« Jamais assez », de Fabrice Lambert, gymnase du lycée Aubanel à Avignon

« Jamais assez » © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Quand le mythe
rejoint la réalité

Par Élise Ternat
Les Trois Coups

Convoquer le mythe pour comprendre la réalité, tel est le mode opératoire choisi par le chorégraphe Fabrice Lambert pour sa dernière création, « Jamais assez ». Ici, ce ne sont pas moins de dix danseurs venus sur scène comme autant de Prométhée sonder de leur danse les brèches d’une impensable réalité.

 © Hanna Hedman
Fabrice Lambert © Hanna Hedman

Le plateau est plongé dans la pénombre lorsque débutent les premiers moments de la pièce avec l’identification au sol d’une étrange masse qui s’avance en rampant, lentement, menaçante épaisseur sombre se détachant du fond de la scène. S’en extraient peu à peu des morceaux, inquiétantes silhouettes prenant leur autonomie et laissant finalement apparaître des corps.

C’est en découvrant le film de Mikaël Madsen, Into the Eternity, documentaire traitant du projet Onkalo en Finlande, gigantesque chantier d’enfouissement de déchets nucléaires, que Fabrice Lambert a puisé la matière à sa dernière création. Cent mille ans, tel est le temps nécessaire à la disparition de la radioactivité, temporalité quasiment mythologique, promettant à l’homme le supplice d’une éternité en échange d’une énergie conquise dans la fugacité d’un instant donné.

Une danse du feu

Sur scène, c’est toute une mythologie du feu qui se dessine à travers l’interprétation d’une danse très physique, néanmoins marquée de contrastes, alternant lenteur et rapidité des gestes, solos et mouvements simultanés. Aux passages au sol succèdent des sauts, des déploiements ou des portés donnant à ces chorégraphies expressives et solaires des accents de traditions ancestrales ou de rituels ésotériques.

Tout au long de la pièce, la musique joue un rôle prépondérant en ce que sa texture habille d’une dimension supplémentaire le propos initié par la danse. Ici des bruits de cordes, d’oiseaux, se relayent avec des plages de musique concrète créant des moments de tension, voire des murs sonores ou au contraire des temps d’apaisement.

À l’instar de l’ambiance acoustique, les éclairages sont autant de moyens de renforcer l’intention en construisant à eux seuls des jeux d’ombres ou des climats d’obscurité. Dessinant une palette allant de tonalités chaleureuses et orangées à des gris froids ou autres blancs maculés, le travail sur la lumière compose ici la matière d’une scénographie à la fois efficace et épurée.

Tout en cohérence, Jamais assez est une œuvre où chaque élément fait sens, offrant à un drame contemporain la beauté d’un salut chorégraphique renouant par là même avec l’espoir d’un présent à saisir, comme un bien commun aussi fragile que précieux. 

Élise Ternat


Jamais assez, de Fabrice Lambert

Chorégraphie : Fabrice Lambert

Assistanat à la chorégraphie : Hanna Hedman

Avec : Aina Alegre, Jérôme Andrieu, Mathieu Burner, Vincent Delétang, Lorenzo De Angelis, Corinne Garcia, Julie Guibert, Hanna Hedman, Yannick Hugron, Jung-ae Kim

Lumière : Philippe Gladieux

Son : Marek Havlicek

Scénographie et costumes : Thierry Grapotte

Régie générale : Bruno Moinard, Christian Le Moulinier

Photo du spectacle : © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Photo de Fabrice Lambert : © Hanna Hedman

Direction de production : Olivier Stora

Diffusion internationale : Luc Paquier

Relations presse : Patricia Lopez

Production : L’expérience Harmaat

Coproduction : Festival d’Avignon, Le Manège de Reims, A.R.C.A.D.I., Centre national de la danse, C.D.C. Atelier de Paris-Carolyn Carlson, Pôle Sud C.D.C. et préfiguration Strasbourg

Gymnase du lycée Aubanel • 14, rue Palapharnerie • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 14 14 14

Du 13 au 17 juillet 2015 à 18 heures

Durée : 1 heure

28 € | 22 € | 14 €

Reprise du 18 janvier au 21 janvier 2017

Centre Pompidou à Paris

https://www.centrepompidou.fr/cpv/agenda/spectacles-concerts