« Et pendant ce temps, Simone veille ! », de Trinidad, Bonbon, Hélène Serres, Vanina Sicurani et Corrine Berron, Studio Hébertot à Paris

Et pendant ce temps, Simone veille © Jogood Et pendant ce temps, Simone veille © Jogood

Veillons, veillez !

Par Morgane Patin
Les Trois Coups

Quatre générations de femmes, séparées de vingt ans à chaque fois, nous invitent à revisiter avec humour et brio des moments importants de la condition féminine des années 1950 à nos jours. Un bel ensemble à la fois gai et touchant.

Trois amies sont sur le plateau et partagent des bribes de leur parcours. Nous sommes en 1950, après guerre. Puis nous suivons leurs trois filles en 1970 dans la génération post-soixante-huitarde, les filles de leurs filles en 1990 au moment des manifestations contre le voile, et enfin une dernière génération en 2010. À leurs côtés, Simone veille à nous rappeler les dates, les précisions importantes sur la condition féminine, les évolutions, les lois qui la modifient. Le spectacle joue avec les mots comme avec les situations, et remplit pleinement son rôle de bon divertissement.

Une grande farandole de femmes

Les quatre tableaux qui se déroulent sous nos yeux font apparaître à chaque fois des figures de femmes qui sont représentatives de leur époque et d’une catégorie sociale, que ce soit le milieu bourgeois, ouvrier, ou la classe moyenne. Le spectacle fait naître, grâce à l’organisation en quatre temps, des personnages divers et nombreux, qui n’en sont pas moins attachants dans leur variété. Le talent des comédiennes, chacune très convaincante, est bien ce qui donne vie à toutes ces femmes qui nous émeuvent très vite.

On observe à travers elles les avancées et les reculs successifs de la condition de la femme, les doutes et les questions que suscitent les changements, et l’on se prend au jeu. Les progrès des années 1970, marqués par les ouvertures des plannings familiaux, par la généralisation de la contraception, sont par exemple freinés dans les années 1990 où l’on voit revenir l’idée que la place d’une mère est au foyer et où le culte des corps de mannequin conduit des milliers de femmes à faire le choix des implants mammaires. Le champ balayé est en tout cas large et complexe.

Ce n’est pas une galerie de portraits féministes que le spectacle nous propose, mais plutôt une lignée de femmes engagées, parfois malgré elles, dans la remise en cause des problèmes que soulèvent le sexisme de la société et la nécessaire évolution des droits des femmes. On apprécie, du reste, que le ton ne soit jamais didactique et demeure léger dans sa façon de traiter la thématique.

Une chronologie dynamique

La trame de la narration qui se déroule laisse une large place à l’humour. Chaque temps du récit comporte ainsi une chanson interprétée par les comédiennes, qui vient apporter une conclusion mordante aux thèmes abordés. Il faut avouer que certaines sont à mourir de rire. Mais les problématiques traitées dans le spectacle n’en sont pas moins sérieuses. Les saynètes remettent en question le rapport des femmes à leur corps, à la maternité, interrogent le rôle de la femme dans le couple, dans le monde du travail.

Si les années 1950 instaurent une réflexion sur la fonction de la femme dans le mariage et dans sa position de mère, les années 1970 questionnent les possibilités offertes aux femmes par la contraception, que ce soit en terme d’activité professionnelle ou d’épanouissement personnel. Les années 1990 montrent que les opportunités entrevues dans les années 1970 n’ont pas toutes tenu leurs promesses, et qu’il s’agit souvent d’être mère ou séductrice, l’un et l’autre semblant d’ailleurs incompatibles. Les années 2010 posent enfin la question de la maternité dans un champ plus ouvert à ce jour, qu’il s’agisse de l’homoparentalité ou de la capacité de concevoir un enfant en dehors d’une vie de couple. Et de nouveaux écueils voient le jour, comme celui de commercialiser le terrain affectif à travers la multiplication des sites de rencontre. La succession des générations se révèle efficace, en simplifiant les traits sans verser dans le manichéisme, et contribue à rythmer la pièce avec réussite.

Un hommage vibrant de vérité

Le personnage de Simone, drôle et sympathique, qui ponctue la pièce de ses interventions, est l’une des clés de la réussite du spectacle. C’est un hommage évident à Simone Veil, que les images d’archives font d’ailleurs plaisamment monter sur scène. Celle-ci endosse le rôle d’une figure tutélaire et donne son unité, son ton au spectacle. Les précisions qu’elle apporte au spectateur retracent à dessein le parcours long et difficile des avancées de la condition de la femme. Elles sont aussi une invitation à se souvenir que cette progression n’a pas été sans lutte, et qu’il faut veiller à sa sauvegarde. En ce sens, le titre de la pièce porte bien tout son sens. Loin de la diatribe féministe, la pièce rappelle en tout cas que la marche pour les droits et le combat contre les inégalités entre les sexes est le problème de chacune et de chacun. 

Morgane Patin


Et pendant ce temps, Simone veille !, de Trinidad, Bonbon, Hélène Serres, Vanina Sicurani et Corrine Berron

Mise en scène : Gil Galliot

Avec : Trinidad, Agnès Bove, Serena Reinaldi, Fabienne Chaudat

Chansons : Trinidad

Arrangements musicaux : Pascal Lafa

Chorégraphie : Aurore Stauder

Costumes : Sarah Colas

Décorateur : Jean‑Yves Perruchon

Photo : © Jogood

Studio Hébertot • 78 bis, boulevard des Batignolles • 75017 Paris

Réservations : 01 42 93 13 04

Site du théâtre : www.studiohebertot.com

Du 27 novembre 2015 au 10 janvier 2016, du mardi au samedi à 21 heures, le dimanche à 15 heures

Rencontre à l’issue du spectacle avec une personnalité engagée dans les droits des femmes le mercredi.

Durée : 1 h 20

28 € | 17 € | 10 €