé.

Antigone de Sophocle, c’est évidemment la question d’un conflit déchirant entre le devoir filial et la raison d’État, mais c’est également – et les cinq jeunes comédiens de la Cie Démodocos le font entendre avec clarté –, une réflexion sur la gratuité du geste. De fait, si Antigone honore son frère d’une sépulture, elle le fait au prix de sa vie et en assume toutes les implications, sans en tirer ni gloire ni vanité, dans la simple beauté du geste, en somme.

Faire étinceler l’infinie complexité d’un chef-d’œuvre antique et nous permettre d’en saisir un aspect jusqu’alors ignoré n’est pas le seul mérite de ce spectacle. La recherche plastique sur les masques, la musique et le chant débouche sur d’heureuses trouvailles. Les cinq comédiens interprètent tour à tour un des personnages de la pièce, renouvelant alors la tradition grecque en se parant alors d’un masque, ou un membre du chœur, sans masque, dans la simplicité d’une tenue noire. Sont ainsi restitués le geste antique, le plaisir de la scansion de la langue grecque et le chant au son du tambourin et de la flûte.

Si la troupe s’efforce, avec succès, de faire entendre la beauté de la langue, il reste cependant que la traduction de Philippe Brunet semble, en retour, parfois peu élégante. De même, l’expression réussie des masques est desservie par des costumes plus négligés et par des lumières souvent insuffisantes ou mal employées.

Outre le plaisir de découvrir un sens nouveau au geste d’Antigone, le dynamisme de la troupe, le plaisir évident que les comédiens prennent à partager la beauté de la langue grecque, la musique et le chant permettent toutefois de passer un bon moment. 

Cédric Enjalbert


Antigone, de Sophocle

Cie Démodocos • 5, rue Frochot • 75009 Paris

01 45 26 49 10 | 06 87 35 57 71

Traduction et mise en scène : Philippe Brunet

Interprètes : François Cam, Laureline Collavizza, Albin Lelong, Estelle Meyer, Yann Migoubert, Philippe Brunet (en alternance)

Décor, masques et costumes : Yves Leblanc

Lumières : Grégory Le Bont

Musique : François Cam

Photo : © D.R.

Pulsion Théâtre • 157/161, rue Carreterie • Avignon

Réservations : 04 90 85 37 48

Du 6 au 28 juillet 2007 à 12 h 5

Durée : 1 h 15

15 € | 11 € | 7 €