Entretien avec Victor Quezada‑Perez, metteur en scène de « Petit boulot pour vieux clown », collège de La Salle à Avignon

Victor Quezada-Perez © D.R. Victor Quezada-Perez © D.R.

De la naissance d’un artiste à celle d’un clown

Par Angèle Lemort
Les Trois Coups

Des clowns de théâtre qui espèrent être clowns de cirque, une pièce de théâtre sur des clowns, de la poésie en toile de fond d’un engagement politique certain, voilà tout ce que Victor Quezada-Perez a choisi de porter à la scène avec « Petit boulot pour vieux clown ». Entretien.

Avant toute chose, peux-tu nous parler du parcours qui t’a conduit au clown et à la mise en scène ?

Le parcours est né dans le ventre de ma mère. J’ai reçu une éducation poétique et politique très forte. Je m’appelle Victor en référence au meilleur ami de mon père, Victor Jara, poète et chanteur chilien populaire, tué en 1973 par les militaires suite au coup d’État. Mon père est un chanteur chilien du groupe Quilapayun et ma mère était scénographe, notamment de la seule pièce de Neruda avec Neruda lui-même. Je suis né avec un passé. En tant que fils d’exilés politiques, membre d’une famille mutilée par la dictature et les militaires, j’ai porté une souffrance permanente de manière inconsciente. J’ai donc développé une passion très forte pour l’histoire et la politique. L’amour du clown est né avec mon papa et l’amour qu’il avait pour Chaplin et Jaques Tati. Mes autres influences ont été aussi celles de Tex Avery, et enfin de Quino * avec son humour cruel.

Comment s’est opéré le choix d’être clown et metteur en scène après avoir été comédien pendant tant d’années ?

De 1994 à 2000, j’étais comédien et clown. Il y a eu un passage en 2000. J’ai perdu ma mère. Je me suis rendu compte que ma spectatrice préférée n’était plus là et j’ai cessé d’être comédien à ce moment, je n’en avais plus envie, une espèce de lassitude. J’ai décidé de me consacrer à la mise en scène et j’ai créé ma compagnie. Depuis 2005, je n’ai plus jamais joué sur scène sans mon nez.

Comment envisages-tu le travail avec les comédiens dans ta compagnie ?

Dans ma compagnie, il y a une formation obligatoire pour tous les comédiens, qui nous permet de « parler le même langage ». Le théâtre n’a pas un seul langage, tout comme la musique. Ce serait mentir de dire qu’un comédien peut tout jouer. Ce n’est pas vrai. J’utilise un langage qui est celui de mon maître, Marcos Malavia, clown, acteur et metteur en scène bolivien. Je l’ai rencontré au Théâtre de l’Épée-de‑Bois et j’ai travaillé dans sa compagnie pendant quelques années.

J’ai vu que tu te disais « maître », peux-tu nous expliquer ?

Oui, je peux maintenant réveiller des clowns, j’ai le droit. C’est important d’avoir cette passation de confiance.

Pourquoi avoir choisi de monter Petit boulot pour vieux clown ?

On a cette racine commune, avec Matéï Visniec, d’avoir été victime de la dictature et du totalitarisme tout en ayant eu l’espoir que le socialisme puisse exister. Visniec lutte avec la poésie contre le totalitarisme. Je suis dans la même lutte avec une implication politique plus importante. Petit boulot pour vieux clown est une pièce de théâtre. Ce sont des clowns qui jouent des clowns. C’est une mise en abyme du clown. Ce n’est pas un spectacle de clown, mais une pièce de théâtre sur le clown. Et c’est ce qui m’a plu.

Pourquoi avoir choisi de la monter en clown ?

Visniec écrit des phrases courtes, ce qui permet d’être son propre maître du rythme en tant qu’acteur et metteur en scène. J’ai choisi ce spectacle avec François Hatt, un des comédiens. François avait très envie de faire du clown et de l’apprendre. On a donc décidé de monter cette pièce avec des nez rouges, également parce que le texte était tellement violent que des êtres humains ne pouvaient se parler de cette manière, en s’insultant et se provoquant.

Comment s’est passée la rencontre avec Matéï Visniec ?

Je l’ai rencontré à Avignon, à la Tache d’encre, en 2004, il est venu voir Petit boulot pour vieux clown. Elle avait été peu montée avant. Il est sorti très content, et depuis nous sommes amis.

Quelles sont tes exigences de travail avec les acteurs ?

Je veux que le geste soit parfait. Et la respiration également doit être parfaite. À partir de là, les comédiens font ce qu’ils veulent. Ce qui m’importe, c’est d’avoir de très bons acteurs et une très bonne partition. Le rythme, la musicalité de la pièce et l’instrument doivent être respectés. On se doit de se sublimer, d’être juste avec nous-mêmes et de ne pas se mentir. 

Recueilli par
Angèle Lemort

* Quino, de son vrai nom Joaquín Salvador Lavado, est un scénariste et dessinateur de bandes dessinées né le 17 juillet 1932 à Mendoza en Argentine. Auteur de dessins d’humour, il est essentiellement connu pour avoir créé le personnage de Mafalda.


Petit boulot pour vieux clown, de Matéï Visniec

Cie Umbral • 28, rue Moslard • 92700 Colombes

06 66 04 58 11

http://cie.umbral.free.fr

Mise en scène : Victor Quezada‑Perez

Avec : Victor Quezada‑Perez, François Hatt, Rémi Saintot

Assistante mise en scène : Amandine Barbotte

Directeur technique : Cristobal Castillo

Régie : Alexandra Crance, Thomas Tourbier

Collège de La Salle • place Pasteur • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 39 19 13

Du 8 au 31 juillet 2010 à 22 heures

16 € | 11 €