« Evita, le destin fou d’Eva Perón », de Stéphan Druet, Théâtre de Poche-Montparnasse, Paris

« Evita, le destin fou d’Eva Perón » de Stéphan Druet © DR « Evita, le destin fou d’Eva Perón » de Stéphan Druet © DR

Le fou d’Eva

Par Bénédicte Fantin
Les Trois Coups

Pour leur neuvième collaboration, le metteur en scène Stéphan Druet et l’acteur Sebastian Galeota redonnent vie à la figure d’Eva Perón, dans l’écrin feutré du Théâtre de Poche-Montparnasse. Une réincarnation singulière et passionnante, sous forme de confidence.

Objet de haine comme de vénération, salope pour les uns, sainte pour les autres, tout le monde s’accorde au moins sur une chose : la figure d’Eva Perón ne laisse pas indifférent. De ce constat réalisé lors d’un séjour en Argentine, Stéphan Druet fait le matériau d’un seul-en-scène conçu pour Sebastian Galeota. Ce dernier, vêtu d’une immense robe blanche, impeccablement emperruqué et maquillé, se tient immobile sur un socle. Le travestissement n’est pas gratuit ; il prend tout son sens à la fin de la pièce. En attendant, le mythe ainsi statufié prend vie sous nos yeux.

Et quelle vie ! Le texte revient sur la plus célèbre des success story latino-américaines. Depuis l’enfance modeste jusqu’aux sommets du pouvoir, le spectacle retrace la vie de la comédienne Eva Maria Duarte, devenue Perón en épousant le colonel Juan Domingo Perón en 1945, un an avant qu’il n’accède à la présidence de l’Argentine, et emportée à 33 ans par un cancer. Loin du conte de fée édulcoré, le texte met l’accent, avec beaucoup d’humour, sur l’arrivisme de la jeune Eva.

Entre les manœuvres déployées pour être enfin sur le devant de la scène et les stratégies de communication habilement menées une fois au pouvoir, rien n’est laissé au hasard. La comédienne reconvertie joue son rôle politique à la perfection et trouve dans ses origines modestes la légitimité de son engagement social. De discours politiques passionnés en tournées promotionnelles, Eva Perón construit la légende de son couple présidentiel.

Une performance immobile

La dualité du personnage, entre humanisme et stratégie politique, est parfaitement rendue par le jeu de Sebastian Galeota. Le travestissement du comédien introduit un décalage, qui met à distance la biographie. Si la grande histoire est authentique, celle d’Eva Perón est romancée. Seules les images d’archives projetées sur la robe du personnage donnent un aspect documentaire au récit.

Le parti pris de l’immobilité n’entrave en rien l’écoute du spectateur, au contraire. L’enracinement de Sebastian Galeota condense et intensifie son jeu. À défaut de pouvoir bouger, le comédien, également danseur et acrobate, semble être dans un mouvement intérieur permanent. Les épisodes de la vie d’Eva Perón, entrecoupés de noirs, sont autant d’occasions pour lui de manier l’art de la rupture, en passant en permanence de l’histoire politique à l’histoire intime. Les intentions de jeu sont d’une grande finesse, renforcée par la précision du travail sur la voix, aussi bien dans les passages de récit, que lors des quelques chansons qui rythment et illustrent le texte.

Avec Evita, le destin fou d’Eva Perón, Stéphan Druet n’a d’autre prétention que de proposer sa version du mythe. Ni sainte, ni salope, simplement humaine. 

Bénédicte Fantin


Evita, le destin fou d’Eva Perón, de Stéphan Druet

Conception et mise en scène : Stéphan Druet

Avec : Sebastian Galeota

Costumes : Denis Evrard

Perruque : Micki Chomicki

Lumières  François Loiseau

Durée : 1 h 10

Théâtre de Poche-Montparnasse • 75, boulevard du Montparnasse • 75006 Paris

Du mardi au jeudi à 21 heures

Relâches exceptionnelles les 25 décembre et 1er, 9, 16 et 23 janvier

De 10 € à 19 €

Réservations : 01 45 44 50 21


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