« Bienheureux sont ceux qui rêvent debout sans marcher sur leurs vies », de Boris Gibé et Florent Hamon, les Quinconces au Mans

Bienheureux sont ceux qui rêvent debout sans marcher sur leurs rêves © Jérôme Vila

Un duo inclassable et loufoque

Par Céline Doukhan
Les Trois Coups

Deux zouaves talentueux donnent vie à cette création où se mêlent danse, théâtre et cirque.

Réflexion sur le mouvement, acrobatie, show burlesque (dans tous les sens du terme)… Il y a tout cela à la fois dans ce spectacle dont le titre est à lui seul une prouesse. L’une de ses particularités est de placer à égalité une riche scénographie aux lumières soignées, une bande-son (très) originale et la performance physique des interprètes. Certes, ce sont ces derniers qui intéressent en premier lieu, mais ici, ils forment un tout organique avec l’environnement visuel et sonore. Ainsi, une longue introduction donne le la d’un univers dissonant, voire agressif, avec lumières verdâtres et néons qui clignotent et éblouissent les spectateurs – épileptiques, passez votre chemin. Où sommes-nous ? Impossible à dire.

Mais voilà qu’on se trouve maintenant en compagnie de deux types en costume, l’air un peu paumé dans un décor tout blanc éclairé par un méchant néon blanc. Un peu comme dans un parking souterrain… Après le fracas de l’introduction, le son se fait infime, délicat tandis que résonnent des bruits de gouttes d’eau et autres cris d’oiseaux. Surtout, commence le bizarre ballet des deux protagonistes. Quel est leur lien ? Amis, frères… ? Le doute est permis. En fait, tout semble permis dans ce spectacle qui surprend sans cesse et qui, à chaque fois qu’il a l’air installé dans une ambiance ou un genre, bifurque sans prévenir dans une direction inattendue.

Le fil rouge en est tout de même la figure du duo, avec tous ses ressorts : tension, complémentarité, complicité, humour éprouvé du tandem mal assorti. On aime la grande originalité des mouvements, conçus par Boris Gibé et Florent Hamon et ici interprétés avec une décontraction très maîtrisée par Boris Gibé lui-même et Tiziano Lavoratornovi. Les chorégraphes-metteurs en scène s’autorisent toutes les libertés, et l’autodérision n’est jamais loin. Dans tel pas de deux, on croit voir les envolées de Fred Astaire et Ginger Rogers ; plus tard, ce sont les travaux photographiques sur la décomposition du mouvement qui viennent à l’esprit. La musique, quant à elle, fait feu de tout bois, mêlant là aussi avec bonhomie les sons de train ou d’aboiements (on pense plus d’une fois à l’album Pet Sounds des Beach Boys) aux extraits d’œuvres symphoniques ou lyriques.

Autre moment très réussi dans le registre absurde : le spectateur entend les pensées des personnages. « Je suis une nymphe », murmure ainsi l’un d’eux, tout en gesticulations graciles, face à son partenaire interdit. Un détail : pendant toute cette séquence, soit un bon quart d’heure, les deux interprètes sont en tenue d’Ève. Surprenant au début, d’autant plus que Bienheureux… est proposé aux spectateurs à partir de huit ans. Mais bien vite, on voit qu’il n’y a pas là le moindre soupçon d’érotisme, tout demeurant relever d’un humour très bon enfant. Ainsi, quand les deux reprennent leurs empoignades, on pense à deux chats qui se bagarrent : spectaculaire, comique et attendrissant ! Si certains passages font surgir un univers plus oppressant, comme avec cette tornade de papier et de poussière qui transforme le plateau en champ de ruines, avec vrombissements de bourdons et d’hélicoptères, c’est finalement le cœur et l’esprit légers que l’on sort de la salle, après une heure d’un spectacle à la fois étrange et exigeant. 

Céline Doukhan


Bienheureux sont ceux qui rêvent debout sans marcher sur leurs vies, de Boris Gibé et Florent Hamon

http://www.leschosesderien.com/

Conception : Boris Gibé et Florent Hamon

Avec : Boris Gibé et Tiziano Lavoratornovi

Régie son et lumière : Nicolas Gastard

Régie plateau : Clément Delage ou Jorn Roesing (en alternance)

Regard dramaturgique : Elsa Dourdet

Regard chorégraphique : Piergiorgio Milano

Photo : © Jérôme Vila

Les Quinconces • 4, place des Jacobins • 72000 Le Mans

www.quinconces-espal.com

Réservations : 02 43 50 21 50

Les 23 et 24 mars 2017 à 20 heures

Durée : 1 heure

28 € | 22 € | 14 € | 10 €