« Danser à Lughnasa », de Brian Friel, villages en Anjou

« Danser à Lughnasa » de Brian Friel © DR

Moisson d’applaudissements

Par Élisabeth Hennebert
Les Trois Coups

La compagnie itinérante « Le temps est incertain mais on joue quand même ! » sillonne les campagnes françaises avec une comédie champêtre attachante et rythmée, servie par des acteurs exceptionnels.

Lughnasa, c’est la fête des récoltes, un bal public un tantinet profane en plein bastion catholique de Ballybeg – Trou-lès-Bleds du fin fond de l’Irlande. To dance or not to dance, telle est la question que se posent les cinq sœurs Mundy, en août 1936. Corsetées dans leur dignité de nièces de prêtre, elles sont partagées entre peur du qu’en dira-t-on (si elles y vont) et trouille de rester vieilles filles (si elles n’y vont pas). Brian Friel célèbre la poésie de l’ennui au coin du feu, avec le poste de radio pour seul voyage.

Pour accéder aux spectacles montés en plein air, depuis douze étés, par les indestructibles Camille de La Guillonnière et Jessica Vedel, on tortille sur les routes sinueuses du bocage, on dépasse sans visibilité, sur les départementales, des tracteurs et des moissonneuses, on risque un peu sa vie. Arrivé au but, c’est au son des cloches de l’église, des cris de martinets et des braiements d’ânes, que l’on découvre cette pièce dont le contenu est en adéquation parfaite avec le cadre. La météo n’est pas incertaine, elle est franchement détraquée dans l’Ouest français qui, depuis le début de juillet, rivalise avec le Connemara. Mais rien n’entame la voix et la verve de cette troupe imperméable à toutes les averses : l’enchantement opère.

Une mise en scène au cordeau

Le talent des comédiens force le respect. On reconnaît la patte de l’école Claude Mathieu dont ils sont presque tous issus. Par un travail exemplaire de la voix, celle-ci fait de ses élèves des virtuoses de la musicalité verbale. Chacun possède une diction impeccable, vent debout contre les colères du ciel angevin, et un enthousiasme communicatif. Clara Mayer, qui fut au Théâtre du Soleil un inoubliable Gavroche sous la direction de Jean Bellorini, brûle les planches. Jessica Vedel combine une belle autorité scénique et un physique de statue grecque. Jacques Hadjaje nous bouleverse en ecclésiastique gâtifiant, depuis que l’Eglise l’a mis à la retraite pour cause de complicité pas très catholique avec l’animisme des paroissiens africains. Les païens de là-bas nous rappellent comme ceux d’ici que, sur tous les continents, la seule religion des paysans c’est la fertilité des terres.

Le seul regret tient au fait que le texte est un peu long, voire répétitif, avec un épilogue dont on aurait pu se passer, un peu comme les cadences conclusives à la Beethoven qui laissent le public se préparer trois fois à applaudir avant de clore pour de bon. Mais le rythme enlevé rachète le tout car Camille de La Guillonnière cultive ses acteurs, ses mécanismes dramatiques et sa scénographie avec la minutie d’un horticulteur. La récolte est abondante et les ouvriers, généreux. On repart avec un grenier mental plein d’images magnifiques pour l’hiver. 

Élisabeth Hennebert


Danser à Lughnasa, de Brian Friel

Cie Le temps est incertain mais on joue quand même !

Traduction : Jean‑Marie Besset

Mise en scène : Camille de La Guillonnière

Collaboration artistique : Guillaume Chapeleau

Avec : Florent Bresson, Anne‑Véronique Brodsky, Anne Didon, Jacques Hadjaje, Clara Mayer, Adrien Noblet, Morgane Rebray, Jessica Vedel

Durée : 1 h 45

Tournée des villages en Maine‑et‑Loire jusqu’au 11 août 2017, à 21 heures

  • le 4 à Cheffes
  • le 7 à Chenehuttes
  • le 9 au Plessis‑Macé
  • le 10 à Briollay
  • le 11 à Villevêque

De 3 € à 10 €

Renseignements : 06 72 01 39 90

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