« Égérie(s) par le Quatuor Debussy, Théâtre de la Croix-Rousse à Lyon

« Égérie(s) » Quatuor Debussy © Olivier Ramonteu « Égérie(s) » Quatuor Debussy © Olivier Ramonteu

Quatre archets, une bombe et des passions

Par Michel Dieuaide
Les Trois Coups

Le Quatuor Debussy, le metteur en scène David Gauchard et le plasticien Benjamin Massé, alias « Primat », proposent un concert visuel intense et puissant.

Au cœur du projet, la volonté du Quatuor Debussy de poursuivre sa recherche de création de formes musicales associées à d’autres langages contemporains. Ici, les arts numériques au service de la peinture réalisée à l’aide du logiciel Picturae pour l’invention d’un « concert augmenté ». Au menu, quatre oeuvres de Borodine, Quatuor n°2, Chostakovitch, Quatuor n°7, Janácek, Quatuor n°1, La Sonate à Kreutzer, et Henryk Górecki, Quatuor n°1, Already it  is dusk.

Le fil rouge du spectacle est la passion amoureuse. Les compositeurs d’Europe de l’Est dédient leurs partitions aux femmes qu’ils aiment et invitent leurs auditeurs à partager leurs émotions. Égérie(s) entraîne dans un voyage poétique et sensible où se succèdent plaisir des retrouvailles après une longue absence, douleur de la solitude prenant les couleurs violentes d’un fantasme meurtrier, tourment dévastateur de la jalousie et ambiguïté terriblement humaine de l’oscillation des sentiments.

Accords parfaits

Inutile pour cette création pluridisciplinaire de chercher à mettre en valeur la musique plutôt que la mise en scène, la peinture numérique plutôt que l’interprétation des solistes. L’osmose artistique des différents protagonistes est le gage de leur réussite collective. On le vérifie, par exemple, dans la fluidité et la finesse de la mise en espace, dans la complicité émotionnelle entre le plasticien et les musiciens, dans la fulgurance d’une battle à coups d’archets, dans la souplesse gestuelle du grapheur, dans la vibration saisissante de deux violons jouant la même ligne mélodique, dans les regards partagés sur les images improvisées et même dans les silences poignants qui suivent les dernières notes d’un quatuor et l’ultime touche picturale. Le Quatuor Debussy, David Gauchard et Benjamin Massé réussissent avec Égérie(s) le pari de rendre plus incandescentes les œuvres de Borodine, Chostakovitch, Janácek et Górecki. Dernière remarque pour inviter de nombreux spectateurs à voir (un jour ?) et revoir (mais quand ?) cette ode magnifique aux muses des grands poètes de la musique : le vaste écran qui reçoit les inventions graphiques fonctionne comme un palimpseste. 

Michel Dieuaide


Égérie(s), création du Quatuor Debussy

Avec : Christophe Collette (violon), Emmanuel Bernard (violon), Vincent Deprecq (alto), Cédric Conchon (violoncelle)

Performance numérique : Benjamin Massé, alias « Primat »

Mise en scène : David Gauchard

Production : Quatuor Debussy, Ulysse Maison d’Artistes

Site 

Création présentée dans le cadre de rencontres professionnelles, les 23 et 24 février 2021 au Théâtre de la Croix-Rousse à Lyon

Durée : 1 h 15