« Despedirse », de la Cabine Leslie, biennale Némo, Salle Pablo Picasso à La Norville

« Despedirse » de La Cabine Leslie © La Cabine Leslie « Despedirse » de La Cabine Leslie © La Cabine Leslie

Cet obscur bruissement des souvenirs 

Par Laura Plas
Les Trois Coups

Dans le cadre de la biennale Némo, le théâtre de La Norville présente « Despedirse », pièce sonorisée en 3D qui joue des ressources cinématographiques pour ouvrir de nouveaux territoires de théâtre. On sort conquis de ce conte troublant sur la filiation, qui sollicite avec finesse la mémoire affective de chaque spectateur.

Que se cache-t-il derrière le nom sibyllin de « Némo » ? Tout simplement, la Biennale internationale des arts numériques qui ne propose pas moins de 130 évènements en six mois : de quoi renouveler nos perceptions des arts, et du théâtre en particulier. Au nombre de ces propositions audacieuses se trouve celle de la Cabine Leslie.

Despedirse narre une histoire de famille triste et complexe. Dans une délicieuse mise en abîme, un préambule nous prévient d’ailleurs que, si les bonheurs se ressemblent, les malheurs font les histoires singulières. Un soir, une jeune femme, Alba, pousse donc la porte de sa chambre d’enfant. Sa mère vient de mourir et elle n’était pas revenue depuis des années. Ce soir-là, elle a dû laisser sa propre fille, et cette dernière ne parvient pas à s’endormir sans sa maman.

« Les voix du passé qui nous hantent et reviennent sonner le glas » (Barbara)

Nous sommes donc plongés dans une histoire de filiation, comme celle que la Cabine Leslie a portée à la scène en adaptant Le Petit Chaperon Rouge de Joël Pommerat. De même que la compagnie Louis Brouillard, Sarah Rees préfère la suggestion et le trouble aux évidences. Elle sait jouer de l’inquiétante étrangeté du conte pour nous parler de nos douleurs familiales. La référence à la Belle au bois dormant irrigue ainsi l’écriture, mêlant univers familier et dimension onirique. Le magnifique travail sur la lumière de Claire Grangé et de Fanny Pérot favorise cette bascule dans un monde digne de Christian Boltanski ou d’Annette Messager.

« Despedirse » de La Cabine Leslie © La Cabine Leslie
« Despedirse » de La Cabine Leslie © La Cabine Leslie

Mais ce réseau de références n’interdit pas une démarche originale. Bien au contraire, le spectateur fait l’expérience troublante d’un retour vers le futur : son propre retour. La force du spectacle est, en effet, de s’adresser à la mémoire affective et sensorielle de chacun, en passant par l’infime et l’intime. De fait, chaque spectateur, isolé par son casque, peut se replonger dans son passé. Tout au moins, chacun perçoit les sons comme s’il était au plus près d’Alba.

Le souvenir ressemble peut-être à une B.O. que rythmeraient non seulement les tubes d’une génération, mais aussi des accents et des sonorités intimes. La richesse du travail sonore accompli par Pierre-Mathieu Hébert nous la restitue avec finesse. En outre, la spatialisation du son nous propulse, comme au cinéma, dans un autre monde.

Au cinéma, Despedirse emprunte aussi le goût du récit, l’art des silences et le privilège de faire sentir le temps qui passe. On peut être excédé par le complexe d’infériorité qu’exhibe, envers le 7ème art, la scène contemporaine saturée d’écrans. Mais on doit reconnaître ici la pertinence de l’innutrition cinématographique. D’ailleurs, le dispositif scénographique s’apparente à un plateau de tournage. Il nous reste à reconstruire le monde dont la chambre est le centre. 

Toutefois, la mise en scène recourt davantage à l’imaginaire du spectateur grâce aux sons, plutôt qu’aux images. C’est pourquoi, la bande son s’émancipe parfois de ce que l’on voit. Échappant à toutes les facilités, Despedirse surprend et émeut vraiment. C’est donc à découvrir absolument. 

Laura Plas


Despedirse, de la Cabine Leslie

La Cabine Leslie

Texte et conception : Sarah Rees

Sonographie : Pierre-Mathieu Hébert

Avec : Avec Sarah Rees et les voix de Jose Agüero, Carole Dalloul, Pierre-Mathieu Hébert, Ana Jovelin, Salomé Jovelin, Salimata Kamaté, Agnès Rees, Marie Thomas, Armin Zoghi

Durée : 1 h 10

À partir de 12 ans

Teaser vidéo

Photo : © La Cabine Leslie

Salle Pablo Picasso • Chemin de la Garenne, face au numéro 70 • 91290 La Norville

Dans le cadre de la biennale Némo

Les 2 et 3 février 2018 à 20 h 30, scolaire le 2 février à 14 h 30

De 3,50 € à 8 €

Réservations : 01 64 90 93 72


À découvrir sur Les Trois Coups :

Le Petit Chaperon rouge de Joël Pommerat, aux Ateliers Berthier, par Laura Plas