« Callas », de Jean‑Yves Picq, Auguste Théâtre à Paris

Callas © D.R. Callas © D.R.

Une femme blessée

Par Violaine Veauvy
Les Trois Coups

« Callas » rassemble des bribes d’interviews données par la diva de 1957 à 1970. Long monologue, l’œuvre de Jean‑Yves Picq révèle l’humanité d’une femme célèbre mais jusque-là inexplorée. Sur les planches de l’Auguste Théâtre à Paris, Jean‑Marc Avocat choisit une mise en scène simple au service du texte. Noémie Bianco interprète ici toutes les contradictions et les synergies d’un personnage hors du commun.

Nous sommes à une conférence de presse. Maria Callas répond aux questions de journalistes invisibles. Fardée et vêtue de noir, elle apparaît comme une femme mondaine. Elle ne fait pas de longs discours : elle raconte ses petites histoires. On apprend qu’elle a déjà fait un régime alimentaire ou qu’elle s’est foulé la cheville un soir de représentation. On sourit, mais à vrai dire, on a un peu peur de s’ennuyer. C’est le début de la pièce et on croyait découvrir plus de profondeur chez la diva. Heureusement, Noémie Bianco attire constamment notre regard par ses sourires malicieux et le pétillement de ses yeux.

Cet interview prend une nouvelle tournure à l’instant où Maria Callas se remémore les mensonges et les infidélités des médias : elle est accusée d’être capricieuse. Adulée du public un soir, elle est sifflée le lendemain. Louée par quelques journalistes, elle est salie par d’autres. Comment peut-elle ne pas en souffrir ? Alors, un silence plombe la salle. La gaieté des premiers babillages a disparu. On écoute une femme blessée : « Les autres font quelque chose de vous, mais moi, je ne crois pas que je sois grand-chose ». En allant assister à cette pièce, nous pensions admirer une diva mythique. Or, nous découvrons sa détresse morale. C’est un choc. Nous la voyons devant nous, triste à mourir, courbée sous le fardeau exigeant de son talent. Elle nous offre son cœur fané, rougi, confus et angoissé. Nous parle-t-elle encore directement ? À vrai dire, elle parle aux personnages qui l’habitent.

Mise en scène et décors sobres

Au début de la pièce, il est facile de cerner les traits de Noémie Bianco sous le maquillage et l’accent suave de la diva. On sent quelque chose de faux dans l’attitude de Maria Callas. Lorsque Maria Callas commence à se confier à nous, nous oublions Noémie Bianco pour aller à la rencontre de cet être blessé. Alors, nous voulons monter sur scène pour consoler cette femme meurtrie. Nous ne pouvons pas la laisser gémir sans agir. Mais c’est elle qui descend de la scène…

Le texte de Jean-Yves Picq paraît alambiqué lorsque Marias Callas, sous ses dehors mondains, parle au début de la pièce. Puis, les phrases de celle-ci, plus directes et authentiques, finissent par nous toucher au cœur.

La mise en scène de Jean‑Marc Avocat est sobre. Loin des jeux de scène sophistiqués, elle se limite à l’utilisation de quelques accessoires signifiants. Ainsi, en jouant avec les objets personnels de Maria Callas, Noémie Bianco nous fait rentrer plus en profondeur dans l’intimité du personnage. En outre, le petit nombre de spectateurs présents ce soir-là dans l’Auguste Théâtre renforçait l’impression d’être des privilégiés. Nous étions devenus les confidents d’une femme célèbre. 

Violaine Veauvy


Callas, de Jean-Yves Picq

Mise en scène : Jean-Marc Avocat

Avec : Noémie Bianco

Photo : © D.R.

Auguste Théâtre • 6, impasse Lamier • 75011 Paris

Site du théâtre : www.augustetheatre.fr

Courriel de réservation : augustetheatre@gmail.com

Réservations : 01 48 78 06 68

Les dimanches 11 et 18 mars 2012 à 19 heures, les lundis 12 et 19 mars 2012 à 21 heures, le jeudi 22 mars 2012 à 21 heures

Durée : 1 h 20

18 € | 13 €